Les SR iraniens ont informé le Mossad dès 1991 de la mort de Ron Arad

Publié le par JC



Les SR iraniens ont informé le Mossad dès 1991 de la mort de Ron Arad


L'article de Jeanine JALKH


La journée du mercredi 16 juillet ne pourra passer inaperçue, tant il est vrai que l’échange des prisonniers qui aura lieu aujourd’hui conclut un chapitre fondamental du contentieux entre Israël et le Hezbollah.
L’importance de la clôture de ce dossier réside en outre dans le « timing » – voulu ou non – de l’échange, à un moment où la région commence à peine à témoigner d’un apaisement relatif. Cela s’est d’ailleurs fortement traduit par l’annonce faite, de Paris où il venait de rencontrer son homologue libanais, par le chef de l’État syrien de sa disposition à entretenir avec Israël « des relations normales ». Ces propos ont coïncidé avec l’affirmation du SG des Nations unies, Ban Ki-moon, qui avait laissé entendre que le processus de Chebaa était sur la « bonne voie ». Bref, autant de signes précurseurs d’une période d’accalmie que certains observateurs seraient tentés de lier à l’opération de l’échange, considérée comme une des étapes transitoires dont l’aboutissement, parallèlement à celui des négociations sur la restitution des fermes de Chebaa, pourrait conduire à une invalidation des arguments légitimant les armes du Hezbollah.
Quoi qu’il en soit, il reste certain que l’opération d’échange et les négociations qui l’ont précédée posent en elles-mêmes autant d’énigmes qui dépassent, dans leur envergure, les seuls territoires libanais et israélien.
Dès 9h du matin, heure à laquelle l’opération débutera, 5 prisonniers libanais, dont leur doyen, Samir Kantar, seront libérés contre la restitution des deux soldats israéliens dont l’enlèvement avait déclenché la tristement fameuse guerre de juillet 2006, et qui sont présumés morts. Jusqu’à hier soir, personne ne savait encore si les deux soldats israéliens ou l’un au moins de deux est encore en vie, comme rapporté par certains médias.
L’accord d’échange négocié prévoyait également qu’Israël restitue les corps de 200 combattants arabes tués alors qu’ils tentaient d’entrer en Israël.
En vertu de cet accord, l’État hébreu devait préalablement obtenir un rapport du Hezbollah sur les informations qu’il avait recueillies sur l’aviateur Ron Arad, rapport qualifié hier par le Premier ministre, Ehud Olmert, d’« absolument insatisfaisant ».
En contrepartie, ce dernier devait remettre les informations dont son gouvernement dispose sur les quatre diplomates iraniens disparus au Liban en 1982.
Le rapport remis par le Hezbollah concluait que Ron Arad, disparu au Liban après avoir été fait prisonnier par le mouvement Amal en 1986, était mort depuis une dizaine d’années, rapportait le quotidien israélien Haaretz.
En remettant son rapport, le parti chiite savait pertinemment que l’État israélien – le Mossad en tous les cas– était au courant non seulement du décès de l’aviateur en mai 1988, mais aussi des circonstances de sa mort.
C’est ce que révèle une source proche du dossier, qui affirme qu’en 1991, les services de renseignements iraniens avaient remis un rapport complet sur cette affaire au Mossad « qui pourtant a continué d’ignorer les faits dans des buts stratégiques ».
Le rapport iranien indique qu’après avoir été libéré par le Hezbollah des mains de Moustapha Dirani (lui-même kidnappé par Israël dans les années 90 dans le cadre de cette affaire notamment), Ron Arad a été transféré dans le village de Maydoun, dans la Békaa. En mai 1988, alors que l’aviateur tentait de fuir de son lieu de détention, il a été tué lors des accrochages qui avaient lieu dans cette région même entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Depuis, le prisonnier a été porté disparu.
« Quand bien même le Mossad savait déjà quel avait été le destin de Ron Arad, ainsi que les moindres détails de son décès, Israël avait proposé des sommes importantes en contrepartie d’informations obtenues sur le sort de l’aviateur », indique la source précitée.
« Attirés par l’offre alléchante de l’État hébreu, plusieurs Libanais ont accouru pour donner des renseignements tout aussi généreux sur le contexte qui avait entouré cette affaire. En ce faisant, le Mossad a ainsi réussi non seulement à recueillir des renseignements qui l’intéressaient, mais, également, à recruter plusieurs agents parmi ces chasseurs d’or », précise la source.

