États-Unis contre l'Iran: Hold-up sur le marché des combustibles nucléaires 1/2

Publié le par JC

A lire avec attention... TRES TRES TRES INTERESSANT... on vit vraiment dans un monde ripoux !




États-Unis contre l'Iran:

Hold-up sur le marché des combustibles nucléaires. 1/2

 

Par Rudo de Ruijter,

Chercheur indépendant
Pays-Bas

 

Dans les coulisses du jeu diplomatique sur l'Iran, quelques pays veulent former un nouvel ordre mondial. Ils prennent possession du marché mondial des combustibles nucléaires. De nouvelles règles de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) doivent empêcher le venue de nouveaux concurrents. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, la Russie, la Chine et le Japon deviendront les stations d'approvisionnement nucléaire du monde. Sous l'égide de l'AIEA ces fournisseurs dicteront les règles, fixeront les prix et détermineront dans quelle monnaie ils voudront être payés. L'Iran est le prétexte et le test pour leurs plans. Les problèmes de l'économie mondiale de demain sont créés aujourd'hui.

1.  L’Iran et le Traité de Non-Prolifération

 

Le président des États-Unis, George Bush, veut nous faire croire que l'Iran a des plans pour fabriquer des armes nucléaires. Pour prouver la mauvaise foi de l’Iran, le pays a été accusé de ne pas avoir déclaré une importation d’uranium datant de 1991. Et bien, souvenons-nous qu'en 2002  Bush a accusé l'Irak d'avoir des Armes de Destruction Massive. Ceci s'est avéré être une tromperie. Donc, avant de croire les accusations contre l’Iran de Monsieur Bush junior et ses échos dans la presse, regardons les faits de plus près.

 

L'Iran est un Etat membre du Traité de non-Prolifération, et ce depuis le tout début en 1968. [1] Le TNP est un traité qui vise non seulement à empêcher la prolifération d'armes nucléaires, mais aussi à ce que les membres s’entraident pour développer l’énergie nucléaire civile. [2] Dans le traité, les Etats à armes nucléaires (États-Unis, Russie, Chine, France, et Grande Bretagne) ont promis le démantèlement de ces armes. (Jusqu’ici ils n’ont pas tenu leur promesse.) Les autres membres ont dû signer des accords avec l'Agence Internationale à l'Energie Atomique (AIEA), le chien de garde du TNP, pour l'établissement de contrôles. L'accord entre l'Iran et l'AIEA a pris effet le 15 mai 1974. [3]

 

2.  L’histoire nucléaire de l’Iran

 

A cette époque le chah Réza régnait sur l’Iran. Grâce à l’opération Ajax (de l’Angleterre et des États-Unis) en 1953 il était toujours sur le trône. En 1957 le chah voulait développer de l’énergie nucléaire en Iran. [4] Les États-Unis offraient toute l’aide et tout le matériel qu’il souhaitait: un réacteur de recherche, de l’uranium enrichi et du plutonium. Le réacteur de recherche était mis en route en novembre 1967, mais tomba en panne rapidement. C’est alors que les Français interviennent en promettant de réparer le réacteur de recherche. Le chah prête 1 milliard de dollars à la France pour la construction d’une centrale d’enrichissement à Tricastin, dans la vallée du Rhône, dans le Sud de la France. A partir de 1974 de plus en plus de pays offraient leurs services. De nombreux contrats ont suivi: cinq pour des réacteurs et des combustibles venant de France, deux réacteurs et des combustibles venant des États-Unis, des achats réguliers d’uranium venant d’Australie et deux réacteurs venant d’Allemagne de l’Ouest. Le Danemark livrait 10 kilos d’uranium hautement enrichi et 25 kilos d’uranium naturel. Du personnel technique arrivait de l’Argentine et des Indes, pendant que des étudiants iraniens allaient au Royaume-Uni et en Allemagne. Des conversations étaient menées avec le Pakistan et la Turquie pour une coopération régionale. Le budget iranien pour l’énergie nucléaire allait de 30 millions de dollars en 1975 jusqu’à 1 milliard l’année d’après et un nombre croissant de réacteurs étaient commandés aux États-Unis. Vers la fin de 1978, le chah  n’avait plus d’argent, tandisqu’aucun des réacteurs n’était achevé. Entre temps la résistance de la population contre l’oppression sanglante du chah arrivait à son point culminant.

