La présidence de Bush, l’Histoire et « les Etats-Unis d’Amnésie »

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Interview de Gore Vidal : « Il ne faut pas oublier que c’est un peuple qui n’a pas de culture et qui n’en a jamais eue. »




La présidence de Bush, l’Histoire et « les Etats-Unis d’Amnésie »


par Gore Vidal




AMY GOODMAN : avec plus de 60 ans de carrière, Gore Vidal est l’un des penseurs et écrivains des Etats-Unis les plus respectés. Il est l’auteur de plus de vingt romans et cinq pièces de théâtre. Parmi ses ouvrages récents, Dreaming War (Rêver la guerre), Perpetual War for Perpetual Peace (la guerre perpétuelle pour une paix perpétuelle), et Imperial America : Reflections on the United States of Amnesia (l’Amérique impériale : réflexions sur les Etats-Unis d’Amnésie). Sa dernière œuvre est Point to Point Navigation.

[Interview réalisée au festival du livre du Los Angeles Times. La première question a porté sur l’année électorale en cours et sur la présidence de George W . Bush ]

Interview de Gore Vidal par Democracy Now !

RETRANSCIPTION

GORE VIDAL : Son mandat n’est pas encore terminé. Il peut encore faire sauter la planète. Tout indique qu’il pense encore sérieusement à attaquer l’Iran. « Les généraux indiquent que l’Iran sont un grand danger et leurs armes servent à tuer des Américains »

Je crois que les Bushistes pensent, à raison, que les américains sont des idiots. C’est vrai qu’ils ne comprennent rien à rien. Il y a deux bonnes raisons à cela, le système éducatif pour le peuple, disons pour ceux qui n’ont pas de gros moyens, est un des pires de tout le monde occidental. C’est terrible. A la fin, ils ne connaissent rien de l’Histoire, encore moins l’histoire des Etats-Unis. Je n’avais pas l’intention de passer ma vie à écrire sur l’histoire des Etats-Unis, qui aurait dû être enseigné à l’école, mais je ne voyais pas d’autre alternative que de m’y atteler moi-même. Il y a plein de choses plus agréables que j’aurai aimé faire que d’analyser George Washington ou Aaron Burr. Mais c’était mon devoir, alors je l’ai fait.

AG : Vous avez écrit "les Etats-Unis d’Amnésie". Pourquoi ?

GV : C’est un bon titre. Il ne faut pas oublier que c’est un peuple qui n’a pas de culture et qui n’en a jamais eue. J’ai été publié pour la première fois à 19 ans et j’ai eu mon premier best-seller à l’âge de 21, 22 ans. Je pensais à l’époque que lorsque je serai vieux, ce pays serait bien meilleur, pas parce que j’y étais mais parce que j’allais y contribuer. Puis j’ai vu comment le New York Times contrôlait étroitement le petit monde de l’édition New-Yorkaise, où on se publiait les uns les autres. Le résultat ne fut pas très bon.

Alors nous voici, coupés de l’Europe, surtout depuis la Deuxième Guerre Mondiale. La période de l’après guerre était plutôt intéressante, parce que nous étions nombreux à voyager à l’étranger et y vivre un certain temps et nous finissions par comprendre d’autres cultures. Je connais de nombreux cas, comme Jimmy Baldwin, qui est devenu français. C’est étonnant. Il avait un accent étonnant et l’esprit vif.

AG : vous l’avez connu ?

GV : oui, très bien.

AG : quels sont vos souvenirs ?

GV : Il avait deux voix. Une qui sonnait exactement comme celle de Bette Davis en train de souffrir dans un de ses films. Et l’autre était de genre « Appelez moi Ishmael » - la voix du prophète. Il était contradictoire.

AG : pour vous, que signifie « amnésie » ?

GV : sa signification littérale : ceux qui n’ont pas de mémoire.

AG : comment la combattre aux Etats-Unis ?

GV : On ne peut pas, elle a gagné. Je ne vois pas comment on peut la combattre. Le gens oublieraient de la combattre.

AG : Dans Point to Point Navigation, vous écrivez « je suis né le 3 octobre 1925, le jour du 25ème anniversaire de Thomas Wolfe, le romancier, pas le journaliste. J’ai vécu les trois quarts du vingtième siècle et le tiers de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. »

GV : je ne comptais pas sur eux pour comprendre le sens du mot « amnésie ».

