Le livre de Jimmy Carter agace Israël

Publié le par Adriana Evangelizt

Excellent article sur Jimmy Carter, humaniste s'il en est et d'une telle lucidité que ceux qui le critiquent devraient avoir honte...

Jimmy Carter, il sort un livre sur la Palestine qui agace Israël


L’ex-Président casse un tabou

par Hamid Tahri



« L’Occident ne veut pas qu’on lui ressemble. Il veut seulement qu’on lui obéisse. » Amin Maalouf



En octobre 1975 pour la grande majorité des citoyens américains, son nom ne leur disait rien, ou presque. Quelques mois plus tard, il apparaît tout à coup comme le champion d’une nouvelle Amérique, aidé, il est vrai, par le naufrage qui a emporté Nixon dans le fameux scandale du Watergate.

Officier de marine, fermier, homme d’affaires, sénateur, gouverneur de Géorgie, président, il s’est proposé depuis son départ de la Maison-Blanche en tant que médiateur de conflits internationaux. Il met son prestige au service des causes caritatives et humanitaires. Courageux, une fois élu, il déclare dans son premier discours que le temps de la ségrégation raciale est révolu. Il est le premier homme politique avec autant de responsabilités au sein d’un Etat du Sud des Etats-Unis qui ose tenir de tels propos en public. Moins de quinze ans auparavant, ce genre d’opinion aurait pu mettre un terme à la carrière d’un homme politique de cette région. Après sa vaine tentative pour être réélu, Carter resta profondément impliqué dans les affaires du monde, devenant selon le magazine Time en 1989 le meilleur ex-président des Etats-Unis. En 1982, il est à l’origine de la Fondation Carter, ayant pour but la résolution des conflits et l’aide humanitaire à travers le monde, on le vit mener des missions d’observation des élections de par le monde. En 1994, il désamorça une crise nucléaire entre son pays et la Corée du Nord. La même année, il évita une invasion armée des troupes américaines en Haïti et négocia un cessez-le-feu en Bosnie.

Il sillonne le monde

En Afrique, il mène d’ambitieux programmes de développement. En 2002, il fit une visite historique à Cuba durant laquelle il s’exprima ouvertement sur la télévision d’Etat à propos des carences du gouvernement cubain dans le domaine des droits de l’homme, mais se prononça également en faveur d’une levée du blocus économique de l’île. Toutes ces actions menées depuis 20 ans furent récompensées par le prix Nobel de la paix attribué en 2002 à l’artisan des accords de Camp David qui scellent la paix entre Israël et l’Egypte.

Avec son dernier livre intitulé Palestine : la paix pas l’apartheid, sorti il y a quelques jours, Carter a suscité de vives réactions et donné lieu à de rudes polémiques. L’ancien président se montre particulièrement virulent vis-à-vis d’Israël, précisant que le terme apartheid se justifie par les barrières grillagées les détecteurs électriques et les blocs de béton installés par Israël le long de la frontière avec la Cisjordanie. Carter a expliqué qu’il souhaitait susciter un débat sur la politique d’Israël inexistant ou étouffé dans les médias américains « qui presque tous restent silencieux sur ce problème ». Pour l’ancien locataire de la Maison-Blanche, « le silence est quasi universel dès lors qu’il s’agit d’une possible critique des politiques que mène actuellement le gouvernement Israélien », s’est-il exclamé. Les accusations de l’ancien président démocrate ont bien entendu suscité la colère des organisations juives et des groupements pro-israéliens qui ont lancé des pétitions dénonçant l’usage du mot « apartheid » pour décrire le traitement réservé aux Palestiniens par Israël. Kenneth Stein, conseiller de longue date de l’ex-président, est même allé jusqu’à démissionner. Mais Carter n’en démord pas, affirmant que « la situation est pire dans des cas que l’apartheid en Afrique du Sud », a-t-il fait valoir en allusion au régime de ségrégation raciale pratiqué dans ce pays africain jusqu’en 1990. Pour le patron du Carter Center, qui a dirigé plusieurs missions d’observations de scrutins dans le monde, notamment dans les territoires palestiniens, « une chape de plomb interdit tout débat sur Israël aux Etats-Unis. Il y a dans ce pays une formidable intimidation qui réduit nos concitoyens au silence », a-t-il souligné, notant que ce silence est observé non seulement par des individus ou des personnes candidates à des fonctions électives, mais aussi par les organes d’information.

Israël, c’est sacré !

Le livre de l’ex-leader démocrate contient notamment un puissant réquisitoire contre « la politique d’Israël qui continue à confisquer et à coloniser les terres palestiniennes avec l’accord tacite de l’Administration Bush ». Il reproche d’ailleurs à ce dernier son manque d’implication dans le processus de paix entre Israël et ses voisins et son refus de critiquer l’Etat hébreu. « La politique israélienne en Cisjordanie et à Ghaza, y est-il écrit, est une politique d’apartheid. Les Palestiniens sont un peuple assujetti et privé de droits. » Carter espère que son livre provoquera un débat aux Etats-Unis sur le refus d’Israël de se plier aux résolutions de l’ONU. L’arrogance des dirigeants de Tel Aviv y est aussi décrite « faisant à chaque fois capoter les projets de paix ». On peut aller chercher cette arrogance dans les propos de la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni aux antipodes des us diplomatiques, voire carrément racistes qui a récemment déclaré : « Nous autres Occidentaux, nous ne pourrons jamais nous entendre avec les Palestiniens à cause de la mentalité arabe, quant à l’Iran, il faut que le monde civilisé se mobilise contre. »