 

3.  De chah Réza jusqu’à Khomeini

 

La résistance contre le chah avait grandi depuis 1953, quand le héros du peuple et Premier Ministre, Mossadeq, avait été déposé par un coup à la fois de la CIA, des Anglais et du chah. [5] Mossadeq s’était battu avec succès pour la nationalisation de l’Anglo Iranian Oil Company (BP). Cité en justice par l’Angleterre, Mossadeq avait obtenu gain de cause devant la Cour de Justice Internationale de la Haye. [6] Au cours du coup contre Mossadeq le chah s’était d’abord enfui, mais était revenu, après que l’armée avait réussi à abattre les protestations de la population. En 1960, pour faire plaisir à ses amis américains, il offrait l’immunité diplomatique à tous les citoyens des États-Unis travaillant en Iran. Un jeune opposant, Ruhollah Khomeini, osait critiquer le chah pour cette décision. La première fois il a eu une peine d’emprisonnement, mais quand, quelques années plus tard, il récidivait, il était expulsé d’Iran. L’oppression du chah s’intensifiait au fil des années, et les émeutes causèrent la mort de centaines d’opposants et de milliers blessés. En 1977 tous les mouvements d’opposition s’étaient unis et en janvier 1979 le chah fuyait le pays définitivement. Khomeini revenait en triomphe et le 1er avril 1979 la République Islamique d’Iran était proclamée par référendum. En novembre 1979, quand des étudiants apprenaient que le chah était allé aux États-Unis, ils prenaient d’assaut l’ambassade des États-Unis à Téhéran pour exiger son extradition afin de le traduire en justice. Un long drame d’otages en suivait. Une tentative des États-Unis pour libérer le personnel de leur ambassade échouait. Le président Saddam Hussein d’Irak, à cette époque ami des États-Unis, pénétrait en Iran et proclamait qu’il serait à Téhéran en trois jours. Cependant, la guerre entre l’Irak et l’Iran durerait 10 ans et coûterait des centaines de milliers de vies.

 

 Pendant la première année de cette guerre, le 7 juin 1981 Israël bombardait la centrale nucléaire presque achevée d’Osirak, en Irak.(7) Israël dispose d’armes nucléaires et n’est pas membre du TNP. De nombreux pays se sentent menacés par l’arsenal nucléaire Israélien.

 

En 1989 le Pacte de Varsovie se disloquait. A la même période Saddam Hussein commettait l’erreur d’envahir le Kuweit. L’attitude des États-Unis envers l’Irak tournait alors à 180 degrés. Depuis ce temps-là les États-Unis considèrent l’Iran et l’Irak comme des ennemis.

 

Ces pays détiennent respectivement 10,5 et 10 pourcent des réserves de pétrole mondiales et comme les États-Unis sont les plus gros consommateurs de pétrole (25 pourcent de la consommation mondiale), il était prévisible que les États-Unis ne se contenteraient pas d’ignorer ces pays. Les États-Unis disposent de moins de 2 pourcent des réserves de pétrole mondiales ,leur dépendance de pétrole importé augmente rapidement, et selon Bush elle était déjà de 60 pourcent en 2006. [8]

 

4.  Les accusations contre l’Iran: 130 grammes d’uranium

 

Le 16 juin 2003 l’Agence Internationale de l’Energie Atomique annonçait, que l’Iran n’avait pas déclaré une importation d’uranium de 1991, ni le stockage et le traitement de cet uranium, ce qui est exact. Mais, un document confidentiel de l’AIEA du 6 juin 2003 nous apprend, que cette importation ne contenait que 130 grammes d’uranium. [9] D’après l’article 37 de l’accord officiel entre l’AIEA et l’Iran, en force depuis le 15 mai 1974, les matériaux nucléaires contenant moins d’un kilo d’uranium, sont dispensés des règles de l’AIEA. [10] Les « accusations » de l’AIEA devaient faire croire au monde, que l’Iran avait transgressé les règles.

