Assassinats sur ordre du Mossad

Publié le par Adriana Evangelizt

La premiere partie de cet article se trouve ICI... mais le début de l'analyse ICI...  Excellent article qui met en lumière l'infiltration du Mossad au Liban et pourquoi ce pays a finalement été attaqué. L'implication dans les attentats à la voiture piégée ne fait plus aucun doute mais il y a aussi des indications sur ce que nous savons depuis longtemps, à savoir que le Mossad serait derrière Al Qaïda... passionnant. A noter que l'auteur -ex enquêteur de la police criminelle de RDA a écrit à Kofi Annan pour l'informer des preuves possédées par le gouvernement libanais sur l'implication du Mossad dans divers attentats... on ne pourra pas dire qu'ils ne sont pas prévenus...

 

Les réseaux terroristes israéliens au Liban

2ème partie

1ère partie

Cet article est la seconde partie de

La longue route d’Israël vers la guerre de Juillet

(seconde partie)

1ère partie

par Jürgen Cain Külbel

Jürgen Cain Külbel
Ancien enquêteur de la police criminelle de RDA (1974-1988), Jürgen Cain Külbel est journaliste indépendant et écrivain.

Les articles de cet auteur

 

 

 

Assassinats sur ordre du Mossad

Au beau milieu de tout cela, une nouvelle tempête se déclencha - à nouveau grâce au travail d’enquête des services secrets de l’armée libanaise. La sécurité militaire enquêtait sur l’attentat à la voiture piégée, le 26 mai 2006, à Sidon qui avait causé la mort d’un haut cadre du Jihad Islamique, Mahmoud Al-Majzoub ainsi que de son frère. Mi-juin 2006, les services secrets libanais débusquèrent un réseau terroriste installé par les services secrets israéliens au Liban, réseau dont faisaient partie ceux qui avaient commis l’attentat de Sidon. Parmi les 7 membres du groupe interpellés se trouvait Mahmoud Rafé, un Libanais de 59 ans originaire du village druze de Hasbaya. Rafé est un gendarme libanais à la retraite, ancien membre des Forces de sécurité intérieure (FSI). Il a indiqué à la police avoir été recruté en 1994 par le Mossad et que son groupe avait été entraîné en Israël et équipé de technologies dernier cri par le Mossad, qui dirigeait toutes ses opérations. Parmi les autres personnes arrêtées se trouvait un autre officier des FSI à la retraite, Charbel Samara. Rafé avoua avoir organisé pour Israël, au cours des dernières années, plusieurs attentats au Liban contre des cadres de la milice du Hezbollah ainsi que contre des factions palestiniennes pro-syriennes. L’assassin avait également fait partie de l’Armée du Liban-Sud, une milice crée et armée par Israël lors de l’occupation du Sud-Liban, de 1982 à 2000 .

Elias Murr, ministre de la Défense libanais, indiqua, le jeudi 15 juin 2006, qu’un avion israélien avait déclenché à distance l’explosion de la voiture piégée à Sidon : « Les informations obtenues jusqu’ici permettent de déduire de manière très vraisemblable que la détonation de la voiture piégée a été déclenchée par un avion israélien qui suivait les mouvements de la voiture en question par le biais d’une caméra de surveillance, montée sur un camion pisteur. ». Le ministre Murr précisa également que « c’est la première fois en 30 ans d’interventions militaires israéliennes au Liban, qu’une opération est menée à l’aide de technologies aussi sophistiquées. Face à une telle suprématie dans la technologie terroriste et les explosifs, nul n’est à l’abri nulle part ». [6]

A la télévision, l’armée libanaise présenta les pièces à conviction de l’attentat de Sidon ; parmi celles-ci figure une caméra israélienne d’un type particulier, des permis de conduire et des papiers d’identité falsifiés ainsi qu’un système d’air conditionnée modifié pour permettre le transport d’explosifs et un haut-parleur piégé. L’armée déclara que l’équipe terroriste avait finalement opté pour l’utilisation d’une portière de voiture bourrée d’explosifs et passée en contrebande au Liban.

