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Vendredi 4 mai 2007

L’OTAN à la conquête du Monde ?




par Alain Joxe

Dans l’espace dit « euro- atlantique » un désordre s’est instauré dans l’ordre des facteurs : le culte des capacités opératives passant en tête de l’évaluation des menaces, pour la définition des options stratégiques majeures, depuis la disparition du pacte de Varsovie, l’OTAN se propose imperturbable comme une alliance militaire, sans buts stratégiques définis, mais avec une capacité de projection de forces - et de quadrillage du possible - techniquement avancée. Avec l’adhésion par tranches successives de nouveaux pays (naguère membres du Pacte de Varsovie) l’Organisation joue le rôle d’un outil de l’extension de l’hégémonie militaire américaine sur une zone géographique de plus en plus étendue, créant des normes communes, sans que cette extension fasse l’objet d’un consensus stratégique clair, ni ce normage l’objet d’un consensus politique explicite. L’OTAN est devenue une société de services apte à monter des coalitions ad hoc sous l’impulsion des Etats Unis. Maîtres du système, les Etats Unis ont donc tendance à s’en servir comme instrument de labellisation connotant une conquête territoriale, pacifique et sans limites, et une source de main d’oeuvre militaire croissante, de même forme qu’un marché transnational n expansion.

 

 

 

Malgré sa définition toujours « atlantique », la projection de l’OTAN en Afghanistan a eu lieu sans débat, dans l’émotion de l’attentat des deux tours. Mais aujourd’hui l’extension de l’OTAN à deux nouveaux membres, Pologne et Tchéquie s’accompagne d’un déploiement américain d’éléments d’un « bouclier antinucléaire » d’interception. L’effet de ce dispositif, sautant par-dessus la Biélorussie et l’Ukraine, viendrait théoriquement « mettre en forme » le voisinage oriental de la Fédération russe, par « dissuasion préemptive » du danger virtuel d’une arme nucléaire iranienne encore inexistante. Cette poussée risque d’ébranler la paix des marges de l’Europe, déjà ravagée en permanence au Moyen Orient.

 

 

 

Le contrôle stratégique de l’unilatéralisme US

 

 

Washington essaye ainsi de tripoter de manière unilatérale les voisinages orientaux de la Russie, qui sont déjà ébranlés dans le Caucase, où les stratégies de Gasprom perdent du terrain. Pourtant, deux systèmes d’interaction, l’un avec l’Union Européenne et l’autre avec la Russie, avaient été bricolés par des pactes très spécifiques, qui auraient pu rendre moins autistique la pulsion OTANique des Etats Unis vers la conquête de l’Eurasie profonde.

 

1 - L’interaction de l’OTAN avec l’Union Européenne. Rappel : L’Union Européenne admet par traité l’existence d’un processus devant mener d’une Politique de Défense et de Sécurité Commune à une Défense Commune, qui reposerait sur des principes particuliers à l’Union Européenne, qui ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux des Etats-Unis. L’Union Européenne met donc sur pied, ou plutôt sur papier, une force de projection de 60.000 hommes. L’Eurocorps. Créé en principe en 1992, l’Eurocorps a participé aux missions d’interposition en ex Yougoslavie (SFOR KFOR) il comprend des unités belges, françaises, allemandes, luxembourgeoises et espagnoles. Mais l’Etat Major, à Strasbourg, comprend aussi des militaires autrichiens, canadiens, grecs, italiens, polonais et turcs, c’est à dire de pays membres de l’OTAN. En effet, les unités regroupées dans Eurocorps sont en fait entraînées essentiellement par leur inclusion dans la NATO Reaction Force. La Création de cette Force de Réaction de l’OTAN fut décidée au sommet de Prague en 2002. C’est une unité multinationale rapidement déployable, composée d’éléments terrestres, aériens, maritimes et d’un élément de forces spéciales. Elle est constituée à partir des contributions d’unités de différents pays, qui y participent par roulement et permet à l’OTAN de disposer de forces, capables d’être rassemblées et projetées dans des délais de 5 à 30 jours La confrontation des critères européens et des critères américains évolue autour de ces deux agrégats d’unités militaires et de ces deux systèmes de commandements, éventuellement disjoints. On peut dire qu’actuellement ce sont les critères OTAN qui s’imposent, ce qui ne va pas dans le sens d’une autonomisation de l’Europe.