AG : Vous avez écrit deux livres sur l’administration Bush. Perpetual War for Perpetual Peace et Dreaming War. Pourquoi ?

GV : Le principal livre de l’époque, c’est Perpetual War for Perpetual Peace. C’était la politique étrangère de l’administration Bush : la guerre sans fin. C’était aussi le rêve de Harry Truman. C’est lui qui a déclenché la Guerre Froide. Si un minimum d’histoire avait été enseignée aux Américains, ils connaîtraient tout ça. Et ne croyez pas que cela me fait plaisir d’être celui qui est chargé de le leur apprendre.

AG : Et l’autre livre, "Dreaming War" ?

GV : Même chose. Ils rêvaient de guerre. On voit bien que le petit Bush rêvait de guerre depuis le début, comme Cheney rêvait de pétrole et de tabasser un pays comme l’Irak qui devra rembourser les dégâts avec son propre pétrole. Rien que pour ça, ils méritent de passer devant un peloton d’exécution.

AG : vous croyez à la peine de mort ?

GV : Non. Mais pour eux, oui.

AG : Nous en sommes à la sixième année de guerre en Irak, c’est plus long que l’engagement des Etats-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale.

GV : Oui, c’est incroyable. C’était une opération gigantesque sur deux grands continents contre deux ennemis modernes. Maintenant nous menons des petites guerres de jungle sans raison, juste parce que nous avons un président qui ne connait rien à rien. Il est vide. Mais il veut frimer. « Je suis un président en temps de guerre ! Je suis un président en temps de guerre ! ». Il n’arrête pas de radoter, bla, bla, bla. On dirait un terrier fou. Et regardez où tout cela nous a mené.

Je crois que j’ai toujours eu une bonne analyse de mon pays, mais je ne pensais pas que le système pouvait être si facilement renversé, parce que le 11 septembre fût un coup d’état. A partir de là, tout est parti en vrille. Et lorsque nous nous sommes débarrassés – lorsqu’ILS se sont débarrassés du Magna Carta, j’ai pensé, eh bien, finalement, nous n’avions jamais été réellement dans une république.

AG : que voulez-vous dire, par Magna Carta ?

GV : Vous savez ce que cela signifie, non ?

AG : expliquez-moi.

GV : Dites-le à vos lecteurs, à vos auditeurs. C’est le socle de la loi. De là vient toute la théorie, la pratique sur lesquels est basée notre système judiciaire. C’est l’état de droit. A cause de ce droit constitutionnel, on ne peut pas priver quelqu’un de sa vie, de sa liberté, de sa recherche du bonheur. C’est gravé dans l’inconscient de chaque américain, en tout cas il l’était dans le mien. J’ai été élevé par mon grand-père à Washington et il n’y avait pratiquement pas un jour qui passait sans qu’il ne parle de l’état de droit. Il était devenu aveugle à l’age de dix ans.

AG : Qui était votre grand-père ?

GV : Le sénateur Thomas Pryor Gore. Une famille du Mississipi. Son père s’était engagé dans la Guerre de Sécession. Les Gore venaient du Mississipi mais n’étaient pas sécessionnistes. Ils se considéraient comme des patriotes. Et toute la famille était contre la guerre, mais parce que leurs amis et voisins y étaient favorables et parce que c’était une question d’honneur, pas mal sont allés se faire tuer.

AG : Votre grand-père était sénateur de l’Oklahoma ?

GV : Il fut le premier sénateur de l’Oklahoma, élu en 1907.

AG : Vous êtes cousin d’un autre Gore : Al Gore.

GV : Exact.

AG : Quelle est votre analyse de l’année 2000 ? (année de la première élection de Bush contre Gore – NDT)

GV : L’élection lui fût volée. Je ne le connais pas. Je ne le vois jamais. Mais au sein de la famille, j’ai entendu que ce fut un grand choc pour lui. Il avait tout fait comme il faut dans la vie. C’était un enfant modèle et il vénérait la Cour Suprême et respectait la loi, l’état de droit et tout ça. Puis la Cour Suprême l’a poignardé dans le dos, parce qu’il y a de nombreux truands là-bas dedans. Je regardais Dred Scalia l’autre jour à la télévision. Vous l’avez vu ?