L’armée libanaise précise en outre, dans son communiqué : « L’enquête de la sécurité militaire montre que ce réseau terroriste sophistiqué était en contact depuis plusieurs années avec le Mossad israélien et que ses membres ont été formés par lui, en Israël comme à l’extérieur du pays. Le réseau (...) a été équipé, par les services israéliens, des matériel permettant la communication et la surveillance discrète ainsi que l’identification des cibles visées. Figurent également des documents falsifiés et des sacoches à double-fond. » Le Mossad fournissait également les munitions.

Outre le récent attentat de Sidon qui avait fait deux morts, le chef du réseau terroriste avoua l’assassinat des cadres du Hezbollahd Ali Hassan Dieb, le 6 août 1999 à Arba et Ali Saleh, le 2 août 2003, l’assassinat par une voiture piégée, de Jihad Ahmad Jibril, fils du commandant du Front Populaire pour la Libération de la Palestine, Ahmad Jibril, une tentative d’attentat déjouée par la police le 18 janvier 2005 près de Al-Zahrani et enfin une bombe près de Jissr Al-Nameeh le 22 août 1999, qui visait un cadre du mouvement palestinien.

Le ministre de l’Intérieur refusa, au cours de sa conférence de presse, de rattacher ce réseau terroriste à la série d’attentats qui avait secoué le Liban après l’attentat à la bombe contre l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Le ministre Murr avait lui-même été la cible d’un de ces attentats : à Antelias, à l’Ouest de Beyrouth, une voiture garée sur le bord de la route avait explosé au passage de sa voiture, le blessant grièvement. Mais, selon Murr « il n’y a pour l’instant aucune indication permettant de relier les suspects arrêtés (...) et les attentats à la bombe » étant donné que, selon lui, « les techniques de fabrication des bombes ne sont pas les mêmes ».

A noter toutefois que, selon certaines sources d’information au Liban, le chef du réseau terroriste, Rafé, aurait avoué avoir « joué un rôle de soutien logistique dans d’autres opérations » . Il aurait ainsi, depuis le printemps 2005, livré des sacoches noires contenant des bombes à divers endroit de Beyrouth Est, du Mont-Liban et du Liban-Sud. Le ministre libanais de l’Intérieur indique de son côté : « des commandos spéciaux israéliens livraient par voie maritime des sacoches remplies d’explosifs à Rafé, qui les réceptionnait au nord de Beyrouth. »

Rafé a également affirmé avoir, lors de certaines actions criminelles, travaillé avec Hussein Khattab, membre du FPLP. Le Palestinien, qui dirige son propre réseau et est accusé d’avoir commis des assassinats et des attentats pour le compte du Mossad, a entre-temps disparu de la circulation et se cacherait en Israël. Son épouse, qui avait été arrêtée et interrogée, a fourni des informations importantes qui, aux dires de certains enquêteurs, pourraient ouvrir de nouvelles pistes dans l’enquête. Aux dires de Rafé, Khattab aurait participé à l’attentat de Sidon du 26 mai et à la voiture piégée du 20 mai 2002 qui avait tué Jihad Ahmad Jibril, le fils d Ahmad Jibril, chef du FPLP Commandement général [7].

Hussein Khattab, qui aurait été recruté en 1982 par le Mossad alors qu’il se trouvait dans une prison israélienne, a été libéré en 1985 suite à un échange de prisonniers et travaillait depuis cette date pour les Israéliens. Après l’assassinat du fils Jibril il avait été emprisonné pendant six mois par le FPLP en Syrie (où cette organisation est basée) avant d’être remis aux services de sécurité libanais. Mais ceux-ci le laissèrent en liberté.

Pour Nicholas Blanford, dans un article du Times du 15 juin 2006 : « les récentes révélations de réseaux d’espionnage israéliens au Liban pourraient aboutir à des implications surprenantes, dans le cas Hariri comme dans celui des 14 attentats à la bombe, assassinats et tentatives d’assassinat qui l’ont suivi et qui sont inclus dans l’enquête de Serge Brammertz ».

