Les héros sacrifiés du World Trade Center

Publié le par Adriana Evangelizt

Critique d'un livre par André Leurquin  : "Les héros sacrifiés du Wordl Trade Center" par Jacqueline Maurette

Les héros sacrifiés du World Trade Center*

par André Leurquin

 

Joseph Zadroga, le père de James Zadroga est en colère, il accuse. Son fils est mort le 5 janvier 2006, pour avoir été patriote et avoir fait confiance au gouvernement de son pays. Il était pompier à New York et le 11 septembre 2001, il a contribué avec des centaines de collègues, à sauver la vie de plus de 20000 personnes. A partir du 12 septembre, il a travaillé sans relâche sur le site, se fiant aux communiqués officiels disant qu'il n'y avait aucun danger. En s'effondrant, les trois tours de Manhattan (eh oui, on ne parle jamais de la tour n°7 qui s'est effondrée sans avoir été percutée par un avion) ont engendré une pollution incroyable: amiante, benzène, cuivre, dioxyde de soufre, fréon, gazoil, monoxyde de carbone, PCB, et la liste n'est pas exhaustive. Le 18 septembre 2001, l'agence gouvernementale de l'environnement, l'EPA affirmait que l'air était sain. "Safe to breathe". Ces communiqués étaient basés sur des rapports scientifiques sciemment truqués. La quantité d'amiante présente dans l'air, notamment, a été calculée sur base d'une technique obsolète dont on savait très bien qu'elle donnait des résultats sous-évalués. Le 21 septembre 2001, les autorités administratives et environnementales ainsi que le maire de New York enjoignaient de reprendre le travail à Ground Zero, en affirmant qu'aucun danger pour la santé n'était à craindre. Les autorités américaines disent que 131000 masques ont été fournis, mais elles oublient de dire que c'était à la fin des travaux de décontamination. Les photos des sauveteurs nous les montrent avec des masques en papier tout à fait inutiles, il suffit de regarder les journaux de l'époque.

En 2002, 1876 soldats du feu ont des problèmes respiratoires graves. A l'hôpital Mount Sinaï les docteurs Stephen Levin et Robin Herbert ont lancé dès le printemps 2002 un vaste programme de suivi médical des forcats de la serpillière, salariés et volontaires de Ground Zero. Une première évaluation publiée en 2004 fait état d'un millier de malades parmi ces courageuses personnes qui ont travaillé trois mois huit heures par jour et sept jours sur sept à nettoyer les décombres des attentats. L'administration Bush ne veut rien savoir, et refuse obstinément le moindre geste vis-à-vis de ces victimes. Comme chacun sait, tous les Américains ne sont pas couverts par une assurance maladie, et nombre de ces victimes collatérales doivent se débrouiller comme elles peuvent pour faire face à leurs soins médicaux.

Cate Jenkins est docteur en chimie, et elle travaille depuis 22 ans pour l'EPA. Réputée incorruptible, elle avertit officiellement ses supérieurs le 3 décembre 2001 que l'air n'est pas "safe to breathe."

Christine Todd Whitman administratrice de l'EPA continue sous la pression de la Maison Blanche à affirmer qu'il n'y a aucun danger à continuer à travailler à Ground Zero, et le 6 mai 2002, le président Bush fait classer les rapports accusateurs comme "secret defense". Pourtant, la New York Environnemental Law and Justice Project réussit aux termes d'une bataille juridique à obtenir les résultats des tests faits sur les échantillons d'air de poussière et d'eau relévés à Ground Zero. Ils sont effarants: 5% de poussière d'amiante, alors que la législation impose qu'au-delà de 1% les travailleurs portent des masques protecteurs, masques qui ont été refusés aux secouristes et pompiers de New York. Il y a des témoignages bouleversants, comme cet homme qui disait :"Je voulais aider, je ne pouvais faire autrement." Il paie son sens du patriotisme et de la fraternité de sa santé.

Un ingénieur nommé David Newman dit : "Si le gouvernement avait dit:"Nous avons un problème, la poussière qui est dans l'air est toxique, et voilà ce qui la compose: amiante, fibres de verre, mercure, etc.", il devenait impossible de rouvrir Wall Street, impossible de demander aux personnes de reprendre leur travail, impossible de conseiller aux gens de regagner leur habitation. A cause de cette gestion de la crise, nous allons devoir affronter un problème de santé extrêmement grave." C'est donc clairement pour une question de profits financiers qu'on a froidement sacrifié la vie de milliers de personnes, et cette décision a été prise au plus haut niveau de l'Etat.