AG : Non

GV : Eh bien il disait « Faites vous une raison ! Oubliez tout ça ! » Il s’adressait aux progressistes, et vous savez combien ils sont terribles. En 2000, la Cour s’est immiscée dans une élection, ce qui était une grande première. Ca ne fait pas partie de leurs prérogatives. Ils ne sont même pas censés arbitrer de telles affaires. Ils ont juste fait quelque chose qui ne les regardait pas. Et l’autre ricanait « Oubliez tout ça ! ». Ca m’a fait penser à l’Italie vous savez, le genre de type qui sévit à Naples.

AG : Vous y avez vécu de nombreuses années.

GV : Oui.

AG : Que voulez-vous dire, Gore Vidal, lorsque vous dites que le 11 septembre fut un coup d’état ?

GV : Que ce fut un coup d’état. Lorsque Timothy McVeigh décida de faire sauter l’immeuble du FBI à Oklahoma City – il a commencé à m’envoyer des lettres et je lui répondais, c’est un garçon intelligent, qui s’intéresse beaucoup au Droit, qui aurait été un bon avocat en droit constitutionnel, et c’était aussi un patriote. Un soldat de métier. Mais il fut décrit comme un monstre, qui d’autre, sinon, pouvait faire sauter des enfants ? Mais il ne savait pas qu’il faisait sauter des enfants. Il avait agit sous le coup de la colère après les événements de Waco, le jour où toute une communauté religieuse fût incendiée par l’armée. En tant que soldat, il s’est dit que la seule chose qui sépare notre pays d’une république militarisée, ce n’est pas seulement l’état de droit, mais c’est aussi la loi Posse Comitatus de 1875 qui interdit à l’armée d’agir contre les citoyens des Etats-Unis. Ce qui ne les a pas empêchés d’intervenir et bang ! ils ont incendié toute la place et brûlé plus de femmes et d’enfants que M. Mc Veigh n’en a jamais brûlé.

C’est arrivé sous Janet Reno qui était ministre de la Justice à l’époque, sous la présidence de Bill Clinton, une présidence médiocre. Ils ont adopté quelques lois sous le coup de la panique parce qu’ils pensaient, non sans raisons, qu’il existait un groupe de personnes, dont de nombreux ex-soldats, qui étaient prêts à renverser le gouvernement. Ils étaient antisémites, anti tout ce que vous voulez. Ils étaient en rébellion contre ce pays.

J’ai écrit sur ce sujet, en termes alarmantes. J’ai même écrit à M. Mueller, qui était le nouveau directeur du FBI. Et j’ai vu qu’il n’allait pas réagir. Ils ont fait toutes ces interviews de ces types qui vivaient dans les bois autour de Fort Hood. J’ai dit « il va y avoir du grabuge un jour et vous ne faites rien. Et pourtant vous passez votre temps à inventer des choses sur Mc Veigh ». Ils ont essayé de le faire passer pour un fou, et tout ça. Il avait reçu une médaille, je crois que c’était la Silver Star.

AG : Pendant la Guerre du Golfe.

GV : C’est ça. C’est de là que vient l’idée du coup d’état. Ils ont vu là une opportunité. Ils – Cheney, Bush – voulaient la guerre. Leur truc à eux, c’est le pétrole. Ils veulent la guerre pour avoir plus de pétrole. Ils sont aussi extraordinairement stupides. Ils ne savent rien. Mais ils ont toute une série de mesures prévues. Je crois qu’une de ces mesures est d’enfermer tous les gens de couleur aux Etats-Unis afin de nous protéger de l’ennemi intérieur. C’était maléfique. Alors ils ont laissé tomber. Je crois que M. Gonzales (ministre de la justice - NDT) était déjà en poste à l’époque. Puis il y eut le coup d’état. Ils se sont emparés de l’état. Et à partir de ce moment, ils ont nommé tous les juges, faisant ceci ou cela, ils se sont débarrassés de Magna Carta et ils ont démoli la république.

AG : Le rôle de la torture ?

GV : Oh, tout était déjà prévu. Le Patriot Act n’est que l’enfant illégitime de Clinton, dans le même esprit que « il faut vraiment faire quelque chose contre ces sauvages qui vivent dans le Montana ».

(…)

AG : Comment en sommes nous arrivés à être si détestés ?

GV : Il y a de nombreux traits méprisables chez les Américains que le reste du monde n’aime pas. Une vantardise constante - alors qu’il n’y a pas de quoi se vanter - ça finit par taper sur les nerfs. Et cette idée que, d’une manière ou d’une autre, le monde nous appartient et que tout le monde doit nous obéir, ça déplait aussi. Ca peut paraître étrange, mais ça déplait. Il n’y a jamais eu un peuple aussi mal placé pour dominer le monde que les Américains du 20eme et 21eme siècle.