« L’affaire prend une tournure particulière quand on sait que Hussein Khattab, membre palestinien du réseau d’espionnage (…) est également le frère de Cheikh Jamal Khattab, un imam radical qui est soupçonné d’avoir recruté des combattants arabes pour Al-Qaïda en Irak. » [8]. Certains auteurs se sont saisis de ce fait pour envisager une relation entre le Mossad et Al-Qaïda, si pour autant cette organisation existe vraiment.

Mais il y a une relation bien plus importante qui nécessiterait qu’on s’y intéresse de manière urgente - et notamment dans l’enquête sur la mort de Hariri. Le frère de Hussein Khattab, le Cheikh Jamal Khattab, est un étroit collaborateur de Cheikh Abou Obeida. Or Abou Obeida est la personne qui a apporté son aide à Abou Adas quand celui-ci était à Ain Al-Hilweh. Et Abou Adas est désigné par le premier rapport Mehlis comme étant le kamikaze responsable de l’attentat contre Hariri.

Mehlis lui même confirme la relation entre Abou Adas et Cheikh Abou Obeida : le service de sécurité Al-Ahbash a établi que Adas « allait souvent à Ain Al-Hilweh » pour rendre visite à Abou Obeida, celui-ci occupant les fonctions de « représentant du chef de Jund Al Sham » et « chef par intérim du groupe terroriste Asbat Als Ansar » [9]. L’enquêteur allemand a toutefois rejeté ces informations comme étant peu fiables. Mais c’est précisément parce que cette information est rejetée par Mehlis un enquêteur amateur, dont les rapports pour le conseil de sécurité de l’ONU oscillent entre la fiction et la vérité, qu’il faudrait la vérifier de manière approfondie.

Pour le président libanais Emile Lahoud ces révélations apportent la preuve que « Israel n’a cessé de tenter de saboter le Liban ». Il déclara que les enquêtes se poursuivraient et que les résultats seraient remis à l’envoyé de l’ONU, Serge Brammertz, qui dirige la commission d’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Hariri ainsi que sur 14 autres attentats terroristes.

Le premier ministre libanais Fouad Siniora félicita la sécurité militaire pour sa découverte des réseaux du Mossad et affirma : « Nous considérons ces agissements comme des actes d’agression contre notre pays ». Le gouvernement de Beyrouth décida alors de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU sur cette affaire, dès que l’enquête serait terminée. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Fawzi Salloukh exprima son espoir que le Conseil de sécurité se préoccuperait également « des violations continuelles de l’espace aérien libanais par des avions militaires et des avions de chasse israéliens qui ont été utilisés dans la planification des activités terroristes contre le Liban » [10]. Quant au ministre libanais de l’Information, Ghazi Aridi, il se mit à rêver que la communauté internationale, au vu « des preuves accablantes fournies par son pays, en viendrait à condamner l’agression constante et les intentions belliqueuses d’Israël. ».

Les autorités israéliennes, de leur côté, qui nient toute implication dans les attentats du 26 mai à Sidon contre le chef du Jihad islamique, refusa de réagir aux déclarations de Rafé. Seul le quotidien israélien Jediot Aharonot réclama une commission d’enquête sur la question [11].

Meir Dagan, le chef du Mossad, dans la tourmente

Mais le prochain coup de tonnerre fut encore plus impressionnant. Aux dires du service d’informations israélien Debka File c’est Meir Dagan lui-même, le vieux compagnon d’armes d’Ariel Sharon et actuel chef du Mossad, qui aurait recruté le criminel Rafé. L’agent emprisonnée avoua avoir été recruté en 1989 par Dagan pour mettre en place un « centre logistique et d’informations qui préparerait le terrain aux opérations israéliennes contre les cibles visées par l’État hébreu » [12]. En 1981 l’officier de Tsahal Meir Dagan avait occupé le poste de commandant du Sud-Liban sous occupation israélienne. Il y avait organisé des attentats à le voiture piégée destinés à éliminer des cadres palestiniens. Quand il fut nommé chef du Mossad en 2002 il s’empressa d’appliquer cette méthode d’assassinat ciblés au Liban [13].