2 - L’interaction de l’OTAN avec la Russie a été institutionnalisée par la signature en 1997 de l’Acte Fondateur OTAN Russie, un traité au nom étrange, qui est supposé faire de la Russie un partenaire stratégique de l’Alliance Atlantique et, en tout cas, établir des relations de coordination et de bonne foi entre les anciens ennemis. La même année, l’OTAN signait à Madrid une charte de partenariat spécifique OTAN-Ukraine qui innovait en mentionnant, comme fait politique fondateur, une définition économique de l’Ukraine : que l’Ukraine se soit pleinement ralliée à l’économie de Marché. La Russie entrait, avec son Acte, dans une relation de connivence militaire, mais la « mise en œuvre de réformes économiques radicales, visant à approfondir le processus d’intégration avec l’ensemble des structures européennes et euro- atlantiques » permettait en 1997, d’admettre l’Ukraine dans une relation de connivence économique avec l’OTAN. L’organisation prend ainsi peu à peu depuis 10 ans le rôle d’une institution de cooptation militaire dans le « camp de l’économie néolibérale », ce qui modifie le sens de l’alliance atlantique tel qu’il est défini par la Charte Atlantique : alliance militaire des démocraties. Un certain nombre d’autres accords de caractère économique ou politique civil, ont été signés avec des pays ex communistes au nom du Partnership for Peace et pour les intégrer explicitement dans l’ensemble dit « euroatlantique » qui se projette ainsi jusqu’en Azerbaïdjan et en Georgie.

 

 

 

Y a-t-il violation de l’Acte fondateur OTAN- Russie ?

 

 

 

En favorisant en 2007, le déploiement en Tchéquie et en Pologne d’un dispositif pour d’interception de salves nucléaires en provenance de l’est., c’est certainement l’esprit de l’Acte fondateur OTAN-Russie que les Etats Unis se permettent de violer, mais également la lettre, comme on peut voir en relisant ces textes. Sur la « violation de l’esprit , l’Acte, en effet, prévoit une concertation, une consultation et même une connivence militaire et stratégique constante entre les deux parties : L’OTAN et la Russie, afin de développer la coopération entre leurs institutions militaires, renforceront les consultations et la coopération politico-militaires, dans le cadre du Conseil conjoint permanent,.. Ce dialogue intensifié entre militaires reposera sur le principe selon lequel aucune partie ne considère l’autre comme une ...il comprendra des exposés réciproques, à intervalles réguliers, sur la doctrine militaire et la stratégie de l’OTAN et de la Russie et sur le dispositif de forces qui en résulte.

 

 

 

Sur la « violation de la lettre », l‘Acte contient des engagements précis sur le non déploiement de nouveaux dispositifs correspondant à des moyens en matière de stratégie nucléaire sur le territoire de nouveaux membres de l’OTAN : Les Etats membres de l’OTAN réitèrent qu’ils n’ont aucune intention, aucun projet et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres, et n’ont aucunement besoin de modifier un quelconque aspect du dispositif ou de la politique nucléaire de l’OTAN - et n’en prévoient nullement le besoin pour l’avenir.

 

 

 

L’accord insiste sur la coopération dans les trois domaines suivants ; • Prévention de la prolifération des armes nucléaires, biologiques et chimiques • Possibilités de coopération en matière de défense contre les missiles de théâtre » • Échanges réciproques, en tant que de besoin, sur les questions relatives aux armes nucléaires, y compris les doctrines et la stratégie de l’OTAN et celles de la Russie.

 

 

 

C’est à ce titre que Moscou, se considérant comme partie prenante des actions diplomatiques et des sanctions contre l’Iran, peut estimer que les déploiements américains prévus en Pologne et Tchéquie, peuvent être considérés comme visant à neutraliser le dispositif dissuasif russe, et auraient dû n’être décidés que d’un commun accord.

