Iran-Etats-Unis, le début du dégel

Publié le par JC




Iran-Etats-Unis, le début du dégel


par Stéphane Bussard


Javier Solana rencontre l'Iranien Saïd Jalili samedi à Genève, en présence d'un haut responsable américain.

Ce n'est pas encore une percée, mais un dégel. Dès 11 heures samedi à Genève, le négociateur iranien dans le dossier nucléaire, Saïd Jalili, et le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Javier Solana se rencontreront en présence du vice-secrétaire d'Etat américain aux Affaires politiques William Burns. Avec l'appui du président américain George Bush. Même si Washington précise que William Burns ne fera qu'écouter et ne participera pas formellement aux discussions, c'est le contact politique le plus important que les Etats-Unis nouent avec l'Iran depuis la Révolution khomeyniste de 1979, dont l'avènement a rimé avec la rupture de toutes relations diplomatiques entre Téhéran et Washington.

En 2007, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice et le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki avaient siégé dans la même pièce lors d'une conférence consacrée à l'Irak. Mais ils ne s'étaient pas formellement rencontrés. L'objectif des pourparlers que les deux parties ont souhaité mener à Genève: sortir de l'impasse dans laquelle se trouve actuellement la question de l'enrichissement d'uranium dont on craint que Téhéran ne fasse usage pour se doter de l'arme nucléaire.

Si les Américains viennent en tout petit comité, Javier Solana ne se présente pas seul à Genève. Il sera accompagné par des diplomates des six puissances négociatrices (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine et Russieplus l'Allemagne). Preuve que quelque chose bouge: il n'y a jamais eu autant d'activités diplomatiques entre les Six et Téhéran dans un si court laps de temps. Le 14 juin dernier, Javier Solana présentait sa nouvelle offre aux Iraniens signée par les ministres des Affaires étrangères des six puissances négociatrices (voir ci-dessous). Téhéran répondait déjà en partie le 4 juillet.

Deux semaines plus tard, les parties se revoient à Genève. L'offre des Six innove. Appelée «Freeze for Freeze», elle ouvre une période de six semaines pour que reprennent les pourparlers. Durant ce temps, l'Iran n'est pas contraint d'interrompre ses activités d'enrichissement, mais ne doit pas mettre en action de nouvelles centrifugeuses. En contrepartie, les six puissances s'engagent à ne pas prendre de nouvelles sanctions. Après cette période de six semaines, une deuxième période de six mois pourrait s'ouvrir au cours de laquelle Téhéran accepte de suspendre son programme d'enrichissement d'uranium, sans que cet arrêt ne soit définitif.

La proposition de Solana, signée de la main de Condoleezza Rice, rompt avec la logique de l'Axe du Mal sur lequel l'administration Bush a placé l'Iran à partir de janvier 2002. Elle rompt avec près de sept ans d'échec et l'exigence maintes fois répétée aux Iraniens qu'ils doivent suspendre l'enrichissement d'uranium avant d'espérer toute négociation. Trois résolutions onusiennes accompagnées de sanctions n'ont permis aucune embellie. La rencontre de Genève ne donnera toutefois lieu à aucune négociation. Ce sera un rendez-vous pour créer les conditions préalables à d'éventuelles discussions.

Le dégel entre Washington et Téhéran a ses raisons. La stratégie infructueuse d'isolement de l'Iran menée par les Américains ces dernières années a permis à l'Iran de renforcer son rôle de puissance régionale dotée d'une capacité de nuisance aussi bien en Irak, en Afghanistan qu'au Liban ou à Gaza. C'est dans ce contexte que Condoleezza Rice pousse son président à créer une Section des intérêts américains à Téhéran à l'image de ce qui existe à Cuba. James Rubin, qui occupait le même poste que William Burns sous Bill Clinton, appelle de ses vœux la création d'un tel bureau: «Un tel poste ne doit pas être vu ou utilisé comme une opération de renseignement, mais plutôt comme une chance d'observer de près la politique complexe de ce pays.» Même si James Rubin pense qu'il faudra attendre une nouvelle administration pour que les relations entre Washington et Téhéran changent fondamentalement, il estime que ce poste diplomatique «est un pas limité en avant, mais significatif». Le président ultraconservateur iranien Mahmoud Ahmadinejad s'est même déclaré favorable à l'idée de la secrétaire d'Etat.

Quant aux Iraniens, ils ne viennent pas à Genève pour perdre la face. Le guide suprême de la Révolution, Ali Khamenei, a mis en garde. «L'Iran n'acceptera aucune menace» lors des discussions de Genève. Le régime de Téhéran ne tolérera aucune proposition qui dépassera les «lignes rouges» fixées par la République islamique.

Que faut-il attendre de la réunion de Genève? Un diplomate reste prudent: «Si les parties décident de se rencontrer à nouveau ultérieurement, ce sera une réussite. Si elles fixent déjà les modalités de futures négociations, ce sera un vrai succès».

Sources
Le Temps

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans IRAN ISRAEL

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