Lors de leurs actions au Pays du Cèdre, les services israéliens prenaient grand soin de ne jamais informer leur collaborateurs libanais de la véritable « cible » de l’opération. Leur rôle était « simplement » de déposer des « éléments » à certains endroits secrets afin qu’ils soient récupérés, le moment venu, par leurs « collègues » israéliens. Ainsi, dans le cas Majzoub, deux agents du Mossad arrivèrent avec de faux passeports via l’aéroport de Beyrouth, trois jours avant l’attentat. A Sidon ces agents préparèrent la voiture piégée et quittèrent le pays peu de temps après « le succès de l’opération ». Les collaborateurs libanais obtenaient de « l’équipement » depuis Israël par voie terrestre entre Kfarkila et Chebaa ainsi que via des liaisons maritimes clandestines. Rafé, formé en Israël, était en contact direct avec le Mossad depuis sa maison à Hasbaya et utilisait des communications codées ; Israël lui avait fourni un ordinateur dernier cri, des appareils d’enregistrement ainsi que des faux passeports, documents et licences. Lors de la perquisition, les enquêteurs trouvèrent également un appareil électronique qui permettait de transmettre les coordonnées de « cibles » désignées aux avions israéliens.

Les libanais étaient excédés. Le 24 juin 2006, deux semaines avant le début de la guerre, le ministre libanais des affaires étrangères, Fawzi Salloukh, déclara que « son pays se réservait le droit d’en appeler au conseil de sécurité de l’ONU afin que celui-ci se penche sur l’espionnage du Mossad israélien, récemment mis à jour au Liban ». Salloukh déclara également vouloir communiquer les informations recueillies sur le réseau d’espionnage israélien et les personnes impliquées au Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Le ministre était en colère car l’ONU n’avait pas inclus cette affaire dans son rapport mensuel. « Cette affaire est très dangereuse, notamment à cause de la violation de l’espacé aérien libanais par les Israëliens. » [14].

Quand les Libanais eurent enfin le courage de déposer une plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU contre Israël pour « sabotage continuel et violation de l’intégrité territoriale », le représentant à l’ONU Gere Pederson, l’ambassadeur britannique James Watt et l’ambassadeur états-unien à Beyrouth, Jeffrey Feltman s’agitèrent comme des poules face à un renard et se mirent à tirer les ficelles pour sortir leur compère israélien d’affaire.

Feltmann eut une idée ; selon sa manière de voir les choses ce n’étaient pas « les services secret libanais, mais le Hezbollah » qui aurait « débusqué » le réseau d’espionnage, ce qui consisterait « une tentative (de la part du Hezbollah) de dépasser les attributions dont il dispose au sein de la coalition gouvernementale. ». Pour le Monsieur-Je-Sais-Tout des États-Unis, « un tel facteur risquerait d’avoir une influence négative sur les relations libano-états-uniennes et affecterait également l’aide militaire au pays ».

De son côté, David Satterfield, le conseiller pour l’Irak de la secrétaire d’État Condoleeza Rice, alla jusqu’à avertir Damas que « la stabilité de la Syrie ( !) risquait d’être menacée par l’extrémisme en Irak. ». Selon lui le Hezbollah ne se contentait pas d’agir sur le frontière sud-libanaise contre « l’ennemi héréditaire » israélien mais qu’il avait participé également « activement, aux côtés de l’Iran, à des actions violentes (en Irak) qui avaient causé la mort de soldats irakiens, états-uniens, britanniques et d’autres pays de la coalition. La participation iranienne à cette violence est multiforme mais son aspect le plus nocif est probablement la dissémination d’engins explosifs sophistiqués, et il faut mettre fin à cela. ». Satterfield refusa de donner des détails, se contentant de brandir sous le nez de « l’Internationale démocratique » la même affirmation déjà proférée par Dagan : c’est l’Iran et son « bâtard » le Hezbollah qui sont directement responsables de la terreur et des attentats à la bombe en Irak.