Les Twin Towers ont été construites à la fin des années 1960. Lors de sa construction, les charpentiers ont projeté des masses d'amiante. Or c'est en 1964 que le pneumologue Irving J. Selikoff, directeur de la division de médecine de l'hôpital Mount Sinaï a signalé que 40% des ouvriers travaillant dans l'amiante mouraient d'un cancer nommé mésothéliome pleural.
L'association américaine du mésothéliome estime que 600 tonnes, sans compter l'amiante des conduites, ce qui amène le chiffre à 1000 tonnes, ont été libérées dans l'air de Manhattan le 11 septembre.
Les pouvoirs publics américains le savaient, mais il fallait que la bourse ouvre et continue ses activités. Les victimes ne sont pas seulement les pompiers et les volontaires, mais aussi des agents de change, des employés, des enfants des écoles, etc...
Le gouvernement américain a donc sciemment sacrifié des dizaines de milliers de vies au dieu dollar.

Alex se déplace difficilement, péniblement. C'est un vieillard d'une trentaine d'années, ses poumons sont fichus. Son commentaire? "Je n'aurais jamais cru que mon pays me mentirait dans des circonstances pareilles."

Soeur Cindy se dévouait tellement pour les victimes des attentats qu'on la surnommait "l'ange". Elle est morte à 54 ans dans des souffrances atroces en novembre 2006. Ses dernières volontés sont que son corps soit autopsié pour que soit reconnu et indemnisé le tort fait à ses camarades.

En avril 2005, Vito Valenti entre à l'hôpital de Long Island, il supplie: "Aidez-moi, je ne veux pas mourir." Cet homme s'était porté volontaire le 11 septembre. Il secourait les blessés, portait de l'eau, travaillait sans relâche. A 42 ans, il est mourant, ses poumons sont détruits. Comme il ne bénéficie pas de l'assurance Medicaid et que ses revenus ne lui permettent pas de payer ses médicaments ni même l'oxygène dont il a besoin, il est soigné à titre compassionnel par les médecins qui lui fournissent gratuitement leurs soins "Quand on a su que c'était un volontaire du 11 septembre, on a décidé de donner", dit le directeur d'un supermarché. Parmi les 10000 volontaires du 11 septembre suivis à l'hôpital Mount Sinaï, 40 % n'ont pas de couverture maladie et seulement un malade sur cinq a pu faire face à ses dépenses médicales.

Un fonds de compensation aux victimes du 11 septembre a bien été créé par le gouvernement américain, mais il est extrêmement restrictif, et ne couvre par exemple pas les personnes qui sont arrivées plus de quatre jours après les attentats, ni celles qui ont nettoyé les rues et les immeubles. En pratique se faire indemniser par ce fonds est un parcours du combattant qui se solde le plus souvent par des procès. Lors de la préparation du budget 2005 l'administration Bush a décidé de retirer 125 millions de dollars de leur ligne de crédit pour les affecter au fonds de secours des victimes de l'ouragan Katrina.

En automne 2006, le Congrès, qui était encore aux mains des Républicains, a repoussé un projet de loi présenté par la sénatrice Hillary Rodham Clinton visant un financement de 1,9 milliard de dollars pour les soins de santé aux héros sacrifiés du WTC.

Autre chose, pour encore rajouter une couche au sordide. Qu'a-t-on fait des tonnes de ferraille polluées par l'amiante et le mercure en provenance du WTC? Elles ont été transformées en casseroles et ustensiles domestiques et vendues à Madras en Inde, par l'intermédiaire d'un homme d'affaires de Dubaï et selon Ban Asbestos International, une ONG qui lutte pour le bannissement de l'amiante, non décontaminées.

Lire le rapport en Anglais de Cate Jenkins

"Les héros sacrifiés du Wordl Trade Center" par Jacqueline Maurette

Editions Jean-Claude Gawsewitch

17 rue de Bucci 75006 Paris

Collection "Qui vive"

ISBN 9782350130804


Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans 11 SEPTEMBRE

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