Il est interdit de torturer, sauf en secret

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Il est interdit de torturer, sauf en secret

 

The Washington Post



Par un décret signé le 20 juillet, Bush autorise de nouveau la CIA à faire usage de méthodes d’interrogatoire “secrètes”. Politiquement et moralement condamnable, estime The Washington Post. Et, en outre, inefficace.

Voilà près de deux ans que le programme d’interrogatoire de la CIA, qui soumettait les détenus étrangers soupçonnés de terrorisme à des traitements considérés par le reste du monde comme de la torture, était en panne. Les militants d’Al-Qaida étaient toujours tenus au secret, mais l’agence avait cessé d’utiliser certaines de ses techniques les plus controversées, comme la simulation de noyade, la privation de sommeil ou le maintien dans des positions douloureuses, depuis que le Congrès avait voté une loi interdisant les traitements “cruels, inhumains et dégradants” et que la Cour suprême avait décidé d’étendre la protection des conventions de Genève à tous les détenus.

Le 20 juillet dernier, au terme d’un long débat avec ses conseillers, le président Bush a signé un décret présidentiel qui réaffirme expressément que les prisonniers de la CIA seront traités en conformité avec l’article 3 commun aux conventions de Genève et ne seront donc plus soumis à la torture ou à d’autres traitements “humiliants et dégradants”. Mais cet ordre présidentiel risque cependant d’inciter la CIA à revenir à ses méthodes brutales, condamnées par la plupart des démocraties du monde.

Le texte signé par M. Bush autorise en effet la CIA à avoir recours à des méthodes secrètes. En théorie, ces techniques respecteront les conventions de Genève. En pratique, les juristes du gouvernement qui ont, par le passé, utilisé les lacunes de la législation et des raisonnements tortueux pour justifier la torture pourront à nouveau justifier les mauvais traitements. Si l’ordre présidentiel proscrit explicitement les humiliations sexuelles et les atteintes à la religion, il ne se prononce pas sur la privation de sommeil, sur les positions douloureuses et autres méthodes musclées employées par la CIA dans un passé récent.

Selon les autorités, ces techniques sont nécessaires pour extorquer des informations aux agents d’Al-Qaida. En réalité, les études prouvent le contraire : la torture ne permet jamais d’obtenir des renseignements fiables. Les autorités ajoutent que les méthodes de la CIA, contrairement à celles en vigueur dans l’armée, doivent être tenues secrètes afin que les détenus ne sachent pas à quoi s’attendre.

Cependant, toute technique cruelle utilisée par les agents américains risque de ne pas rester secrète très longtemps. Les gouvernements ennemis disposeront alors d’une arme précieuse : une nouvelle panoplie de traitements cruels qu’ils pourront infliger à leurs détenus et qu’ils pourront prétendre, grâce à M. Bush, conformes aux conventions de Genève.

Sources Courrier International

Posté par Adriana Evangelizt

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