 

Des jeux similaires ont eu lieu à propos du Protocole Additionnel. A l’époque de l’embargo contre l’Irak, quand, soi-disant, des preuves devaient être trouvées comme quoi l’Irak disposait d’Armes de Destruction Massive et que Saddam Hussein ne voulait pas donner davantage de droits aux inspecteurs des Nations Unies, l’AEIA avait développé des règles supplémentaires pour faciliter ses inspections. Les nouvelles règles permettaient aussi de discriminer encore plus entre les différents membres du TNP: des règles excessives pour l’un et des règles amicales pour l’autre. En juin 2003, seulement 33 des 188 membres avaient signé le Protocole Additionnel. Néanmoins les États-Unis et une délégation de l’Union Européenne (formée par la France, l’Allemagne et le Royaume Uni) voulaient forcer l’Iran à signer le Protocole Additionnel. En échange les trois pays européens (E3) promettaient de préparer des propositions commerciales intéressantes. L’Iran voulait bien écouter ce qu’ils avaient à proposer. Ceci n’est pas si étonnant: 30 pourcent du pétrole iranien va vers l’Europe et 40 pourcent de ses importations viennent de l’Europe. Depuis le printemps 2003 l’Iran vendait même son pétrole en euros au lieu de le vendre en dollars, ce qui est bien pour l’Europe et moins bien pour les États-Unis, puisque ceci affaiblit le dollar.

 

En fait, ces pays de l’E3 sont précisément les pays européens, qui participent au hold-up sur le marché des combustibles nucléaires, qui se concrétise, à peine remarqué, derrière le rideau de fumée des accusations contre l’Iran. Nous y revenons dans un instant.

 

Pendant les pourparlers sur les offres commerciales, l’Iran avait, de son plein gré, convenu d’arrêter provisoirement ses programmes de recherche pour l’enrichissement d’uranium et, devançant la signature éventuelle du Protocole Additionnel, le pays acceptait des inspections étendues de ses installations nucléaires. Cependant, après des demandes iraniennes répétées, il s’est avéré que l’E3 n’avait nullement l’intention de tenir ses promesses concernant les offres commerciales. En réalité l’E3  voulait  faire durer les pourparlers le plus longtemps possible et,   de ce fait empêcher que l’Iran enrichisse de l’uranium. L’Iran a alors repris son programme de recherche et a rétabli les règles contractuelles pour les inspections de l’AEIA.  Il en est résulté    une tentative des États-Unis et de l’E3 pour faire condamner l’Iran devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

 

5.  L’agenda des États-Unis : le pétrole, le dollar et la dette extérieure…

 

Donc, si les soi-disantes preuves contre l’Iran paraissent inventées, qu’elle est alors l’issue réelle? Je pense que l’idée globale est claire pour tout le monde. Avec sa consommation d’énergie excessive les États-Unis pensent qu’il est nécessaire d’avoir des gouvernements pro-États-Unis en Irak, en Iran et, pour les projets de pipelines de l’UNOCAL, également en Afghanistan. [11] Pendant la guerre froide Saddam Hussein en Irak et le chah en Iran étaient des alliés utiles, mais plus maintenant. Grâce à Bush, nous avons des guerres en Afghanistan et en Irak. L’Iran se trouve entre les deux. Etant donné la réputation des États-Unis en Iran, un gouvernement pro-américain ne s’établira pas spontanément très prochainement.

 

La deuxième cause qui explique l’attitude agressive de Bush à l’égard de l’Iran, c’est la part  prise par celui-ci dans l’affaiblissement du dollar. L’hégémonie mondiale des États-Unis se base en grande mesure sur la demande mondiale de dollars.

