Bush défie les démocrates et l'opinion publique

Publié le par Adriana Evangelizt

George Bush défie les démocrates et l'opinion publique


En annonçant un renforcement de la présence militaire américaine en Irak, George Bush défie ses adversaires démocrates, majoritaires au Congrès, et une opinion publique de plus en plus hostile à la guerre.

Deux mois après la gifle reçue par les républicains aux élections de mi-mandat, le président américain a pris le contre-pied des recommandations de la commission bipartisane Baker-Hamilton sur l'Irak, qui prônait un retrait progressif du corps expéditionnaire.

Lors de sa solennelle allocution télévisée mercredi soir, il a cherché à s'inscrire dans une perspective historique, assumant la responsabilité des erreurs commises et laissant sciemment de côté les questions de politique intérieure.

Une posture qui s'explique en partie par le fait qu'il ne peut briguer un troisième mandat présidentiel en 2008 mais qui pourrait coûter cher au camp républicain.

"Nous voyons un président défier l'opinion publique comme cela ne s'est jamais vu dans notre histoire moderne", déclare Bruce Buchanan, politologue à l'Université du Texas.

"Pour lui, et il l'a souvent démontré, diriger c'est être prêt à défier l'opinion publique. Pour lui, c'est le moyen de montrer que vous êtes un chef."

"C'est l'Histoire qui lui importe. Son juge, ce n'est pas l'opinion publique mais les historiens. C'est cela qui compte et il n'est pas question pour lui de capituler."

Les démocrates ont dénoncé l'envoi de 21.500 hommes en renfort en Irak et se sont engagés à organiser un vote au Congrès sur la question, vote sans conséquence concrète car le président a le dernier mot sur les questions de défense mais qui placera les élus républicains devant un dilemme à moins de deux ans des élections - soit soutenir la politique impopulaire de Bush, soit se démarquer de lui.

"De toute évidence, il y a un terrible scepticisme dans la population sur les conséquences de cette politique et les républicains seront ceux qui paieront le prix, quel qu'il soit", estime Andrew Taylor, analyste à l'Université de Caroline du Nord.

FISSURES CHEZ LES REPUBLICAINS ?

Une dizaine de sénateurs républicains, voire plus, pourraient rompre avec la politique irakienne du président si la chambre haute organise un vote sur la question.

Ainsi, Norm Coleman, du Minnesota, qui craint pour sa réélection en 2008, est clairement opposé au renforcement du corps expéditionnaire. "Ce n'est pas une stratégie pour la victoire", a-t-il dit.

Sam Brownback, le très conservateur sénateur républicain du Kansas, jusqu'ici un soutien indéfectible de Bush, était mercredi à Bagdad où il a rencontré le Premier ministre Nouri al Maliki et a fait entendre, lui aussi, sa différence.

"Je ne crois pas qu'envoyer plus de soldats en Irak soit la bonne réponse. Il faut une solution politique plutôt que militaire", a-t-il dit.

Mais les élus républicains sont toujours nombreux à se ranger derrière l'hôte de la Maison blanche et les candidats à l'investiture du parti pour 2008 sont largement en accord avec lui, comme le sénateur de l'Arizona John McCain.

"Le succès ou l'échec en Irak n'est pas une question de politique partisane mais de sécurité nationale", a déclaré l'ancien maire de New York Rudolph Giuliani, qui soutient l'envoi de renforts.

Pour les démocrates, le plan dévoilé mercredi par le président offre une première occasion de l'affronter au Congrès, même s'il paraît difficile à beaucoup de refuser les enveloppes budgétaires réclamées pour soutenir les "boys".

"La décision du président est mauvaise pour l'Irak et mauvaise pour l'Amérique - et il est temps que le nouveau Congrès empêche Bush de s'enferrer obstinément dans sa stratégie d'échec en Irak", a déclaré John Edwards, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle.

"Le Congrès doit faire comprendre au président qu'il n'obtiendra pas l'argent (...) à moins qu'il ne présente un plan pour que les Irakiens prennent eux-mêmes en charge les responsabilités et que nous puissions enfin partir", a-t-il ajouté.

Plusieurs groupes pacifistes, syndicats et associations d'anciens combattants ont annoncé qu'ils allaient lancer jeudi une vaste campagne contre les projets du président.

Ancien gouverneur de l'Iowa, Tom Vilsack a invité ses compatriotes à signer des pétitions contre l'envoi de renforts, mesure qui, selon lui, "aggraverait encore l'erreur que Bush a commise en Irak".

Sources L'Express

Posté par Adriana Evangelizt

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