 

 

 

Conflit de critères stratégiques

 

 

En violant l’esprit et la lettre de l’Acte fondateur OTAN Russie, les Etats Unis ont sans doute l’impression qu’ils sont dans leur droit, le droit du plus fort qui s’impose aisément, en droit coutumier, en cas de silence du plus faible. Le problème de principe soulevé par cette pratique ne concerne pas seulement la Russie de Poutine et l’Iran, mais le principe même de la cohérence des engagements nouveaux de l’Alliance atlantique d’après guerre froide. L’Acte fondateur n’est pas un traité diplomatique entre les Etats Unis et la Russie mais un traité stratégique entre tous les états membres de l’OTAN et la Russie. Signé non par « sympathie » pour le régime russe, (ni pour sa politique Tchétchène, ni même pour rendre hommage à son ralliement à l’économie de marché), mais par souci de donner des règles stables au maintien de la paix dans l’immense espace de l’Atlantique à Vladivostok et certainement de l’Atlantique à l’Oural ; pour autant, l’espace euro- atlantique n’inclue pas l’au-delà, en particulier le Caucase et la Caspienne, sauf dans le vocabulaire sympathique de la cooptation dans le PfP. L’accord avec la Russie, du point de vue européen est plutôt un accord de « bon voisinage » de longue durée ce qui signifie à tort ou à raison, qu’on fait confiance aux Russes pour traiter les problèmes de sécurité au-delà de leurs frontières orientales, en connivence avec l’espace euro-atlantique. L’attitude européenne modérée à l’égard de l’Iran, est bien plus proche de l’attitude russe que de l’américaine, D’où le sursaut russe.

 

 

 

L’Amérique de Bush se donne hardiment à maîtriser, hors voisinage, donc jusqu’en Asie centrale, par tous les modes de projection les États du monde entier, pour y contraindre par préemption les « comportements déviants possibles » L’affaire est donc porteuse en soi d’un élément de la divergence de critères stratégiques entre l’Union Européenne et les Etats Unis. Le « nouvel atlantisme » produit des tensions qu’on s’efforcera peut être de masquer poliment. Comme l’écrit un député allemand : « Objectivement, les points qui nous opposent n’augmentent pas. C’est la perception de ces conflits qui devient en revanche plus aiguë et plus douloureuse en raison du resserrement croissant des liens transatlantiques »

 

 

 

A suivre.

Articles de Alain Joxe publiés par Mondialisation.ca

Sources Global Research

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : OTAN
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Samedi 28 avril 2007

La manipulation des démocraties européennes


L’OTAN : du Gladio aux vols secrets de la CIA


par Ossama Lotfy

Ses articles



Commettre des attentats contre des civils de manière à créer un climat de peur, puis les imputer à ses adversaires politiques pour les discréditer est une vieille recette des services secrets anglo-saxons. Ce procédé de déstabilisation, adapté à la globalisation, est toujours d’actualité. À l’initiative du Réseau Voltaire, cinquante experts issus d’une douzaine de pays se sont réunis à Paris pour étudier les similitudes entre la « stratégie de la tension », initiée durant la Guerre froide, et la « guerre contre le terrorisme », déclenchée dans la foulée des attentats du 11 septembre.

Du Gladio aux vols secrets de la CIA. De la « stratégie de la tension » à la « guerre contre le terrorisme ». Un simple survol historique suffit à se convaincre de la continuité, sinon de la correspondance de ces deux opérations, ne serait-ce qu’au regard de ses commanditaires et de sa zone d’application. Et à poser la question de la « réactivation » du réseau stay-behind en Europe occidentale.

Créé après la Seconde Guerre mondiale, le stay-behind (littéralement : les hommes laissés sur le terrain derrière la ligne de front) devait constituer à l’avance un réseau de résistance en cas d’invasion soviétique en Europe occidentale. Indirectement issu des accords de Yalta et de Postdam, ce réseau était dirigé par la CIA états-unienne et le MI6 britannique pour être installé dans toute l’Europe occidentale (c’est-à-dire dans la zone d’influence anglo-saxonne). Il fut bientôt incorporé dans l’OTAN [1].
Cependant, il ne tarda pas à dépasser sa mission originelle pour prévenir toute influence communiste dans les démocraties occidentales. Il se spécialisa alors dans le trucage des élections, l’assassinat politique et les attentats [
2]. Cela s’est notamment produit en Italie, où deux de ces exactions ont particulièrement marqué les esprits : l’assassinat du Premier ministre Aldo Moro en mai 1978, ainsi que l’attentat de la gare de Bologne en mai 1980 [3], dans les deux cas, attribués aux Brigades rouges. Loin de s’arrêter aux frontières italiennes, l’action du stay-behind s’est étendue à tous les États membres de l’OTAN, y compris la France (à l’exception bien sûr des États-Unis, du Canada, et du Royaume-Uni) [4]. Bien souvent, dans l’ignorance des gouvernements des États où il opérait.

