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Là aussi, il y aurait à dire. A noter que le président de Nestlé, Peter Brabeck, propose comme solution une
production étendue à la terre entière de produits génétiquement transformés. Vous voyez que tout ce que l'on dit se confirme. Quand on sait de
surcroît à qui appartient Nestlé, la boucle est bouclée.
Le film documentaire «Blé de septembre» fut présenté pour la première fois en 1980. Il montre, entre autre, à quel point les
spéculateurs de la bourse du blé américaine déterminent le prix de ce produit alimentaire. Il ne s’agit pas de fournir les produits alimentaires indispensables au meilleur prix,
mais bien du profit maximum à en tirer. Il y a de cela trente ans.
Le film documentaire «Le cauchemar de Darwin» n’est vieux que de quatre ans. Il démontre comment la Tanzanie, auparavant riche en poissons, fut précipitée
sans aucun scrupule dans la pauvreté et la disette, entre autres par l’Union européenne. On y montre de quelle façon la nouvelle richesse en poissons, dont «bénéficie» le pays –
une monoculture imposée de perches du Nil détruisant toutes les autres espèces de poisson – est transportée dans les pays riches de
l’Occident. Et comment le pays est devenu, en compensation, la plaque tournante de l’armement pour les guerres en
Afrique.
Quels sont les dessous et les implications des énormes augmentations de prix des denrées alimentaires au cours des deux dernières années?
Est-ce que les 850 millions d’humains, qui souffrent déjà de malnutrition, doivent voir leur sort s’aggraver? Menace-t-on d’autres millions
de gens de famine?
La ministre allemande de l’aide au développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, est très claire: «Lorsque les prix des produits alimentaires augmentent de 1%, la nutrition de 16 millions de personnes supplémentaires est en danger.»
En fin de semaine dernière était prévu une grève générale en Egypte pour protester contre les
augmentations exorbitantes du prix du pain (35% en l’espace d’un an). La police étouffa dans l’œuf les manifestations
prévues. Le résultat en fut des morts et des blessés parmi les manifestants.
Dans ce pays, qui est, après Israël, l’allié le plus proche des Etats-Unis au Moyen-Orient, 30 millions de gens vivent dans la misère. Dans
les quartiers miséreux du Caire, on fait la queue parfois pendant des heures pour obtenir quelques galettes de pain. Les pauvres ne peuvent se payer de la viande; s’estimant heureux quand ils
peuvent glaner quelques restes d’os de poulets. La croissance économique de 7% ces derniers temps ne se répercute pas sur les pauvres. L’Egypte, qui fut un grenier à blé, en est réduite à
importer ses denrées alimentaires. Quelques monopoles tiennent ce marché en main et dictent leurs prix.
En Haïti, dans les Caraïbes, au cours de manifestations contre les prix élevés des denrées alimentaires, trois personnes ont été tuées par des soldats de
l’ONU qui tiennent le pays en main pour le gouvernement américain. Les protestations ne faiblissent pas et ont eu pour résultat la démission du gouvernement.
Dans ce pays, c’est le 80% de la population qui doit vivre avec moins de 2 dollars par jour. Les prix du riz, des haricots, des fruits et du
lait condensé ont augmenté de 50% en l’espace d’un an, le prix des pâtes même de 100%. Le résultat en est que beaucoup de familles ne sont plus capables de
se nourrir. Le commerce en libre-échange avec les Etats-Unis a eu pour effet que le pays fut inondé de riz à bas prix; à
première vue ce fut bénéfique pour les citadins, mais les paysans des rizières durent abandonner et se réfugier en ville. Maintenant que le
prix du riz s’est envolé, il n’y a plus personne pour planter cette céréale à bon prix.
Selon un rapport de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), les prix du blé, un des produits
alimentaires les plus importants avec l’eau, étaient, en janvier 2008, de 83% plus élevés que l’année précédente. Les prix du riz, l’aliment
de base en Afrique et en Asie, ont augmenté de plus de 40% dans les pays africains qui doivent importer le riz, cela en quelques mois. La
Banque mondiale publie des chiffres qui montrent que «le prix d’exportation du riz thaïlandais a passé cette année, entre janvier et mars, de 365 dollars par
tonne à 562 dollars.»
L’index des prix des produits alimentaires, calculé par la FAO, était en mars de 57% plus élevé qu’un an
auparavant. En le comparant à la moyenne des années 1998–2000, on atteint même 220%.
