Litvinenko, un espion romantique et exalté

Publié le par Adriana Evangelizt

Un portrait de l'homme tué par le polonium 210, entretenu par Berezovski et qui cherchait la Vérité... la vérité ne l'aurait-elle pas tué ? On peut se poser la question.

Litvinenko, un espion romantique et exalté

Par Lorraine MILLOT


Après avoir quitté avec fracas les services secrets, il était devenu l'homme de Berezovski, l'ennemi de Poutine.


«Dans ma biographie, il y a des épisodes dont je ne parlerai pas.» Alexandre Litvinenko reconnaissait qu'il n'était «pas un saint» dans la Bande criminelle de la Loubianka (le siège des services secrets russes), son livre-entretien, publié en 2002. Entré au KGB en 1988, à la sortie d'une école militaire, «Sacha» comme l'appelaient ses amis, a fait toute sa carrière dans les services soviétiques, puis russes, avant de devenir le protégé de l'oligarque Boris Berezovski, deux étapes décisives qui supposent un goût certain pour l'intrigue et la manipulation.
Mort à 43 ans d'un empoisonnement au polonium 210, le lieutenant-colonel Litvinenko se présentait volontiers comme un «pur» qui serait entré dans les services secrets pour servir sa patrie, et les aurait quittés en 1998, écoeuré par les magouilles et les crimes de ses chefs. Dans ce livre, il était fier de rappeler comment l'un de ses ancêtres combattit les Tchétchènes en 1822 dans les rangs de l'armée russe. Il racontait aussi abondamment comment, pendant ses années au KGB puis au FSB, il combattait héroïquement mafieux et preneurs d'otages. «Alexandre est sans doute entré dans les services par romantismesuppose Akram Mourtazaïev, le journaliste qui a écrit avec lui son livre autobiographique. Par nature, il était un soldat, un défenseur, et il s'ennuyait beaucoup dans son exil à Londres. Il avait du mal à parler anglais. Il était comme  d'Artagnan à qui l'on aurait demandé de mener une vie paisible et sans dangers...» 
En 1998, Litvinenko et quelques-uns de ses collègues rompent sur un coup d'éclat avec le FSB, en déclarant publiquement que leurs chefs voulaient les forcer à enlever un homme d'affaires tchétchène, Oumar Djabraïlov, et à tuer Boris Berezovski. Litvinenko passe sous la protection de ce personnage alors très influent à Moscou, tombé lui aussi en disgrâce sous Poutine et parti en exil. A Londres, Litvinenko était «l'homme de Berezovski», qui l'avait aidé à quitter la Russie et l'entretenait financièrement. Il avait aussi noué des liens avec d'autres opposants radicaux à Poutine, notamment le porte-parole des indépendantistes tchétchènes Akhmed Zakaïev.
La plupart des connaissances qui l'ont rencontré dernièrement décrivaient Litvinenko comme un moulin à paroles, revenant sans cesse sur de vieilles conspirations, mais sans toujours donner les preuves de ce qu'il avançait. «Il était très nerveux et presque électrisése souvient le journaliste Sergueï Dorenko, qui avait recueilli ses confidences en 1998 mais avoue qu'il cherchait à l'éviter ces derniers temps. Il ne cessait de déballer des histoires à n'en plus finir et semblait toujours à la recherche éperdue de la vérité.»  «Litvinenko est une figure tragique, résume Roman Chleinov, journaliste au bihebdomadaire Novaïa Gazeta, qui connaissait l'ex-agent russe, mais prenait ses diatribes avec circonspection. Ses chefs du FSB ont tout fait pour le pousser dans les bras de Berezovski , qui, lui, a su comment le travailler. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé entre le marteau et l'enclume...» 
Sources Liberation
Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Affaire Litvinenko

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