Henry James en parlait très bien. A l’époque de la guerre Hispano-américaine, il était violemment contre la guerre et il y voyait le début de l’impérialisme. Lui-même n’était pas un impérialiste. Et il dit, « Vous savez, là où l’empire civilisa les britanniques, l’empire nous corrompra encore plus et étendra le règne de Tammany Hall (organisation du Parti Démocrate, de 1790 aux années 60, dont l’objectif était la prise de pouvoir et le contrôle de la politique via différents groupes de pression - NDT) à tous les recoins de la terre. »

AG : vous croyez que nous allons nous en sortir ?

GV : Pas dans l’immédiat. Bush a tout organisé pour faire trainer les choses sur une longue période. Personne ne s’est posé la question de savoir si Petraeus était un bon général. On l’a grassement promu, mais ça c’est typique de la part d’un président ignare qui voudrait que le général fasse quelque chose qui risque de le heurter. « Général, en échange, je vais vous donner quatre étoiles » C’est comme ça que ça marche.

AG : Pensez-vous que l’Irak a sauvé l’Amérique latine ? Nous voyons de grands changements en Amérique latine.

GV : Moi, je suis un fan de Chavez. Il est certainement l’homme qu’il fallait au Venezuela, et d’une certaine manière il prolonge les réformes de Fidel Castro. Je connais trop bien les média pour avaler la plupart des informations qu’on peut lire sur Castro. « Il met des gens en prison ! » Bon, ouais, beaucoup de riches ont perdu leurs fortunes, et ils sont très fâchés, alors ils exagèrent ses crimes. Mais Abu Ghraib, c’était pas lui, c’était nous. Parce que nous luttions pour la démocratie partout.

Ce président est un neu-neu – il n’a même pas réussi à entrer à Swarthmore, son cerveau ne faisait pas l’affaire. Il n’y a pas d’information dans son crâne. Le prendre au sérieux est la plus grande insulte que l’on puisse faire au peuple américain. Il n’aurait jamais du devenir président. C’est fascinant. Vous vous souvenez lorsque son père s’est mis à pleurer à la television ?

AG : oui

GV : Eh bien, c’était par sentiment de culpabilité. L’intention de cette famille pas très royale était de faire élire Jeb, gouverneur de la Floride à l’époque. Mais W. s’est glissé dans la course. Jeb aurait été facilement élu. Il est intelligent et constitue une fierté pour la famille Bush. Puis l’autre – le prince noir – s’est détaché du troupeau pour tenter sa chance et il a réussi. C’est la raison pour laquelle son père a pleuré. Cette collision fût Shakespearienne, et la réaction du vieux un moment historique. Je n’avais jamais vu un adulte perdre autant son contrôle, quelqu’un qui avait l’habitude de la télévision. Il était là, et personne n’arrivait à l’arrêter, en train de chanter les louanges de Jeb pour toutes ses qualités. Ce faisant, ironiquement, il s’est souvenu que c’était Jeb qui aurait du être président. Espérons qu’un de mes successeurs écrira un jour une pièce là-dessus.

AG : l’écrirez vous ?

GV : Non, c’est pas un sujet pour moi.

AG : Ecrirez-vous autre chose sur Bush ?

GV : Bien sûr que non. J’en ai déjà trop écrit. C’est un non-sujet.

AG : Un espoir ?

GV : Quel espoir ?

AG : C’est ma question. Avez-vous un espoir ?

GV : Non, pas beaucoup. Vous savez, Benjamin Franklin, pendant l’adoption de la Constitution de 1789 à Philadelphie, était en train de quitter la salle et les auteurs de la Constitution l’avaient prévenu, parce qu’ils savaient qu’il avait la langue bien pendue et n’était pas un admirateur de leur travail. Lui, il pensait qu’ils étaient naïfs. Il pensait qu’ils avaient raté le plus important. Il avait lu Aristote qui explique comment toutes les républiques s’effondrent. Il était donc en train de quitter la salle lorsqu’une vieille dame qu’il connaissait lui dit « Eh bien, messieurs, qu’est-ce que vous nous offrez ? ». Il répondit, « Nous vous offrons une république, si vous êtes capables de la garder ».

