Cheney déchaîné contre Obama

Publié le par JC

Obama aurait mieux fait de faire juger Cheney comme un criminel de guerre qu'il est. Car là, il se met un boulet dans les pattes qui pourrait lui nuire, ne serait-ce qu'en faisant commettre quelques attentats comme ceux du 11 septembre par exemple... il n'y a rien de plus nuisible que ce diable.





Cheney déchaîné contre Obama


par Dan Balz

Washington Post



L'ancien vice-président est devenu le principal opposant à la nouvelle équipe en place. Au point d'irriter certains républicains qui préféreraient qu'on oublie les années Bush.


En tant que vice-président, Richard B. Cheney a passé l’essentiel des huit dernières années dans des endroits tenus secrets à distiller ses conseils privés au président George W. Bush. Aujourd’hui, il est le détracteur le plus bruyant – et le plus controversé – de la politique de Barack Obama dans le domaine de la sécurité nationale. Et, au grand dam de nombre de républicains, il continue à défendre avec vigueur les actions du gouvernement Bush. En coulisse, ses attaques incessantes contre le nouveau pouvoir font l’objet d’un débat acharné : Cheney ne fait-il pas ainsi plus de mal que de bien, tant aux causes qu’il défend qu’à son propre parti ?

Aux yeux de ses partisans, Cheney ouvre un débat d’une importance vitale pour la sécurité du pays. Si Obama est revenu sur sa décision de rendre publiques les photos des mauvais traitements infligés à des détenus, c’est, estiment-ils, la preuve que les interventions de Cheney ne sont pas restées sans effet. Mais le Parti républicain risque fort d’en payer le prix politique. Le fait que l’un des plus hauts représentants d’un gouvernement répudié lors des dernières élections insiste pour défendre son bilan longtemps après que les urnes ont rendu leur verdict pourrait coûter cher aux républicains.

Qu’est-ce qui pousse un homme qui s’est tenu dans l’ombre tant qu’il était à la vice-présidence et qui a renoncé à se porter candidat à la Maison-Blanche en 2008 à endosser un rôle aussi ostensible après l’élection ?

Selon Mary Matalin, porte-parole de Cheney durant les premières années de la présidence Bush, l’ancien vice-président est essentiellement mû par ses principes. Si Obama n’avait pas agi aussi précipitamment pour revenir sur certains des éléments de la politique de Bush qui lui tiennent le plus à cœur, pense-t-elle, Cheney se serait abstenu. “Si Barack Obama avait fait ce qu’il avait dit, s’il avait étudié les dossiers pour voir ce qui marchait, alors Cheney aurait continué à faire ce qu’il faisait, c’est-à-dire à travailler à ses mémoires et à mettre une dernière main à sa maison”, affirme-t-elle.“Ce n’est pas une question de politique partisane : ce qui est en jeu, c’est ce qui est bon pour le pays”, affirme pour sa part Liz Cheney, la fille de l’ancien vice-président, qui a un temps travaillé au département d’Etat. “Tous les Américains ne peuvent qu’être d’accord, qu’ils soient républicains, démocrates ou indépendants : avant de prendre des décisions critiques sur la sécurité nationale, il nous faut un débat de fond.”

Selon un stratège républicain qui, pour discuter d’un sujet aussi sensible, a demandé à s’exprimer sous couvert de l’anonymat, le rôle joué actuellement par l’ancien vice-président est un casse-tête pour les républicains. “Même s’il a raison, il n’est vraiment pas le messager idéal”, souligne-t-il. Et d’ajouter que son principal souci est que Cheney focalise l’attention du public sur le passé plutôt que sur l’avenir. “Lors des prochaines élections, nous tenons à ce que Bush ne soit plus qu’un lointain souvenir. Plus Cheney occupera le devant de la scène, plus cela sera difficile.”

Depuis qu’il a quitté la Maison-Blanche, au mois de janvier, Cheney a accusé Obama d’avoir compromis la sécurité du pays et dénoncé la décision de fermer le centre de détention de Guantanamo Bay. Il a également défendu les techniques brutales d’interrogatoire du gouvernement Bush et appelé à une diffusion publique des informations classifiées sur ces méthodes contestées. Il ne cache pas qu’il a pour but d’empêcher d’éventuelles actions en justice contre des membres de l’équipe Bush qui ont autorisé ou appliqué ce programme d’interrogatoires musclés.

Il a ainsi déclaré à Stephen F. Hayes, chroniqueur de l’hebdomadaire conservateur The Weekly Standard, qu’il se souvenait comment, lors du scandale de l’Irangate*, sous le gouvernement Reagan, les plus hauts représentants de l’Etat s’étaient défilés, laissant “les exécutants se faire lyncher”. Lui se dit décidé à défendre aujourd’hui ces derniers. “Je ne sais pas si quelqu’un d’autre a l’intention de le faire, mais moi, vous pouvez en être fichtrement sûr”, a-t-il lancé à Hayes.

Cheney comble un vide au sein du Parti républicain, à un moment où peu de ses dirigeants sont en mesure de susciter une telle attention. Bush a préféré garder le silence dans les premiers mois qui ont suivi son départ, tout comme d’autres membres haut placés de son gouvernement.

Pour les partisans républicains de Cheney, il est parfaitement légitime qu’un ancien vice-président critique le nouveau pouvoir. Ils rappellent que l’ancien vice-président démocrate Al Gore avait vivement attaqué Bush à propos de la guerre en Irak et que l’ancien président démocrate Jimmy Carter s’en est pris régulièrement à ses successeurs républicains. Mais on a rarement vu un ancien membre de gouvernement se mettre à critiquer aussi rapidement et de façon aussi agressive un nouveau président. Au cours du siècle passé, la plupart des vice-présidents se sont portés candidats à la présidence, et ceux qui ont essuyé une défaite ont discrètement rejoint le banc de touche, du moins pour un temps.

A en croire Matalin, Cheney rejette l’idée que ses critiques auront des implications pour le Parti républicain. Il “ne cherche pas à être le porte-parole de son parti. Pour lui, ce n’est pas une affaire de politique politicienne. C’est de politique nationale qu’il s’agit.”


* Dans les années 1980, des membres de l’administration Reagan ont vendu illégalement des armes à l’Iran et utilisé les bénéfices pour financer les contras du Nicaragua.



Sources Courrier International  

Publié dans CHENEY-RUMSFELD

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