La farce des grandes stratégies pour l’Afghanistan

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La farce des grandes stratégies pour l’Afghanistan

 

 

Par Bernard Estrade

 



Paddy Ashdown ne sera pas vice-roi d’Afghanistan. En fait, il n’ira même pas à Kaboul. Les puissances occidentales avaient choisi le politicien britannique, ex-chef du parti Libéral démocrate et Haut représentant de l’Onu en Bosnie-Herzégovine de 2002 à 2005, pour y être à la fois le représentant des Nations Unies, de l’Union européenne et de l’Otan.

Une triple casquette justifiée, selon le gouvernement britannique et le département d’Etat américain à l’origine de l’idée, par la nécessité de faire preuve d’efficacité pour sauver l’Afghanistan où les talibans reviennent en force.

Hamid Karzaï, le président afghan pourtant installé par l’Occident, a pris ombrage d’un tel pouvoir redoutant –peut-être pas tout à fait à tort- qu’il ne s’agisse en fait de sa propre mise sous tutelle. Et, au grand dam de Londres et de Washington, il a saisi l’occasion de la grande parade annuelle du Sommet économique mondial de Davos pour dire niet.

Sans doute pour faire bonne mesure,  le président afghan a également déclaré à la presse que les opérations des militaires britanniques contre les Talibans en Helmand dans le sud de l’Afghanistan contribuaient à empirer la situation, non à l’améliorer.

Hamid Karzaï avait déjà, juste avant Noël, provoqué la consternation occidentale en expulsant deux diplomates, l’un des Nations Unies l’autre de l’Union Européenne, accusés d’avoir pris contact avec des responsables des Taliban. 

Certains diplomates essaient de se rassurer en expliquant ce comportement par la nécessité pour le président Karzaï de manifester, à un an d’élections générales, son indépendance vis-à-vis des puissances occidentales qui l’ont porté au pouvoir.

Quand ce n’est pas par sa « grande fatigue » et son « mauvais entourage ».

Car Hamid Karzaï proteste aussi régulièrement contre les pertes civiles, les « dommages collatéraux » infligés par les bombardements des forces américaines, qui dressent le peuple contre l’autorité et le pousse dans les bras de la rébellion. 

Outre les bombardements aériens, la population civile est mise à rude épreuve par les opérations des forces spéciales américaines qui agissent en dehors de la force de stabilisation mandatée par l’Onu et placée sous commandement de l’Otan.

Quelques 12.000 commandos sont déployés en Afghanistan dans le cadre de l’opération Liberté Immuable pour poursuivre al-Qaïda.

Leurs interventions musclées contrarient parfois directement les efforts de pacification des forces sous mandat international qui ne sont pas toujours informées de leurs mouvements. 

Le manque de coordination a ainsi abouti, notamment dans la province d’Helmand aux plaintes croisées des chefs militaires britanniques et américains.

Les premiers se plaignaient de la brutalité des opérations des seconds qui, à leur tour, reprochaient aux premiers de fournir des armes à la population locale sous prétexte de créer une milice. 

Ces conditions ne créent pas un climat propice aux appels répétés de l’Otan demandant aux pays membres d’augmenter les effectifs de leur contingent et de les engager opérationnellement contre les Talibans dont la pression sur le terrain augmente.

Excédé, Stephen Harper, le premier ministre du Canada, vient d’annoncer que, à moins que l’Otan envoie des renforts en hommes et en matériels, il retirerait de la région de Kandahar, les 2500 soldats canadiens qui y sont déployés.

Chaos politique, chaos opérationnel... L’intervention occidentale en Afghanistan semble bien loin de son but et, à son tour, menacée de l’échec qui d’Alexandre à l’Armée Rouge a conclu toutes les précédentes invasions de ce pays.

Sources Geostratégie com

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans AFGHANISTAN

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