 

Voici comment cela fonctionne: depuis 1971 quasiment tout le pétrole et le gaz dans le monde sont vendus en dollars. Ceux-ci resteront en service en permanence en dehors des États-Unis. Pour les U.S.A., livrer des dollars à l’étranger, cela veut dire qu’ils peuvent imprimer des dollars et acheter des marchandises, services et investissements à l’étranger. [23] Comme les étrangers ont besoin de ces dollars pour acheter du gaz et du pétrole et qu’ensuite ces dollars disparaissent dans tous les coins du monde, les États-Unis n’ont pas besoin de livrer quelque chose en retour. Livrer des dollars, qui restent en permanence à l’étranger, équivaut à des achats gratuits pour les États-Unis. Aujourd’hui cela représente la moitié de toutes les importations des États-Unis. Bien entendu, cela fait monter la dette extérieure, mais tant que la demande étrangère de dollars continue à augmenter,  ils se moquent de cette dette. Ainsi celle-ci est montée jusqu’à 3.200.000.000.000 dollars en 2006. Et si, un jour, le monde en a assez de cet abus et ne veut plus des dollars, l’offre massive de dollars inonderait les marchés d’échange et ferait immédiatement chuter le cours. Dans le cas extrême le dollar ne vaudrait plus que sa valeur en vieux papier et la dette extérieure (c’est à dire la valeur des dollars hors des États-Unis) se serait dissoute. Il est donc très intéressant de livrer de la monnaie qui séjournera en permanence à l’étranger.

 

L’avantage des achats gratuits fonctionne tant que l’étranger a besoin de dollars additionnels. C’est le cas lorsque, par exemple, le prix du pétrole augmente sur les deux marchés mondiaux principaux : l’ International Petroleum Exchange (IPE) à Londres et le New York Mercantile Exchange (NYMEX). [22] D’ailleurs, les deux  sont contrôlés par les États-Unis. Comme 85 pourcent du commerce mondial de pétrole a lieu en dehors des États-Unis, pour chaque dollar supplémentaire dont les États-Unis ont besoin, sept fois autant sont nécessaires en dehors des États-Unis. Ceux-ci sont, bien sûr, imprimés aux États-Unis [23] et mis à la disposition des étrangers par des achats gratuits.

 

Pour accroître la demande étrangère, la Réserve Fédérale des États-Unis vend des Bons du Trésor aux étrangers, ce qui diminue la quantité de dollars à l’étranger. Cela diminue donc l’offre de dollars sur les marchés d’échange et fait monter le cours. Pour éviter que le cours ne cesse de grimper, de nouveaux dollars devront être « livrés » à l’étranger, résultant de nouveau en des achats gratuits. Quand les États-Unis veulent faire baisser le cours du dollar, ils n’ont qu’à importer davantage. En fait, tant que la demande de dollars dans le monde continue de croître, les États-Unis peuvent déterminer le cours du dollar eux-mêmes et profiter d’achats gratuits. En 2004 cela représentait un avantage de 2,167 dollars par habitant des États-Unis.

 

On peut le représenter également d’une autre façon: pour  deux containeurs importés, les États-Unis n’en exportent qu’un seul. Pour le deuxième containeur rien n’est livré en échange. Sa valeur est juste rajoutée à la dette extérieure, qui ne sera jamais acquittée. En fait, les Etats-Unis chaque deuxième containeur est considérée gratuit. On peut appeler cela de l’escroquerie, du vol ou une taxe impériale.

 

Mais avec les dettes gigantesques le dollar est devenu vulnérable. C’est devenu évident  lorsque Saddam Hussein changeait du dollar à l’euro le 6 novembre 2000. [13, 14] En premier lieu les marchés d’échange étaient submergés par les dollars qui n’étaient plus nécessaires pour le commerce du pétrole avec l’Irak. Simultanément 10 milliards de dollars du Fonds de Réserve Irakien étaient mis sur le marché pour être échangées en euros. A ce moment-là le voisin de l’Irak, l’Iran, avait déjà annoncé son intention de commuter également ses ventes de pétrole de dollars en euros et les initiés craignaient, que d’autres pays de l’OPEP suivent. [15] Une baisse de confiance dans le dollar et une longue descente du cours suivait [16]. Malgré les interventions de la banque centrale de Chine [17], le dollar finit par se trouver en très mauvaise posture. Le 5 juillet 2002 le dollar avait perdu 16 pourcent de son cours de novembre 2000 [20] et Horst Koehler, le chef du Fonds International Monétaire, lançait un avertissement,  le dollar risquait de s’écrouler. [18] Deux semaines plus tard, les plans d’attaque contre l’Iraq étaient discutés à Downing Street (Londres.) [19] Fin décembre 2002 la baisse du dollar était déjà de 25 pourcent, ce qui explique probablement pourquoi les États-Unis ont agi en grande hâte et passaient même outre les règles des Nations Unies en attaquant l’Irak le 18 mars 2003, sans attendre un feu vert du Conseil de Sécurité. Le commerce de pétrole irakien a été de nouveau en dollars à partir du 6 juin 2003. [21]