Mi-juin 2006, lors d’une conférence de presse avec le belliqueux Donald Rumsfeld, le général George Casey, commandant de l’armée US en Irak, enfonça le même clou : « Nous avons quelques indications que le Hezbollah est utilisé pour certaines actions d’entraînement des Iraniens ».

Le but de toute cette agitation et de ces élucubrations états-uniennes étaient de mettre un frein à l’apparition de questions de plus en plus nombreuses et qui demandaient si - plutôt que la Syrie - ce n’était pas Israël qui était impliqué dans l’attentat contre l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.

Assassinat de Hariri : ne pas ignorer la piste israélienne !

L’auteur du présent article envoya, le 26 juin, une lettre ouverte à Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies et à Serge Brammertz, responsable de la commission d’enquête internationale et indépendante des Nations Unies (UNIIIC), chargé de trouver les coupables de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais. La lettre leur fut remise directement, son texte fut également publié sur Internet tandis qu’une traduction arabe était publiée en première page du quotidien libanais Ad Diyar :

Très chers Messieurs,

Grâce au travail d’enquête efficace de l’armée libanaise, la commission d’enquête internationale et indépendante des Nations Unies (UNIIIC) se trouve depuis quelques jours dans une situation avantageuse qui susciterait la jalousie de tout enquêteur criminel de par le monde ayant à résoudre une affaire dont les auteurs sont inconnus. Monsieur Brammert a à sa disposition une bande de malfaiteurs sous les verrous, dont l’interrogatoire permettra peut-être d’obtenir de nouvelles pistes permettant d’éclaircir l’enquête sur le crime commis contre Rafic Hariri voire d’identifier ses véritables instigateurs.

Comme vous le savez, la sécurité militaire libanaise a récemment débusqué deux réseaux terroristes mis en place par le Mossad, service secret israélien et qui pratiquaient depuis des années de l’espionnage, du sabotage, des assassinats et des attentats à la voiture piégée au Liban, contre des palestiniens et des activistes du Hezbollah. Une de ses dernières victimes est Mahmoud Majzoub, chef du Jihad islamique, assassiné en mai dernier à Sidon par une voiture piégée. Il semblerait que ce soit un avion militaire israélien qui a détonné la bombe, via un laser. En outre la bande a avoué entre autres l’assassinat des cadres du Hezbollah Ali Saleh en 2003, Ali Hassan Dieb en 1999 et Jihad Jibril 2002.

Il s’est avéré que c’est Meir Dagan, l’actuel chef du Mossad, qui a personnellement recruté l’un des « chefs » du réseau terroriste, en l’occurrence le druze Mahmoud Rafé. Ce dernier a avoué avoir été recruté en 1989 par Dagan pour mettre en place un centre d’appui logistique et de collecte d’informations afin de préparer le terrain aux opérations israéliennes contre des cibles terroristes. Les Libanais étaient chargés de convoyer l’équipement nécessaire aux opérations et de le déposer aux endroits où leurs « collègues » israéliens pourraient les récupérer. Ainsi, dans le cas Majzoub, deux agents du Mossad dotés de faux passeports sont arrivés trois jours avant l’attentat à Beyrouth. Ils ont préparé la voiture piégée à Sidon avant de quitter le pays peu après le « succès » de l’opération. Les collaborateurs israéliens obtenaient tout leur équipement d’Israël, par le bais d’une connexion terrestre entre Kfarkila et Shebaa ainsi que par des voies maritimes clandestines. Rafé, formé en Israel, était directement en contact avec le Mossad depuis sa maison à Hasbaya et communiquait par le biais de systèmes codés ; Israël lui avait fourni un ordinateur dernier cri, des appareils d’enregistrement ainsi que des faux passeports, documents et licences, et autres équipements. Lors de la perquisition, les enquêteurs ont également trouvé un appareil électronique qui permet de transmettre les coordonnées de « cibles » désignées aux avions israéliens. En 1981, Dagan, officier de l’armée israélienne, était commandant du Sud-Liban occupé et responsable de la campagne de voitures piégées contre des chefs palestiniens. Quand, en 2002, il est devenu le chef du Mossand, il a réactivé, au Liban, cette méthode d’assassinat.