Officiellement dissous depuis l’effondrement de l’Union soviétique, le réseau stay behind, dont l’existence n’a été révélée sous le nom de « Gladio » qu’en 1990 par le Premier ministre italien Giulio Andreotti [5], continue aujourd’hui son activité et l’étend à de nouveaux États au fur et à mesure de l’extension de l’OTAN.
Si certains pays, tels que l’Italie et la Belgique, ont mené des enquêtes, voire pour ce dernier, exigé un contrôle parlementaire pour éviter que ce genre de situations ne vienne à se reproduire, la plupart des États européens ont passé cette révélation sous silence [
6]. Sans prendre de mesures significatives à l’encontre de cette organisation criminelle. Ils sont restés dans le même état de torpeur lors de l’annonce de la découverte des prisons secrètes de la CIA fin 2005.

La « stratégie de la tension » se serait-elle mutée en « guerre contre le terrorisme » ? C’est en tout cas le point de vue que défend l’historien suisse Daniele Ganser, auteur de Les armées secrètes de l’OTAN et qui a enquêté à travers l’Europe entière pour remonter les filières du Gladio et constituer cet ouvrage unique sur le sujet [7]. Un spécialiste pour qui, la « guerre contre le terrorisme » est aujourd’hui un moyen similaire de manipulation des populations occidentales, en ce sens qu’elle désigne de nouveaux faux responsables d’actes terroristes —les musulmans—, non plus pour contrer la « menace soviétique », mais pour justifier les guerres de ressources des États-Unis.

Ce point de vue, l’ancien colonel de l’armée de terre des États-Unis Oswald LeWinter, qui fut pendant plus d’une décennie le n°2 de la CIA en Europe et le co-président du Comité clandestin de l’OTAN, est venu l’accréditer [8]. Il a confirmé que son service avait infiltré des groupes d’extrême-gauche européens tels que les Brigades rouges en Italie ou Action directe en France ; qu’il avait simultanément recruté des mercenaires anti-communistes à l’extrême droite ; et enfin, qu’il avait organisé divers attentats en les faisant exécuter par l’extrême droite, mais attribuer à l’extrême gauche, voire revendiquer par elle. Il a ainsi déclaré que l’OTAN avait donné l’ordre d’assassiner le général français René Audran, directeur des Affaires internationales du ministère de la Défense (c’est-à-dire chargé des exportations d’armement), après qu’il eut été découvert qu’il était la source des informations divulguées quelques années plus tôt par le journaliste italien Mino Pecorelli [9]. L’assassinat avait été attribué à Action directe, dont cinq de ses membres ont été condamnés à la prison à perpétuité [10].
Continuant sa démonstration, le colonel LeWinter a affirmé avoir participé, au sein de la CIA et aux côtés du MI6, à la création d’Al Qaïda sur le modèle du Gladio. Des groupes islamiques auraient été infiltrés ; des mercenaires auraient été recrutés dans d’autres milieux musulmans ; et des opérations commanditées par les services secrets anglo-saxons seraient attribués aux premiers alors qu’ils seraient exécutés par les seconds. Cependant, à la différence des groupes européens des années 70 et 80, tous les groupes de façade islamiques auraient été regroupés sous un label unique, Al Qaïda.
Le colonel LeWinter a affirmé avoir eu un dernier contact avec Oussama Ben Laden, en 2003 ; un épisode dont la presse portugaise s’était fait l’écho à l’époque.

L’historien états-unien Webster G. Tarpley, qui participait en duplex depuis Washington à cette réunion, est revenu en détail sur l’assassinat du Premier ministre italien Aldo Moro. Un meurtre réalisé par les Brigades rouges, mais commandité à leur insu par l’OTAN, sous l’autorité directe d’Henry Kissinger. M. Tarpley, qui vivait à l’époque à Rome, avait été le premier à révéler les détails du complot atlantique, visant à empêcher la création d’un gouvernement d’union nationale incluant les communistes. Il a observé que les enquêtes ultérieures ont confirmé ses travaux, exceptés quant à la localisation d’une société secrète qu’il avait par erreur liée à l’Ordre de Malte alors qu’elle se trouvait au Grand Orient d’Italie (la fameuse loge Propaganda Due dite « P2 », découverte depuis) [11].