« Qui est civilisé et qui ne l’est pas ? », s’est interrogé de son côté l’écrivain martiniquais, Raphaël Confiant, dont le soutien à Dieudonné lui a valu d’être taxé d’antisémite. « Je ne suis pas Perse, ni Arabe, mais je sais très bien avec ce genre de déclaration dans quelle catégorie quelqu’un comme moi se retrouve classé. » Au moment où le débat sur la Shoah réoccupe la scène, l’écrivain s’est interrogé : « Mais comment un peuple qui a été martyrisé pendant près d’un millénaire par les Occidentaux jusqu’à ce que ces derniers, de guerre lasse si l’on peut dire, inventent la solution finale, comment donc un tel peuple peut-il aujourd’hui se réclamer de la civilisation et de l’Occident ? Comment est-ce possible après Dachau et Auschwitz ? N’a-t-il pas obligé les juifs à fuir l’Europe pour se créer un foyer national d’abord, puis un Etat dans lequel ils pourraient enfin vivre tranquilles, loin des inquisitions, des progroms, rafles, Vel’ d’hiv et autres chambres à gaz ? » Carter ne dit pas ça, mais c’est tout comme, car l’idéal pour lequel il ne cesse de se battre est d’instaurer « un leadership politique compétent et humain ». C’est lui qui désirait établir un gouvernement « qui soit aussi bon que son peuple ». Après son investiture à la Maison-Blanche, il déclare : « Les Etats-Unis méritaient d’avoir perdu la guerre au Vietnam. » Ses détracteurs font remarquer que la vérité se révélait souvent différente de ce que ce politicien idéaliste d’un Etat du Sud avait cru et qu’il était l’exemple type des politiciens qui se tournent vers la droite tout en gouvernant à gauche. Sa force fut qu’il s’en tient résolument à ses principes, créant ainsi un contrepoids à une real politique traditionnellement plus cynique. Ses détracteurs le qualifient de pacifiste romantique et naïf. Ses partisans lui rendent hommage pour avoir introduit une dimension morale en politique internationale.

Il se tourne vers la droite et gouverne à gauche

Jimmy Carter connut aussi de profonds revers en politique étrangère. La ratification de l’accord SALT II fut abandonnée lors de l’invasion de l’Afghanisan par l’Union soviétique en décembre 1979. Peu avant, 52 ressortissants américains avaient été retenus à Téhéran, dans les locaux de l’ambassade des Etats-Unis en Iran. Toutes les tentatives faites pour les libérer furent vaines. La médiation de l’Algérie à l’époque a été décisive. Ces événements, conjugués à une inflation en hausse et à un ralentissement de la croissance économique aux Etats-Unis, assombrirent la dernière année du mandat présidentiel de Jimmy Carter. Ils eurent pour conséquence sa défaite électorale et le non-renouvellement d’un mandat de 4 ans à la Maison-Blanche. Ironie du sort, le jour même où Jimmy Carter quitta ses fonctions de 39e président des Etats-Unis, les 52 ressortissants américains retenus en otages à Téhéran furent libérés. En bon démocrate qui se respecte, Carter n’a jamais été tendre à l’égard de ses frères ennemis républicains. Il ne rate aucune occasion pour critiquer l’Administration Bush, en exprimant ses inquiétudes quant aux véritables visées des va-t-en guerre. Il a affirmé à maintes reprises son opposition à l’invasion de l’Irak, en dénonçant l’accaparement des ressources nationales irakiennes. « Je ne crois pas que nous ayons actuellement en tête de remettre au peuple irakien la responsabilité de l’approvisionnement en pétrole et de les laisser décider qui gère le pétrole et j’espère que nous ferons marche arrière et les laisserons mener leurs propres affaires politiques. Ce que je crois, c’est qu’il y a des gens à Washington, actuellement certains de nos dirigeants les plus haut placés, qui n’ont aucunement l’intention de retirer les forces militaires d’Irak et ils se projettent 10, 20, 50 ans dans l’avenir avec cette forte présence militaire. » Bush appréciera, certainement…

Parcours

H-Jimmy Carter (James Earl Carter Jr), le 39e président des Etats-Unis est né le 1er octobre 1924 à Plains, dans l’Etat de Géorgie. Son père James Earl Carter Sr était fermier et possédait une vaste plantation d’arachides. Sa mère Lilian Gordy était infirmière. Les valeurs chrétiennes de la famille et de la communauté dans laquelle il a grandi ont fortement accru son intérêt pour l’activité politique. Il fit ses études à l’école publique de Plains. C’est en 1953, après la mort de son père, qu’il décida de quitter la navale et de prendre la relève de la ferme de son père en Géorgie. Il exploitait une vaste plantation d’arachides et vendait également du matériel agricole. L’entreprise fut profitable et grandit d’année en année. En 1962, il décida de s’engager dans la politique locale de l’Etat de Géorgie. Le 12 janvier 1971, Jimmy Carter fut le 76e gouverneur de la Géorgie. Les grandes visions de sa campagne électorale étaient surtout axées sur une société sans barrière raciale et sur une politique envionnementale approfondie. Le 12 décembre 1974, il présenta sa candidature démocratique à l’élection présidentielle. L’occasion était unique, car l’élection de 1976 fut une période turbulente due au président Nixon, avec le scandale de Watergate dont le souvenir était encore frais. Suite à ces événements, la plupart des Américains votèrent pour Jimmy Carter qui représentait un nouveau type de politicien. Carter est marié et père de 4 enfants.

Sources
El Watan

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans USA-ISRAËL

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