Indépendamment de la décision du Liban d’user ou non de son droit de déposer une plainte contre Israël auprès du Conseil de securité de l’ONU pour « sabotage continuel et violation de son territoire » , il est important que vous, Messieurs, agissiez sans tarder afin de ne pas perdre de temps et nuire à l’enquête. L’opinion mondiale préférerait connaître aujourd’hui plutôt que demain la vérité sur les responsables de l’attentat ignoble qui a coûté la vie à Rafic Hariri.

En conséquence, au nom également de nombreux amis de la vérité et de militants pour la paix à travers le monde, je vous prie d’étendre le champ de votre enquête sur l’assassinat de Hariri et de vous pencher sur l’hypothèse d’une implication d’Israël et du Mossad ainsi que de leurs collaborateurs locaux.

Etant donné que ce type d’actions criminelles du Mossad - comme l’a montré le cas Majzoub - ne peut être mené sans l’approbation du premier ministre israélien, je vous invite, très cher Monsieur Annan, à permettre à l’UNIIIC - s’il le faut par résolution du conseil de sécurité de l’ONU - d’interroger les responsables du gouvernement israélien, et en premier lieu le premier ministre Ehud Olmert et le chef du Mossad, Meir Dagan. En effet, comme le montrent les enquêtes de la sécurité militaire libanaise, Israël dispose d’une vaste expérience et d’un savoir faire pointu dans le domaine criminel et lâche de l’organisation d’attentats à la voiture piégée.

Par ailleurs l’UNIIIC et Serge Brammertz ainsi que ses enquêteurs zélés ont la chance unique de pouvoir pénétrer un appareil terroriste agissant à un niveau logistique et technique très élevé, ce qui leur permettra d’obtenir la réponse à de nombreuses questions encore ouvertes dans leur enquête - ou au moins de mieux comprendre et comparer certaines éléments. Et notamment de découvrir avec quelles méthodes high-tech l’attentat contre Hariri a été exécuté.

Comme on dit dans le métier, suivez cette piste tant qu’elle est encore tiède.

Bien sûr, parallèlement à ceci vous devriez vérifier si le témoin douteux Mohammad Zuheir al-Saddiq, interrogé par Detlev Mehlis, n’appartiendrait pas lui aussi à un tel réseau du Mossad. N’oubliez pas que que c’est à cause de ses déclarations très douteuses que les anciens policiers Ali Al Hajj, Jamil El Sayyed, Mustafa Hamdan et Raymond Azar sont emprisonnés depuis 2005 et maintenus en confinement solitaire... et ce alors que aucune preuve valide n’ait été produit contre les accusés. Une telle situation, et vous le savez d’expérience est indigne des démocraties européennes. Je vous prie donc de vérifier sans tarder si, outre les motivations de vengeance politique il existe des preuves véritables justifiant le maintien en garde à vue de ces hommes. Si c n’est pas le cas, alors, conformément aux principes d’un État de droit, ces quatre présumés innocents doivent être remis en liberté. S’il devait s’avérer que le droit libanais n’est pas adapté à ce genre de situation, alors je vous prie, M. Kofi Annnan de faire pression sur les responsables libanais, s’il le faut en les menaçant d’une plainte pour possible violation des droit de l’homme.

Je vous prie de bien vouloir étudier l’hypothèse d’une implication israélienne sans trop tarder. Cette piste pourrait s’avérer être la clé de la résolution de l’enquête sur l’abominable assassinat de Hariri. Je vous souhaite de réussir dans cette entreprise et que, par une approche objective, vous résolviez rapidement l’affaire et pourrez bientôt annoncer les résultats à l’opinion internationale.

Salutations respectueuses

Jürgen Cain Külbel, Berlin Auteur de l’ouvrage « Mordakte Hariri. Unterdrückte Spuren im Libanon » , Mars 2006 [15]

Quatre jours avant le début de la guerre, les agents du Mossad en Liban étaient plaçés en alerte

Entre-temps, les préparations de guerre israéliennes étaient entrées dans leur dernière phase. Le 7 juillet le Daily Star nous informait que, « l’armée israélienne se trouve depuis deux semaines en état d’alerte maximale » le long de la frontière libanaise « et a recommencé ses violations du territoire aérien libanais » [16].