 

La descente du cours n’a été stoppé que temporairement. Au printemps  2003, l’Iran a commencé à vendre son pétrole en euros, dans les deux années suivantes, le cours du dollar perdrait encore 12 pourcent supplémentaires. En 2006 la demande de dollars était si faible, qu’une nouvelle bourse de pétrole iranienne, annoncée pour le 20 mars 2006, pouvait, en cas de succès, former une menace sérieuse pour le dollar malade et donc pour l’hégémonie des États-Unis. [12] Cette menace avait plusieurs facettes.

 

En 2004 les étrangers ne voulaient plus  faire tourner le manège féerique du crédit des États-Unis. Les États-Unis ont d’abord essayé de les séduire avec des intérêts plus élevés, mais la demande étrangère pour des bons de trésor restait basse. La seule issue pour obtenir assez de nouveau crédit et pour financer les guerres de Bush, c’était de faire monter le cours du dollar par une montée des prix de pétrole sur l’IPE et le NYMEX. Ces prix ne s’établissent pas simplement en fonction de l’offre et de la demande, mais surtout par des spéculations sur des développements futurs. L’exagération des prix se fait toujours à l’aide de spéculations sur un approvisionnement insuffisant. En 2004 la spéculation à la hausse recevait de l’aide de l’hurricane Katherina. Les dommages aux installations pétrolifères dans le Golfe du Mexique occasionnaient une petite pénurie et les prix spéculatifs au marché mondial doublaient.

 

Une bourse de pétrole indépendante en Iran limiterait sérieusement les possibilités de faire monter les prix de pétrole de façon spéculative sur les marchés d’IPE et NYMEX . En conséquence pour les États-Unis  lorsque la demande étrangère de dollars et de bons du trésor serait de nouveau à la baisse, ils n’auraient plus ou quasiment plus de moyens de faire augmenter la demande mondiale de dollars.

 

Puis, la bourse iranienne ne vendrait pas le pétrole en dollars, mais en euros,  d’où diminution  de la demande de dollars.

 

En vendant le pétrole en euros, la bourse iranienne pourrait avoir une influence sur le cours d’échange entre le dollar et l’euro. Quand le prix du pétrole serait plus bas en euros, la demande d’euros augmenterait  et inversement. Pour l’Europe et pour les États-Unis cela comportait des risques.

 

Puisque l’ouverture de la bourse avait été annoncée pour le 20 mars 2006, avant cette date l’Iran a subi des pressions de plus en plus menaçantes. Officiellement il n’y a pas eu un seul mot sur le projet de bourse ou sur le commerce de pétrole en euros. Bush n’allait tout de même pas expliquer la faiblesse du dollar. Ensemble avec des chefs d’état de l’E3, il répétait ses accusations, que l’Iran avait sûrement l’intention de fabriquer des armes nucléaires. C’est une accusation avec une forte charge émotionnelle, qui ne manque pas de mobiliser les journalistes! Les sensations, ça vend bien. Et, biensûr les gens aiment se faire mener par le bout du nez. (Et je peux vous dire confidentiellement, même des trois chefs d’état de l’E3, il y en a eu un qui l’a cru. Chut.)

 

Finalement, le 20 mars 2006, la bourse iranienne ne s’est pas ouverte. En avril 2006 l’ouverture était annoncée pour la première semaine de mai 2006. [25] Pendant cette semaine le ministre de pétrole iranien a donné une licence à la bourse, mais les activités étaient différées.

