En chasse des autres Terres de la galaxie

Publié le par Adriana Evangelizt

En chasse des «autres Terres» de la galaxie

par Olivier Dessibourg





CIEL. La quête des exoplanètes franchit un palier décisif avec le lancement du satellite européen COROT, le 27 décembre. L'Europe dame une nouvelle fois le pion aux Etats-Unis



«Les mondes sont en nombre infini, les uns semblables à celui-ci, les autres dissemblables. [...] Il n'est rien qui fasse obstacle à l'infinité des mondes.» La vision d'Epicure, au IVe siècle av. J.-C. déjà, était elle correcte ? On commencera à le savoir dès le printemps prochain. Le 27 décembre sera lancé le satellite européen COROT, qui promet de révolutionner les recherches sur les fameuses exoplanètes, ces planètes orbitant autour d'une autre étoile que le Soleil. Voire de découvrir les premières «autres Terres» dans la galaxie.

En un peu plus de 10 ans, 209 exoplanètes ont été mises au jour, la plupart grâce à la méthode des vitesses radiales. Basée sur les dandinements imprimés par une planète à sa partenaire l'étoile, cette technique est très performante et permet d'estimer la masse de l'objet observé, mais pas sa densité ou sa structure. «Or sans ces données, il est difficile de construire des modèles de formation de planètes cohérents», explique Didier Quéloz, l'un des deux astronomes de l'Observatoire de Genève à l'origine de la découverte de la première exoplanète.

Une autre méthode permet d'y remédier: celle des transits. A la manière de Vénus devant le Soleil en 2004, lorsqu'une planète passe devant son étoile, elle cache une infime partie de sa luminosité aux yeux de l'observateur. Mais cette baisse d'éclat permet de déterminer le diamètre de la planète et, partant, sa densité si l'on connaît sa masse. «Il devient alors possible de distinguer les planètes gazeuses, comme Jupiter, des astres telluriques, comme la Terre. C'est cette stratégie qu'exploitera COROT depuis le ciel, soit avec beaucoup moins de contraintes que depuis la Terre», trépigne Didier Quéloz, dont l'équipe a notamment été choisie pour étudier les mesures.

Imaginé il y a 12 ans déjà par le Centre national français d'études spatiales (CNES) et concrétisé avec l'aide de l'Agence spatiale européenne (ESA), l'engin de 630 kg doit s'envoler mardi prochain à bord d'un lanceur russe Soyouz. Une fois sur son orbite, il pointera successivement sa pupille de 27 cm sur cinq différents champs du ciel larges comme cinq fois le diamètre apparent de la lune, et cela à chaque fois pour une durée de 150 jours. «Toutes les 512 secondes, il mesurera l'éclat d'environ 10 000 étoiles, dans l'espoir de déceler des transits», explique Thien Lam Trong, chef du projet au CNES. Au total, ce sont quelque 120 000 soleils qui passeront dans le viseur de COROT.

En plus de dizaines de planètes géantes gazeuses, les chercheurs espèrent ainsi mettre le doigt sur 10 à 40 planètes telluriques similaires à la Terre, quoiqu'un peu plus massives: «Lorsque la Terre passe devant le Soleil, l'éclat de notre étoile diminue de 0,01% pendant trois jours, explique Annie Beglin, responsable scientifique de la mission à l'Observatoire de Paris, dans le Journal du CNRS. COROT ne pourra pas repérer une si faible diminution de luminosité, mais une baisse de 0,05% sera décelable: cela nous permet de cerner des planètes ayant entre 2 et 10 masses terrestres.»

«Les découvertes de ces planètes constitueront autant de premières mondiales», se réjouit Didier Quéloz. Qui plus est, certaines de ces «exo-Terres» seront peut-être à la «distance habitable», c'est-à-dire à un éloignement de leur étoile propice à abriter de l'eau liquide. Pour des traces de vie par contre, il faudra attendre la prochaine génération de satellites – «Darwin» pour l'Europe et «TPF» pour la NASA – qui devraient entrer en scène vers 2020.

Les fonctions de COROT ne se limiteront pas à la chasse aux exoplanètes. Car le satellite effectuera aussi sur elles des mesures d'astéroséismologie: une caméra traquera les tremblements d'une cinquantaine d'étoiles, en observant les vibrations qui ont lieu à leur surface et s'y traduisent par une variation de luminosité. Des tressaillements qui livreront des informations cruciales sur l'âge, la taille et la composition du cœur de ces objets célestes.

Avec le lancement de COROT (acronyme pour «COnvection, ROtation et Transits planétaires»), l'astronomie européenne dame une nouvelle fois le pion aux Etats-Unis, après la découverte de la première exoplanète en 1995. «Nous avons eu l'idée avant, et donc notre mission a simplement pu démarrer plus tôt», modère Thien Lam Trong. C'est en effet seulement en octobre 2008 que le satellite américain Kepler devrait être lancé. «Plus puissant car construit avec davantage de moyens financiers, il devrait permettre la détection de la première planète de taille similaire à la Terre», relève Didier Quéloz. C'est pourquoi l'astronome genevois préfère aussi parler de «compétition-collaboration» car, au final, «c'est ce domaine de recherches dans son entier qui va être dynamisé.»

Pour l'heure, la mission COROT, estimée à 170 millions d'euros, est prévue pour durer deux ans et demi. «Il n'est pas exclu que sa durée de vie soit prolongée si les résultats sont bons», annonce Thien Lam Trong. Les premières données sont attendues pour l'été 2007.

L'Observatoire de l'Université de Genève propose de suivre la mission sur: http://obswww.unige.ch/corott

Sources Le Temps

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LES USA ET L'EUROPE

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