Ce qui pour un revenu moyen dans les
pays occidentaux est douloureux, voire alarmant pour les pauvres toujours plus nombreux dans ces pays, est pour les pays en voie de développement une menace
existentielle, alors même qu’ils souffrent régulièrement de famines. Les révoltes de la faim se sont répandues un peu
partout, au cours des dernières semaines notamment au Mexique, dans les Emirats arabes unis, au Yémen, en Indonésie, au Pakistan, en Inde, au Bangladesh, en Ouzbékistan, en Guinée, en
Guinée-Bissau, au Maroc, au Sénégal, en Mauritanie, au Burkina Faso, au Cameroun, en Mozambique, en Côte d’Ivoire.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a déclaré le 20 mars qu’on avait besoin d’urgence de 500
millions de dollars en supplément, du fait de la forte augmentation des prix des denrées alimentaires. Il adressa alors fin février une
demande d’aide à tous les gouvernements des Nations Unies. Si cet argent ne pouvait pas être récolté, il faudrait alors couper dans l’aide de denrées
alimentaires. Depuis juin 2007, on avait dû dépenser 55% de plus pour les achats nécessaires de nourriture.
Les dépôts de céréales dans le monde sont au plus bas depuis les années quatre-vingts. Cela du fait que dans de nombreux pays on a réduit les surfaces
cultivables et qu’en même temps les besoins en céréales ont augmenté considérablement du fait de la production de viande. Les dépôts fondent à vue d’œil.
Caritas International a fait savoir, fin février, que les augmentations des prix des denrées alimentaires mettaient en péril ses projets d’aide en Afrique,
en Asie et en Amérique latine. Du fait de ce développement sur les marchés mondiaux, il n’est souvent plus possible d’assurer le financement
des cantines scolaires, de l’aide alimentaire des réfugiés et de la nourriture complémentaire pour les malades du sida. Le chef de Caritas International a lancé un cri d’alarme:
«Les céréales sont devenues un objet de spéculation et ce sont les malheureux qui en paient le
prix.»
Le magazine autrichien «Südwind Magazin» a présenté dans son édition 2/2008 un premier aperçu:
>>> Le déclin des prix des denrées alimentaires, depuis des années, l’industrialisation de l’agriculture et la politique d’exportation des produits agricoles des riches pays industrialisés ont détruit l’agriculture de proximité des petits paysans non seulement dans les pays industrialisés, mais plus encore dans les
pays en développement. Le résultat en est que ces pays, qui étaient alors exportateurs de produits alimentaires, sont contraints maintenant
d’importer, alors même qu’ils cultivent des produits alimentaires sous pression internationale. Mais ce sont généralement des monocultures pour l’exportation qui n’ont rien à voir
avec les besoins indigènes. Ces pays sont contraints de payer les prix «du marché» imposés par l’industrie
agroalimentaire.
>>> La consommation grandissante de viande, même dans les pays émergents, a
provoqué une nette demande de fourrage. Il en faut une grande quantité, ne serait-ce que pour un kilo de viande, et ainsi il manque par
ailleurs.
>>> La production dans le monde entier de soi-disant bio-carburants – «soi-disant» parce que ces carburants
causent plus de dommages à l’environnement qu’ils ne lui apportent d’avantages – a modifié et détourné la production agricole de façon
fondamentale. Aux Etats-Unis, 20% des terres arables ont été détournées en 2007 pour la production d’éthanol. L’économie allemande a passé
une série d’accords commerciaux pour investir dans ce marché de l’éthanol en pleine expansion et en tirer profit. Cette façon d’utiliser les produits alimentaires se heurte à une
critique grandissante. Caritas International vient de publier en allemand un ouvrage intitulé: «Réservoir plein – assiettes vides. Le prix
des biocarburants: la faim, les expulsions, l’écocide.»
>>> L’augmentation considérable du prix du pétrole a fait grimper les prix de transport des produits alimentaires. Cela
revêt une grande importance au vu des transports incessants de ces produits dans le «marché mondial». En fait, les pays en voie de développement sont doublement touchés: par les fortes
augmentations d’une part des prix des produits alimentaires et d’autre part de l’énergie.
>>> Les prix des engrais chimiques à base de produits pétroliers ont pris l’ascenseur et coûtent environ le double des prix de 2005.
