Bush et son complexe d'infaillibilté

Publié le par Adriana Evangelizt

Bush et son complexe d'infaillibilité



par Alexandre Sirois




Il aura fallu rebattre les oreilles à George W. Bush d'arguments pendant plusieurs années pour qu'il accepte d'expédier plus de soldats en Irak, tel qu'annoncé hier.

Le président américain a d'ailleurs fait son mea-culpa et a reconnu ne pas avoir déployé assez de militaires.

Le hic, c'est que cet acte de contrition survient trop tard et que sa nouvelle stratégie est mal avisée.

Flash-back : en 2003, quelques semaines avant le début de la guerre, le chef d'état-major de l'armée de terre américaine avait réclamé « plusieurs centaines de milliers d'hommes » pour sécuriser le pays de Saddam Hussein.

Ce général respecté, Eric Shineski, avait aussitôt été crucifié sur la place publique par les lieutenants du président au Pentagone, Donald Rumsfeld et son bras droit, Paul Wolfowitz.

Il va sans dire que pas un militaire de renom n'a ensuite osé tenir des propos similaires en public. Du moins jusqu'au départ du secrétaire à la Défense le plus puissant des États-Unis, l'automne dernier.

Libéré de la poigne de fer de Rumsfeld, le plus haut responsable militaire américain pour le Proche-Orient, John Abizaid, a fini par donner raison à Shineski.

Plus de soldats auraient été nécessaires « dans les premiers stades » du conflit, a dit Abizaid en novembre dernier, questionné par des sénateurs.

Mais près de quatre ans plus tard, dans la conjoncture actuelle, cette stratégie ne tient plus la route, a ajouté ce général à mots à peine couverts.

La majorité des leaders, au sein de l'état-major américain, partagerait aujourd'hui ses craintes.

Ces militaires s'opposent à une hausse du nombre de soldats. Ils jugent que le nouveau plan du président américain ne fera que jeter de l'huile sur le feu.

L'un des plus brillants experts américains en matière de terrorisme, Robert Pape, joint par La Presse hier, en est également persuadé.

Notamment parce que les nouveaux soldats, pour sécuriser le pays, voudront faire le ménage à Sadr City. Un quartier de Bagdad où logent au moins un million de chiites.

Cette initiative des Américains, qui sont jusqu'ici avant tout la cible d'attaques de la minorité sunnite, risque d'être perçue comme une déclaration de guerre par la majorité chiite du pays.

« C'est comme le Titanic qui est en train de se diriger vers un iceberg », a expliqué l'expert en relations internationales de l'Université de Chicago.

L'arrivée de renforts est donc « susceptible d'envenimer la situation de façon dramatique, en Irak en général et pour les troupes américaines », a précisé Pape.

La plupart des Américains semblent partager les inquiétudes de cet universitaire. Un sondage effectué la semaine dernière par Gallup révèle que 61 % d'entre eux s'opposent à l'augmentation du nombre de troupes en Irak.

Bush ne continue donc pas seulement à balayer d'un revers de main les recommandations de ses militaires.

Son plan pour l'Irak révèle aussi le mépris qu'il manifeste à l'égard de ses citoyens. Ils lui ont pourtant lancé un avertissement clair l'an dernier en redonnant le contrôle du Congrès aux démocrates.

Obstiné, l'ultime responsable du fiasco irakien continue d'en faire à sa tête. Et de suivre les recommandations d'une poignée de faucons, en majorité des néoconservateurs, qui gravitent encore autour de son administration.

L'un des critiques les plus virulents du président américain, le chroniqueur du New York Times Paul Krugman, croit avoir trouvé ce qui explique l'attitude de Bush : un complexe d'infaillibilité.

Selon lui, un homme qui souffre de ce complexe punira ceux qui lui disent ce qu'il ne veut pas entendre et suivra les conseils de ceux qui flattent sa vanité.

Hier soir, Bush a accepté la responsabilité du fiasco irakien. Son sentiment d'infaillibilité semble toutefois avoir repris le dessus rapidement.

Pour le président, cela n'a guère d'importance si ses citoyens, ses militaires et certains des experts les plus réputés y compris les membres du groupe d'études sur l'Irak dirigé par l'ancien secrétaire d'État James Baker , ne voient pas d'un bon oeil l'envoi de renforts en Irak.

Tout indique qu'en son for intérieur, il est convaincu que son nouveau plan est le bon et que l'Histoire lui donnera raison.


Sources Cyberpresse

Posté par Adriana  Evangelizt

Publié dans IRAK

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