Il y avait trois ou quatre hommes qui avaient été désignés pour le suivre partout et s’assurer qu’il ne raconte pas de choses trop embarrassantes. Mais lui il racontait partout ce qu’il avait envie de raconter. Alors ces hommes se sont approchés de lui et lui ont demandé « Pourquoi êtes-vous si pessimiste au sujet de cette Constitution ? C’est le meilleur travail fait par les meilleurs hommes de ce pays. Pourquoi êtes-vous si sceptique ? ». Il dit, « Eh bien, Aristote, ou plutôt l’histoire, nous montre que chaque république de cette nature échoue à cause de la corruption des gens. » Puis il est parti.

AG : Et que pensez-vous va arriver maintenant ?

GV : C’est déjà arrivé. Nous sommes ruinés. Vous avez vu à la télévision comment ils commencent à réaliser que nous manquons de nourriture ? Je n’avais jamais vu ça.

AG : Vous pensez que ça peut être réparé ?

GV : Un crash ferait l’affaire, mais c’est plutôt radical.

AG : Avez-vous connu Eleanor Roosevelt ?

GV : Trés bien.

AG : Vous pouvez nous en parler ?

GV : Que voulez-vous savoir ?

AG : Dites-nous comment elle était. En quoi croyait-elle ? Quelle influence avait-elle sur (son mari, le président) Franklin Roosevelt ? Quelle était leur relation ?

GV : Leur relation était conflictuelle. Ils ne s’aimaient pas beaucoup. Elle l’admirait, mais lui ne l’admirait pas, ce qui était idiot. Elle était beaucoup plus intelligente que lui.

AG : Comment l’avez-vous rencontrée ?

GV : J’ai vécu pendant des années Dutchess County. Je m’y suis présenté aux élections au Congrés. C’est elle qui a lancé ma campagne. J’ai raté l’élection de 20 pourcent des voix, je crois. Et nous sommes devenus amis pendant la campagne. C’était en 1960, au même moment où Jack se présentait aux élections présidentielles. Elle était pour son concurrent (au sein du parti démocrate) Adlai Stevenson et moi j’étais délégué à la convention qui choisit Jack (*). Elle ne m’en a pas voulu. (…)

AG : Quelles étaient ses valeurs ? Que défendait-elle ?

GV : Ses valeurs étaient plus humaines qu’américaines. Lorsqu’elle est arrivée à la Maison Blanche elle parlant six ou sept langues. Roosevelt, lui, aurait été incapable de commander un plat dans un restaurant français. C’était elle le cerveau. Et c’était elle qui se préoccupait réellement des gens. Elle était très active. Une femme admirable.

AG : Certains disent qu’il faudrait un nouveau « New Deal » pour relancer l’économie ? Ca veut dire quoi ?

GV : On n’a pas besoin d’une répétition du « New Deal » original. Mais si nous avions quelque chose de semblable, il faudrait deux générations pour réparer les dégâts de Bush et compagnie. Il y a eu trop de dégâts. Regardez l’état de la Justice. Regardez tous ces juges qu’ils ont nommés. Le 11 septembre fut le prétexte pour renverser le gouvernement des Etats-Unis, et il fut renversé.

Quelqu’un a protesté ? La première protestation fut Perpetual War for Perpetual Peace. Je l’ai écrit parce que j’avais 70 ans et que je n’avais pas envie de me lancer dans la rédaction de tout un tas de livres politiques, mais je n’avais pas le choix. Alors j’ai écrit le premier pour tenter d’expliquer qui était l’ennemi. Chaque fois que j’entends « Islam » ou « le terrorisme nous menace » …

AG : …ou « islamo-fascistes » ?

GV : Islamo-fasciste, ça ne veut rien dire. Comment peut-on être fasciste si on n’est pas italien ? Les personnes les plus stupides que je n’ai jamais vus sont au pouvoir depuis dix ans. Ils ne connaissent rien. Et vous pouvez le constater lorsque Bush tente de lire ses notes « et bien, nous voulons protéger les Grécquiens (erreur volontaire – NDT), non, non, je voulais dire les Turcs ». Bla, bla, bla. Le jour où il n’y aura plus d’imbéciles aux Etats-Unis, c’est que le pays n’existera plus.

(…)

Traduction VD pour le Grand Soir - corrigée le 22/10/2008

(*) NDT - "Jack" était un surnom donné à John F. Kennedy.

article original
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Sources Le Grand Soir

Posté par Adriana Evangelizt

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