Municipales catastrophiques pour Brown

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Municipales catastrophiques pour Brown 



PAR Eric Albert



Le Labour ne récolte que 24% des voix, à 20 points des conservateurs et derrière les libéraux-démocrates.


La défaite est catastrophique pour Gordon Brown. Le Parti travailliste a essuyé jeudi, lors des élections municipales qui se tenaient au pays de Galles et dans le tiers de l'Angleterre, ses pires résultats en quarante ans. Il arrive seulement en troisième position, avec tout juste 24% des voix, derrière les libéraux-démocrates (25%), tandis que les conservateurs triomphent avec 44%. «C'est le pire résultat possible pour les travaillistes», analyse John Curtice, politologue à Strathclyde University.

Moins bien que Tony Blair

Tous les signaux sont au rouge pour le premier ministre britannique. Le choc principal est la défaite de la mairie de Londres. Ken Livingstone, au pouvoir depuis la création du poste de maire il y a huit ans, subit une humiliante défaite face au trublion Boris Johnson (lire ci-contre). Mais les travaillistes ont aussi perdu une ville aussi symbolique que Reading, qui demeurait l'un de leurs rares bastions du sud de l'Angleterre, ainsi que cinq villes au pays de Galles, d'habitude un de leurs fiefs.

Si la défaite du Labour était attendue, son ampleur surprend. Gordon Brown fait moins bien que Tony Blair lors des élections municipales déjà catastrophiques de 2004. A l'époque, la guerre en Irak était encore fraîche et Tony Blair paraissait sur le déclin. Mais l'actuel premier ministre britannique, en poste depuis seulement dix mois, ne peut pas évoquer ces circonstances aggravantes. L'échec le touche directement, et il n'est désormais plus le favori pour remporter les prochaines législatives, prévues d'ici à un ou deux ans.

Gordon Brown reconnaît lui-même que le coup est rude. «Il est clair que c'est une mauvaise journée pour les travaillistes.» Il tente de relativiser, mettant la mauvaise humeur des électeurs sur le compte du ralentissement économique, avant d'ajouter: «Un leader n'est pas testé pendant une période de succès, mais par ce qu'il fait dans des circonstances difficiles.»

Il sera pourtant difficile de ne pas voir un désaveu de la méthode Brown. La principale critique concerne ses hésitations permanentes, depuis qu'il a renoncé au dernier moment à tenir des élections anticipées en octobre dernier. Il a aussi fait demi-tour, au moins partiellement, sur les impôts concernant les riches étrangers ou encore une autre réforme fiscale défavorisant les plus pauvres. Dans le même temps, il continue la même politique que Tony Blair, la capacité de conviction et la brillance en moins...

Face à lui, le leader de l'opposition, David Cameron, crie victoire, parlant d'un «grand moment» pour son parti. Les conservateurs espéraient initialement remporter au moins une centaine de sièges de conseillers municipaux: ils en gagnent finalement plus de 250 - les travaillistes en perdent environ 330!

La question désormais est de savoir si la claque électorale de jeudi est un simple avertissement - sévère - contre les travaillistes, ou le début de la fin d'une décennie de pouvoir. Avec le même résultat lors d'élections générales, les conservateurs remporteraient une large majorité absolue. Pour le politologue John Curtice, la défaite de Gordon Brown ressemble à celle de John Major lors des municipales de 1995: la vague rose qui avait alors déferlé avait conduit à la victoire de Tony Blair en 1997. De plus, la défaite du Labour aux municipales réduit progressivement son nombre d'élus sur le terrain nécessaires pour mener des campagnes efficaces.

Le Labour dos au mur

Mais les travaillistes rétorquent que l'élection municipale de jeudi, qui ne comprenait ni l'Ecosse ni les deux tiers de l'Angleterre, n'a rien à voir avec un scrutin national. De plus, une sanction à mi-mandat est un phénomène habituel.

Il n'empêche que le Labour est désormais dos au mur. Plusieurs ténors du parti ont appelé vendredi à ne pas paniquer. Les tensions internes virulentes de ces dernières semaines contre Gordon Brown laissent pourtant présager l'inverse. Difficile de ne pas penser que William Hague, un ténor des conservateurs, a raison quand il affirme: «Nous avons fait un grand pas en avant.»

Sources
Le Temps

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans BUSH BLAIR

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