Quand le privé laisse filer des détenus

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Quand le privé laisse filer des détenus

par Tommy Chouinard

La Presse

Près du tiers des prisonniers qui se sont évadés depuis 2007 l’ont fait d’un hôpital. Les détenus échappent à l’attention d’agents de sécurité privés à qui Québec confie en sous-traitance la garde de prisonniers en milieu hospitalier, révèle une enquête menée par La Presse.

Depuis l’an dernier, au moins cinq détenus ont ainsi pris la clé des champs. Certains ont été en cavale pendant plus d’une semaine avant de se faire épingler par les policiers. L’un des détenus est toujours au large, plusieurs mois après sa fuite.

Dix-huit évasions ont eu lieu: 11 en 2007 et sept jusqu’à maintenant en 2008. De ce nombre, cinq sont survenues lors d’un séjour à l’hôpital et sous la garde d’agents du privé. Elles se sont produites au cours des neuf derniers mois seulement (trois entre septembre et décembre 2007 et deux en 2008 jusqu’à maintenant). Le phénomène est en progression. Aucune évasion n’avait eu lieu dans de telles circonstances en 2006.

Éric Lacasse est l’un des cinq détenus qui se sont évadés lors d’une visite à l’hôpital. Son histoire est rocambolesque. Ce prisonnier du centre de détention de Hull, condamné en 2007 pour fraude et en attente d’un procès dans une autre affaire, devait passer une radiographie à l’hôpital le 31 décembre, la veille du jour de l’An.

C’est un agent de la compagnie Garda qui était chargé de le surveiller. Vers midi, Lacasse, qui n’était pas menotté, a convaincu l’agent d’aller dîner le temps qu’il se change et subisse son examen.

L’agent s’est rendu à la cafétéria manger un hot-dog, et Lacasse en a profité pour prendre la fuite. L’hôpital a alerté la sûreté municipale de Gatineau, qui a lancé un avis de recherche. Des policiers ont finalement arrêté Lacasse une semaine plus tard, à Montréal.

Garda a congédié l’agent, confirme son porte-parole, François Morin. À la suite de cet incident, cette compagnie de sécurité, l’une des plus importantes au Canada, a décidé de ne plus se charger de la garde de détenus pour le compte du gouvernement québécois. «Nous trouvons ce type de contrat très dangereux, car nos agents, contrairement aux agents des services correctionnels, n’ont pas le droit au port d’armes et de menottes», explique François Morin.

Garda respectera les contrats qu’elle a conclus avec sept centres de détention, mais elle ne compte pas les renouveler à leur échéance. «Nous avons décidé de ne plus soumissionner ce type de contrats gouvernementaux, où on retient le plus bas soumissionnaire et où la qualité n’est pas là comme facteur décisionnel, où on recherche davantage un prix plutôt que la qualité», affirme M. Morin.
D’autres cas

Dave Fortin, qui purgeait une peine de moins de deux ans à la prison de Chicoutimi, s’est éclipsé lui aussi lors d’un séjour à l’hôpital. Il s’est évadé le 12 avril alors qu’il était sous la responsabilité d’un agent privé. Sa cavale a duré quelques jours.

Roland Angers (l’orthographe de son nom de famille diffère selon la source), lui aussi du centre de détention de Chicoutimi, a pris la poudre d’escampette le 24 avril. Il a retrouvé sa cellule quelques jours plus tard.

Le 22 septembre 2007, André Garneau, du centre de détention de Hull, est aussi parvenu à s’enfuir. Selon des faits recueillis par La Presse, l’agent privé aurait laissé Garneau quitter l’hôpital en compagnie de membres de sa famille. Des agents des services correctionnels et des policiers de la SQ seraient partis à sa recherche. Une heure plus tard, à la suite d’un échange téléphonique avec la direction de la prison, Garneau aurait accepté de retourner à sa cellule sans aucune résistance.

Le 26 octobre dernier, un autre détenu d’une prison québécoise a pris la fuite, mais La Presse a peu de détails sur cette affaire. Ce détenu séjournait lui aussi à l’hôpital, dans la région de la Montérégie, et était gardé par un agent privé. Il est toujours au large, plus de sept mois après son évasion.

La Presse a exposé ces faits au ministère de la Sécurité publique. Son porte-parole, Réal Roussy, a refusé de confirmer les noms des détenus et les circonstances exactes de leur évasion. Ces détails sont protégés par la Loi sur la protection des renseignements personnels, a-t-il plaidé. M. Roussy a toutefois confirmé les dates des évasions et leur nombre.

Environ 2000 détenus se rendent à l’hôpital chaque année sous la garde d’une agence privée. «Il faut relativiser le phénomène des évasions, parce qu’on parle de cinq cas», a affirmé Réal Roussy.

Quarante mille personnes se retrouvent en prison au cours d’une année. Chaque jour, les prisons québécoises comptent environ 4200 prisonniers, dont 40% de prévenus, des personnes en attente d’un procès. Les détenus des prisons québécoises purgent une peine de moins de deux ans.

Sources
Cyberpresse

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Canada-Usa

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