Quatre jours plus tard, le mardi 11 juillet 2006, le bulletin d’informations de la chaîne de télévision Al Manar, annonce que le gouvernement libanais exige du Conseil de sécurité de l’ONU à New York une résolution - ou au moins une déclaration - condamnant au nom du droit international les activités terroristes menées par Israël sur le territoire libanais depuis le début de l’année. Le bulletin d’Al Manar précise que cette exigence « embarrasse les États-Unis et la France ». Le bulletin indique par ailleurs que des sources diplomatiques anonymes au Liban ont indiqué que « des pays occidentaux exercent des pressions sur Beyrouth afin qu’il n’exige pas du Conseil de sécurité la convocation d’une réunion à propos des réseaux du Mossad à l’étranger. » [17] ».

Le ministère des Affaires étrangères libanais a confirmé le jour même que « parmi ceux qui ont fait pression sur les représentants du gouvernement libanais » pour amener Beyrouth à abandonner ses exigences vis à vis du Conseil de sécurité, « se trouvait également l’ambassadeur états-unien Jeffrey Feltman ». Le ministère des Affaires étrangères libanais poursuit en « regrettant que les puissances occidentales pratiquent une politique du deux poids/deux mesures mais que Beyrouth continuera à exiger une réunion du Conseil de sécurité sur la question » [18].

Quelques heures plus tard, la milice du Hezbollah fit prisonnier les deux soldats, offrant ainsi un prétexte à la machine militaire israélienne de lancer sa guerre inhumaine et planifiée de longue date contre le Liban. Mais malgré les bombardements les services de sécurité libanais continuèrent leur travail.

Ainsi, le journal arabophone de Beyrouth Liwaa annonçait le 27 juillet 2006 que les autorités avaient arrêté 53 personnes depuis le début de la guerre, « pour avoir pactisé avec l’ennemi et lui avoir transmis des informations et fait des repérages sur des localités qui ont ensuite été attaqués par des avions de combat et des navires du guerre ennemis. ». Le quotidien de Beyrouth Ad Diyyar écrivait la veille que plus de 70 agents avaient été arrêtés jusqu’à présent, soupçonnés d’espionnage au profit de l’ennemi , 20 d’entre eux rien que dans les banlieues Sud de Beyrouth.

Le dimanche auparavant, le quotidien libanais réputé Al Safir avait publié un article relatant qu’un « des hauts cadres de ce réseau d’espionnage » avait avoué lors de son interrogatoire que, « quatre jours avant la capture des deux soldats, Israël avait placé tous ses agents en alerte maximale et avait fourni des consignes et des technologies aux agents dormants afin qu’ils surveillent les différents centres ainsi que les bureaux du parti Hezbollah, sur tout le territoire libanais mais avant tout dans la banlieue Sud de Beyrouth ».

Toujours selon ce quotidien une « personnalité haut placée dans les services secrets israéliens », aurait fourni des informations sur « un réseau étendu sur le territoire libanais, composé de nombreux agents israéliens à Beyrouth et dans le Sud-Liban, et actif depuis de nombreuses années ». La police libanaise aurait ainsi arrêté un « Israélien qui aurait avoué avoir marqué plusieurs bâtiments à Beyrouth avec de la poudre phosphorécente afin qu’ils soient précisément repérés et bombardés par l’aviation israélienne. Cet agent aurait également mené la police à des caches contenant des appareils sophistiqués et des équipements d’espionnage ». L’article poursuit, « les membres de ce réseau avaient accès à des technologies sophistiquées et des appareils de communication dernier cri qui permettaient d’identifier précisément des cibles dans la banlieue Sud de Beyrouth, de les marquer et de guider les bombardiers israéliens vers ces cibles. ». La chaîne de télévision Al Arabija avait déjà annoncé le 20 juillet 2006, que les espions avaient préparé les bombardements avant même le début des hostilités en communiquant à l’armée israélienne des « informations sur des cibles vacantes. Selon le journal Liwaa, les agents israéliens utilisent également des peintures phosphorescentes pour faciliter le travail des pilotes des avions bombardiers. »