Roumiana Ougartchinska a rendu compte de l’enquête qu’elle poursuit depuis plus de dix ans sur la tentative d’assassinat de Jean-Paul II. La confrontation des éléments disponibles permet d’invalider définitivement la célèbre « piste bulgare », théorie selon laquelle l’attentat aurait été commanditée par l’URSS et exécuté par un turc travaillant pour les services bulgares [12]. Il reste qu’il a été établi qu’Ali Agça était le n°3 du stay-behind en Turquie et qu’il a bénéficié de nombreuses complicités en Europe occidentale. Un intense conflit opposait les États-Unis au Saint-Siège, préoccupé d’éviter que l’Europe centrale ne se transforme en champ de bataille entre les deux grandes puissances, à propos de l’Ostpolitik du cardinal Agostino Casaroli.

Pour l’Italien Giullieto Chiesa, parlementaire européen, philosophe et journaliste, la situation est aujourd’hui beaucoup plus grave qu’elle ne pouvait l’être durant la Guerre froide. En effet, si, dans le contexte de l’affrontement idéologique entre les Anglo-Saxons et l’URSS, les hommes du stay-behind pouvaient croire violer les règles démocratiques pour protéger les démocraties, ils ne peuvent aujourd’hui que servir les intérêts des Anglo-Saxons au détriment de leurs alliés.
Le 5 octobre 2001, soit moins d’un mois après les attentats de New York et Washington, les États-Unis et le Royaume-Uni ont informé le Conseil atlantique de la réactivation du stay-behind contre « l’ennemi terroriste ». Ils ont exigé la collaboration des États membres en vertu de l’assistance mutuelle prévue par l’article 5 de la Charte de l’OTAN en cas d’attaque d’un allié. Par la suite, ils ont négocié avec l’Union européenne les facilités d’action dont ils avaient besoin [
13]. Enfin, ils ont négocié bilatéralement des réformes législatives permettant aux agents de la CIA et du MI6 d’agir clandestinement dans chaque État membre [14]. Or, l’OTAN n’est plus une alliance militaire entre égaux, mais uniquement un lieu d’exécution des décisions de Washington. Ainsi, récemment, les États-Unis ont-ils pu négocier avec la Pologne et la République tchèque l’installation de leur nouveau système de missiles sans même en informer le Conseil atlantique, qui n’en a débattu qu’après coup.
La
Commission d’enquête du Parlement européen, à laquelle Giulietto Chiesa participait activement, a confirmé le rapport de Dick Marty [15] au Conseil de l’Europe [16]. Elle a montré que la CIA a enlevé, séquestré et torturé des musulmans en Europe au cours des cinq dernières années.

Le député polonais Mateusz Piskorski a souligné, quant à lui, que les enquêtes diligentées dans son pays n’ont pas permis d’en savoir plus à propos des prisons secrètes de la CIA sur le territoire national. Au demeurant, si celles-ci ont existé, elle ne l’ont été que sous la présidence d’Aleksander Kwaśniewski et ont certainement disparues avec le président Lech Kaczynski, quelque soit son tropisme pro-états-unien.

Pour conclure, Thierry Meyssan, le président du Réseau Voltaire qui animait cette séance de travail, a souligné que les agissements des services secrets de l’OTAN bafouaient les principes de la souveraineté nationale. Il a une nouvelle fois mis en garde contre l’évolution impériale des États-Unis et a affirmé que leur ingérence était le premier défi auxquels devaient faire face aujourd’hui les démocraties occidentales. D’autant que le choix délibéré des victimes —toutes musulmanes— visait à implanter en Europe le « clash des civilisations ». Enfin, en cette veille d’élection présidentielle française, il a rappelé que les accords transatlantiques autorisant l’usage des aéroports nationaux par les avions-prisons de la CIA avaient été secrètement négociés par Nicolas Sarkozy et que celui-ci ne s’en était jamais expliqué. Mais il s’est félicité que la CIA ait hésité à en faire usage de crainte de sabotage de leurs opérations par des officiers républicains des services français.

