Saddam Hussein, la justice humaine et la vengeance identitaire

Publié le par Adriana Evangelizt

Eh oui... le monde occidental vu d'Afrique... voilà où nous mènent les crapules qui dirigent ce monde et quelle image elles donnent de l'Occident. Pitoyable.

Saddam Hussein, la justice humaine et la vengeance identitaire



Les images de la pendaison brutale de Saddam Hussein le 30 janvier 2006 ont profondément troublé le monde, et propulsé notre intelligence collective dans un doute profond. Nombreux sont nos fidèles lecteurs et amis, qui se sont littéralement acharnés sur nous pour s’étonner de notre absence de réaction immédiate. La tendance générale aura donc été la dénonciation d’une justice expéditive logiquement qualifiée de barbarie. En réalité la manière dont cet ancien dictateur a été liquidé, comporte plusieurs messages et suscite moult d’interrogations pour que nous puissions lever la plume aussi facilement sans prendre le moindre recul. Le contexte, la personnalité de l’individu, les implications tant en amont qu’en aval, les exigences de lecture géopolitique, la morale relative et la raison stratégique derrière cette affaire, ne sont pas si simples à manier.

Nous avons depuis longtemps compris où nous nous situons dans le monde et quels sont nos intérêts d’Africains. Nous ne voulons plus mêler nos voix à toutes celles qui vibrent de l’autre côté de la méditerranée ou de l’océan atlantique au nom d’une raison qui serait générale ou au nom d’une morale qui serait universelle. Nous avons appris à faire attention et même très attention.

Nous parlons dans la situation d’Africains qui aspirent à la liberté et à l’indépendance et qui pour beaucoup, n’ont jamais connu ni élections libres, ni droits citoyens réels. Nous parlons dans la situation de gens à qui l’Occident a trop prêché la démocratie et les droits de l’homme, en faisant tout pour les confiner dans des dictatures obscurantistes. Ce qui nous intéresse dans cet événement dramatique est donc certainement ailleurs, loin de ce qui au fond intéresse les juges irakiens et leurs commanditaires américains.

Saddam Hussein faut-il le rappeler, a été pendu après qu’un autre ancien chef d’Etat fait prisonnier par la volonté des Etats-Unis et de leurs alliés, soit mort mystérieusement dans sa prison aux Pays-Bas. Milosévic est effet mort en cours de procès. Les deux ont pour trait commun d’avoir tenu tête aux maîtres du monde et d’avoir prôné un nationalisme de provocation à l’égard de l’Occident.

Au fond, nous sommes maintenant dans la situation de gens qui doutent, qui ne comprennent plus ce que civilisation veut dire et ce que morale et raison signifient effectivement. Le jugement et la pendaison de Saddam Hussein nous font croire à une grossière supercherie dans le gouvernement du monde. Augusto Pinochet qui mena un coup d’Etat pour le compte de la Cia au Chili, massacrant des milliers de personnes en peu de temps, s’en est allé tranquillement sans subir les foudres et les humiliations d’une justice précipitée. Washington n’a jamais pensé à demander pour lui un Tribunal spécial expéditif. Pour l’Africain ordinaire qui contemple cette justice hâtive de vengeance des puissants, il s’interroge encore sur le destin si tendre et si doux de tous les dictateurs qui ont régné et règnent toujours sur le continent.

L’affaire Saddam Hussein ne renvoie pas seulement à une disqualification de toute idée de justice dans les relations internationales, elle discrédite complètement la thèse d’un monde civilisé représentée par l’Occident et d’un autre monde sauvage concentré dans la périphérie. En fait, ce n’est pas l’acte de tuerie ou de mauvaise gouvernance qui entre dans la condamnation, c’est la couleur des intérêts que sert le criminel qui compte.

Ainsi donc, à tous ceux qui tuent, massacrent et organisent des génocides pour servir les intérêts de l’Occident, rien n’arrivera. On pourra de temps à autre dégager un dictateur devenu encombrant à l’instar des Mobutu, Bokassa et autres, mais jamais on ne versera dans leur traduction devant un tribunal et jamais ils ne seront mis à mort dans le style de l’ancien dirigeant irakien.

Il n’y a plus ni morale ni raison. Il n’y a plus ni droit, ni justice. Il n’y a plus ni juge, ni justiciable. Il n’y a plus que des fous à la tête du monde, et des hypocrites aux commandes de toutes les diplomaties planétaires. La tentation est devenue grande dans les couches montantes de citoyens africains, de verser dans le genre de désolation qui engendre les crimes à très grande échelle. Il n’y a aucun doute qu’au dernier moment, Saddam Hussein a bien pu regretter de n’avoir pas posé plus d’actes cruels contre certains intérêts.

Sources
Icicemac

Posté par Adriana Evangelizt

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