Dans le milieu du renseignement, on estime que « les aveux des suspects arrêtés ces derniers jours pourraient permettre de débusquer un certain nombre de cellules d’espionnage israéliennes au Liban ». De source informée, on apprend que, « l’étendue des actions menées par le réseau d’espionnage découvert ces derniers jours dépasse de loin tous les autres réseaux découverts jusqu’à présent. » A ce jour l’armée israélienne a, bien évidemment, refusé tout commentaire à ce sujet. » [19]

En conclusion

Malgré la guerre inhumaine d’Israël contre le Liban et les enquêtes des autorités libanaises sur l’ampleur des activités criminelles du Mossad au Pays du Cèdre, les « leaders démocratiques » du monde occidental continuent à refuser ne serais-ce que d’envisager l’hypothèse que l’État d’Israël puisse être impliqué dans l’assassinat de Hariri et dans la campagne d’attentats qui a ensuite secoué le Liban.

Le président français Jaques Chirac, dont l’esprit se refuse apparemment même à considérer les résultats des enquêtes des services de police libanais, a continué à tonner, au beau milieu de la guerre, que la Syrie devait enfin accepter de participer à l’enquête sur les auteurs de l’attentat contre Hariri - il ne fait peu de doute qu’il parlait également au nom de ses compères en Angleterre, aux États-Unis, en Israël et ailleurs.

Et son ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy a mis en garde la Syrie, le 25 août 2006 au micro de la radio RTL, « de ne pas instrumentaliser le conflit israélo-libanais pour tenter de revenir dans la communauté internationale et se dispenser de participer à l’enquête (sur le meurtre de Hariri) » [20]..

Que faut il conclure de tout cela ? Qu’Israël continue à être considéré comme innocent malgré ses mains couvertes de sang. Et que ses complices se trouvent dans les palais présidentiels en Europe et de l’autre côté de l’Atlantique où ils font semblant de croire à la démocratie.

Notes

[6] « Israeli Plane Detonated Bomb That Killed Two Islamic Djihad Officials, Defense Minister Says », An Nahar, 16 juin 2006.

[7] « Beirut steps up search for head of terror group tied to Mossad », par Karine Raad, Daily Star, 20 juin 2006.

[8] « Lebanon exposes deadly Israeli spy ring », par Nicholas Blanford, Times, 15 juin 2006.

[9] « Jund al-Sham and Mossad ? », par Ahmed Abu Adas, 16 juin 2006.

[10] « Lebanese demand UN action on Mossad cell », par Rym Ghazal, Daily Star, 17 juin 2006.

[11] « Haftbefehl für Mossad-Terroristen », par Jürgen Cain Külbel, Junge Welt, 14 juin 2006.

[12] « An exploding car door detonated by an Israeli plane over Lebanon is suspected of killing the brothers Mahmoud and Nidal Mahjub in Sidon », 26 mai 2006.

[13] « Mossad’s new chief revives Israel’s death squads », par Ed Blanche, Daily Star, 24mai 2003.

[14] « Lebanon Condemns U.N. for Ignoring « Israeli Spy Network » », 25 juin 2006

[15] paru le 2 juillet 2006 en première page du quotidien libanais Ad Diyar.

[16] « Jewish state maintains ’high alert’ on Lebanese border », par Nada Bakri, Daily Star, 7 juillet 2006.

[17] « Western countries urge Beirut not to call for a UN Security Council meeting over the captured Israeli network », 11 juillet 2006.

[18] « USA und Frankreich schützen Mossad », par Jürgen Cain Külbel, Junge Welt, 14 juillet 2006.

[19] « Vorhut der Invasoren », par Jürgen Cain Külbel, Junge Welt, 28 juillet 2006.

[20] « France Warns Syria Against Using Lebanon to Shun Hariri Probe », An Nahar, 25 août 2006.

Sources Réseau Voltaire

Posté par Adriana Evangelizt

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