Les diplomates iraniens

Tout aussi énigmatique, l’affaire des quatre diplomates iraniens disparus que le Hezbollah avait tenu à inclure dans le processus de négociations sur l’échange. Alors que l’Iran continue d’affirmer qu’ils sont encore vivants et détenus en Israël, plusieurs témoignages concordant, dont celui d’une source sécuritaire informée, laissent entendre qu’ils ont été « liquidés au Liban ». Une information que confirment les premières indications données par l’État hébreu concluant à la mort des responsables iraniens après leur enlèvement par les Forces libanaises.
Reste donc à savoir pourquoi la République islamique persiste, via le Hezbollah, à faire figurer cette affaire dans le cadre de l’opération d’échange qui aura lieu aujourd’hui. L’Iran serait-il en train de jouer un jeu similaire à celui du Mossad, pour exploiter à son tour ce dossier ?
« Certainement », atteste un observateur estimant qu’« une telle affaire est toujours monnayable en politique ».
Pour le Hezbollah, qui ne s’est jamais encore prononcé sur le destin des quatre Iraniens, « leur réclamation est une requête ancienne dont le secrétaire général du parti s’est fait l’écho à plusieurs reprises ». C’est ce qu’affirme en tous les cas le membre du bureau politique et responsable du parti au Liban-Sud, cheikh Hassan Ezzeddine, qui refuse catégoriquement de lier le dossier des prisonniers à « toute autre considération politique », ou à une tentative quelconque du Hezbollah de tirer profit d’un acte dont la valeur est en premier et dernier lieu « humanitaire et nationale ».
« Le Hezbollah a entamé les négociations dans un but religieux et éthique, et non point dans l’espoir de l’exploiter politiquement. Le message que nous cherchons à véhiculer est que la Résistance n’abandonne pas ses prisonniers et tient toujours ses promesses. Cela émane de notre vision propre de l’homme et du respect que nous lui conférons », insiste le responsable.
Aucun lien non plus, dira-t-il, avec les récents développements dans la région, que ce soit l’amorce du dossier des fermes occupées de Chebaa ou les propos de Bachar el-Assad sur une éventuelle normalisation des relations avec Israël.
« Tout d’abord, indique cheikh Ezzeddine, les négociations dites “secrètes” entre la Syrie et l’État hébreu datent depuis plus d’un an, alors que les négociations sur les échanges des prisonniers entre le Hezbollah et Israël remontent à plusieurs années. »
Et le responsable chiite d’insister en annonçant déjà la couleur de la période à venir : « La Résistance poursuivra sa mission nonobstant ce qui se passe entre la Syrie et Israël. »
Quant à la relance du processus de récupération des fermes de Chebaa, ajoute cheikh Ezzeddine, le Hezbollah s’estime « non concerné » par ce qu’il considère être une « libération et une souveraineté tronquées puisque c’est l’ONU qui se substituera à la force occupante ».
Cheikh Ezzeddine est cependant convaincu que l’État hébreu n’abandonnera pas aussi facilement un territoire « d’une importance stratégique, économique et vitale pour lui en matière de ressources hydrauliques ». Il s’agit selon lui d’une « manœuvre » dont le seul objectif est de pousser le Liban aux négociations directes. C’est également l’avis d’un expert du dossier des fermes de Chebaa qui continue d’émettre des doutes sur l’intention de la Syrie de reconnaître la « libanité » de ce territoire.
À défaut d’une telle reconnaissance, cela signifierait donc que c’est « l’Undorf (les Forces de maintien de la paix au Golan) et non la Finul qui sera chargée de contrôler ces fermes ».

Sources
Lorient le Jour

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LIBAN

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