[1] « Stay-behind : les réseaux d’ingérence américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 août 2001.

[2] Le "Field Manual 30-31" de l’armée états-unienne, ainsi que ses appendices FM 30-31 A et FM 30-31B, où l’on trouve les explications sur les opérations "false flag" : "Il peut y avoir des moments où les gouvernements hôtes montrent de la passivité ou de l’indécision en face de subversion communiste et, selon l’interprétation des services secrets américains, ne réagissent pas avec suffisamment d’efficacité (...) Les services secrets de l’armée US doivent avoir les moyens de lancer des opérations spéciales qui convaincront les gouvernements hôtes et l’opinion publique de la réalité du danger insurrectionnel. Afin d’atteindre cet objectif, les services américains doivent chercher à infiltrer les insurgés par le biais d’agents en mission spéciale, qui doivent former des groupes d’action spéciale parmi les éléments les plus radicalisés des insurgés (...) Au cas où il n’a pas été possible d’infiltrer avec succès de tels agents dans le commandement des rebelles, il peut être utile d’instrumentaliser des organisations d’extrême-gauche à ses propres fins afin d’atteindre les buts décrits ci-dessus. (...) Ces opérations spéciales doivent rester strictement secrètes. Seuls les personnes qui agissent contre l’insurrection révolutionnaire sauront l’implication de l’armée américaine dans les affaires intérieures d’un pays allié."

[3] « 1980 : carnage à Bologne, 85 morts », Réseau Voltaire, 12 mars 2004.

[4] Nato’s Secret Armies : Operation Gladio and Terrorism in Western Europe, par Daniele Ganser, Frank Cass Publishers, 2004. Édition française à paraître fin 2007 aux éditions Demi-Lune.

[5] « Rapport Andreotti sur l’Opération Gladio », 26 février 1991.

[6] Voir le documentaire Timewatch : Operation Gladio - Behind False Flag Terrorism, par Alan Francovich, BBC (1992). Disponible en trois parties sur Google Video.

[7] Voir aussi, « Le Terrorisme non-revendiqué de l’OTAN », interview de Daniele Ganser par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 29 décembre 2006.

[8] Desmantelar a America et Democracia e Secretismo par Oswald LeWinter, Publicaçoes Europa-Amarica (Lisbonne), 2001 et 2002.

[9] Mino Pecorelli a révélé en 1978 le fonctionnement de la loge P2. Il a été assassiné en 1979. A son domicile ont été découverts de très nombreux documents sur les sociétés secrètes liées à l’OTAN et au Saint-Siège dont on ignore la provenance. Le général Audran a été asssassiné en 1985. Action directe a été démantelé en 1987.

[10] Les imputations du colonel Oswald LeWinter contredisent à la fois les déclarations des membres d’Action directe et les travaux de la journaliste franco-israélienne Dominique Lorentz, attribuant la manipulation d’Action directe à l’Iran.

[11] Chi ha ucciso Aldo Moro ?, par Webster Tarpley, POE, 1978.

[12] La Vérité sur l’attentat contre Jean-Paul II, par Roumiana Ougartchinska, à paraître aux Presse de la Renaissance.

[13] « L’Euro Patriot Act », « L’Union européenne a autorisé par écrit les prisons secrètes de la CIA dès janvier 2003 », Réseau Voltaire, 17 novembre 2003 et 13 décembre 2005.

[14] « La loi Ashcroft-Perben II », Réseau Voltaire, 18 février 2004.

[15] « Faut-il combattre la tyrannie avec les instruments des tyrans ? », par Dick Marty, Réseau Voltaire, 22 mars 2007.

[16] Le carceri segrete della CIA in Europa, par Giulietto Chiesa, Edizioni Piemme, 2007.

Sources Réseau Voltaire

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : OTAN
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Vendredi 27 avril 2007

Quand depuis 60 ans l’OTAN s’invite en Méditerranée

 2ème Partie

par Sadek Hadjerès

II. QUELQUES ANTECEDENTS ET RECIDIVES DE L’OTAN EN MEDITERRANEE CENTRALE ET ORIENTALE

Les peuples de la rive nord et européenne de la Méditerranée ont eu eux aussi à subir les préjudices de la politique atlantique, même si les formes et l’intensité de ces atteintes