 

Le président Putin de Russie a alors annoncé des plans pour une bourse de pétrole russe en roubles [26] et l’a réalisée à toute allure. [le 8 juin 2006]. Le marché russe d’exportation de pétrole et de gaz est beaucoup plus grand que celui de l’Iran. L’intérêt de la bourse iranienne en est devenu beaucoup plus relatif et on n’en a guère entendu parler depuis.

 

6.  Chercher des alliés

 

Pour lutter contre l’Iran les États-Unis ont besoin d’alliés, qui sont utiles pour partager les coûts et pour déblayer les décombres, comme en Afghanistan et en Irak. Le meilleur procédé pour obtenir des alliés consiste à faire condamner l’ennemi visé par une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cela implique cependant, que les États-Unis doivent convaincre les autres pays au droit de veto. Bien entendu, cela ne réussirait pas, si les États-Unis racontent leurs vrais motifs. Ils devaient trouver quelque chose de mieux pour les aligner. Eh bien, les pays à droit de veto sont les états vainqueurs de la Deuxième Guerre Mondiale Ils ont en commun, d’être tous des Etats à armes nucléaires et  de disposer d’installations d’enrichissement d’uranium. Alors, que diraient-ils d’un plan pour s’octroyer des droits exclusifs pour l’enrichissement d’uranium et pour sa livraison à tous les pays non-détenteurs d’armes nucléaires? [27]

 

7.  E3 : l’étrange délégation européenne

 

Dans la pièce de théâtre diplomatique nous voyons alors le Royaume Uni, la France et l’Allemagne, le soi-disant E3, se ranger du côté de Bush. L’E3 serait une délégation de l’Union Européenne. Cette composition étrange d’une délégation européenne commence à prendre du sens, lorsqu’on remarque, que ce sont précisément des pays, qui disposent d’installations d’enrichissement. Camouflés sous le drapeau européen, ces pays représentent leurs propres intérêts dans l’enrichissement et le traitement d’uranium.

 

A quel degré ces pays de l’E3 sont-ils européens ? En fait, c’est plutôt étrange, qu’en tant que représentants de l’Europe, ils cherchent à faire condamner leur partenaire commercial, l’Iran, par une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cela indique, qu’ils jouent au poker pour des gains élevés. Ils sont conscients qu’ils prennent le risque de déranger leurs rapports commerciaux avec l’Iran et, avec cela, l’approvisionnement de pétrole en euros. Leur jeu de poker peut finir en un conflit direct avec l’Iran ou en un embargo commercial, comme le souhaitent les États-Unis.

 

Si les États-Unis n’obtiennent pas leur embargo contre l’Iran, ils ne seraient probablement pas contre,  si les installations nucléaires Iraniennes étaient bombardées, de manière à ce que l’Iran  consomme son pétrole au lieu de l’exporter en euros.

 

Et le Royaume Uni, quel rôle joue-t-il dans cette délégation dite Européenne? Le Royaume Uni est toujours du côté des États-Unis. Il n’a pas adopté l’euro. Pour cela l’intérêt de sa bourse de pétrole IPE, jouant en symbiose avec le NYMEX, est beaucoup trop grand. Il n’a aucun intérêt  dans la vente de pétrole iranien en euros. A l’époque des soi-disantes préparations d’offres commerciales intéressantes pour l’Iran, Tony Blair et George W. Bush entretenaient des contacts intensifs. A part son propre intérêt dans l’enrichissement d’uranium, le Royaume Uni paraît surtout être le garçon de course de la Maison Blanche.

 

Le ton des conversations de l’E3 avec l’Iran n’est pas celui qu’on attendrait normalement entre des partenaires commerciaux désireux d’améliorer leurs rapports. Les comptes rendus des pourparlers sont de longues litanies d’obligations, que l’E3 estime devoir imposer à l’Iran. L’Iran est traité comme l’écolier méchant, qui devra obéir coûte que coûte. [28]

 

En janvier 2006 le président français Chirac menaçait en termes couverts d’une attaque nucléaire contre l’Iran. Menacer d’une attaque nucléaire est contraire au Traité de Non Prolifération.


A suivre..  

Sources Courtfool Info

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans IRAN ISRAEL

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