Le «Südwind Magazin» ne s’est pas encore attardé sur les spéculateurs des prix des denrées alimentaires, à la recherche de profits. La
crise financière mondiale a pour effet que d’énormes sommes d’argent de spéculation sont détournées. On investit considérablement non
seulement dans les marchés de l’or et de l’énergie, mais aussi dans ceux des produits alimentaires. Le
journal suisse allemand «Neue Zürcher Zeitung» s’exprimait le 11 avril de la manière suivante: «Depuis que le commerce avec les papiers valeurs garantis manque de liquidité, les investisseurs et
les «trader» banquiers se sont littéralement précipités sur les marchés des matières premières. Ils s’affichent dans les mouvements des prix des biens agricoles sensibles au niveau social de plus
en plus comme des manipulateurs du marché, en attente spéculative.» L’hebdomadaire suisse Wochenzeitung (WOZ) communiquait le 3 avril que la banque néerlandaise ABM Amro publiait des annonces
dans les journaux pour ses «produits financiers structurés» dans le secteur agricole: «Pour différentes raisons il est bon d’investir: les surfaces arables de blé qui stagnent,
une population mondiale en augmentation, des habitudes de se nourrir qui se modifient dans les pays émergents, plus une demande croissante de
biocarburants.» Donc: des conditions «rêvées» pour des augmentations de prix et des profits solides – sur le dos de l’humanité.
Par exemple: Le président de Nestlé, Peter Brabeck, propose comme solution
une production étendue à la terre entière de produits génétiquement transformés; il en va de même du Premier ministre anglais Brown – comme
Bush auparavant. Ce qu’on tait, c’est que cette façon de procéder mettrait les besoins alimentaires mondiaux dans les mains de la multinationale américaine
Monsanto. On se garde bien, également, de parler des risques de graves dommages sur la santé, qui pourraient être causés par ces produits
génétiquement modifiés.
Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, nommé par le président américain, semble lui aussi alarmé par ces augmentations
mondiales des prix alimentaires et s’attend à une poursuite de ces augmentations au cours des années à venir. Il pense qu’une augmentation massive de la pauvreté est probable. Mais: Zoellick
exige, comme solution, une extension du «libre-échange» des produits agricoles – une proposition dont le monde a déjà subi les conséquences
désastreuses. De plus: La Banque mondiale veut, au travers de ses crédits, étendre son influence sur les pays en voie de développement, se
concentrant sur les projets agricoles; cela depuis que bon nombre d’entre eux se sont mis à accorder leur confiance aux banques de développement régionales ou à la Chine, plutôt qu’à ceux qui
grâce aux mesures structurelles les contrôlaient par leurs crédits. On sait maintenant dans la plupart de ces pays, ce que cela signifie d’être attaché au
râtelier de la Banque mondiale.
On doit donc prendre patience avant de savoir dans quelle mesure la Banque mondiale et le FMI prendront au sérieux leur souci quant aux augmentations des prix des denrées alimentaires, comme ils
le déclarèrent lors de leur réunion commune au printemps à Washington, et à quel point ils prendront des mesures pour y parer.
Les augmentations de prix ne connaissent pas de frontières. Même la Russie et la Chine sont touchées. L’agence de presse russe RIA
Novosti annonça déjà en décembre dernier que les prix des denrées alimentaires pour 2007 avaient augmenté de presque 14%. En Chine, le prix du porc, denrée largement utilisée, a augmenté de 56%.
L’ensemble des prix des denrées alimentaires en Chine a augmenté de 18%.
Finalement: il y a aussi chez nous une pauvreté dans le domaine alimentaire, par exemple en Allemagne. 800 000 personnes dans les grandes villes allemandes
vivent des restes livrés par les grands magasins.
Que faire? En premier lieu, veiller à ce que les populations ne se laissent pas mener les unes
contre les autres dans des conflits et des guerres, notamment pour le pétrole, l’eau et les aliments. Les populations du monde entier ont un droit à l’alimentation.
On ne peut sacrifier un droit humain au profit et à la volonté de pouvoir de quelques-uns. On comprend donc bien les protestations, car elles
sont entièrement justifiées. Marquer réellement une opposition n’est possible qu’au travers d’une solidarité humaine qui englobe tous les pays de tous les continents, et dans la mesure où les
solutions proposées respectent la dignité de chacun.
PS: Les dépenses militaires dans le monde ont atteint en 2007 plus de mille milliards de dollars, ce qui représente 2000 fois 500 millions de dollars. Voilà à quel point de folie est arrivé notre monde. Et ces
2000 fois 500 millions de dollars sont carrément une rapine pratiquée par les parlements et les gouvernements. Et cet argent manquera
gravement.
Sources Alternatives Internationales
Posté par Adriana Evangelizt
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