Considérations sur les protagonistes de la busherie en cours

Publié le par Adriana Evangelizt

Encore une très très intéressante analyse qui date de 2003 mais vraiment d'actualité...

Considérations sur les protagonistes de la busherie en cours

par Frank Furet



En Irak, a l’heure où ces mots sont écrits des civils meurent, , un missile Patriot abat un missile titré du sud du pays vers le Koweit, des Marines progressent vers Bagdad, des avions américains atterrissent au Kurdistan, des Irakiens vendent leurs dollars, des Yéménites manifestent, à Paris la bourse chute.

La situation des droits de l’homme en Irak

Saddam Hussein n’a pas vraiment suivi le chemin de la sainteté. Son régime a été un des plus durs de l'après guerre; plusieurs rapports (1), qu'on peut tenir pour n'étant point de la propagande, le confirment, Le parti Baas, depuis son accession au pouvoir, et en tant que gouvernement est directement responsable de la mort d’environ un million d’Irakiens.

Deux millions de personnes ont été blessées ou ont succombé dans la zone frontalière entre l’Iran et Irak lors de l’invasion irakienne en 1980. 200.000 personnes ont été tuées pendant la guerre du Golfe200.000 Chiites irakiens lors du soulèvement de 1991 500.000 Kurdes en Irak à la suite de la politique génocidaire du régime de Saddam Hussein.
L’Irak détient également le record mondial des disparitions forcées : plus de 200.000 disparus (10.000 Kurdes fayli de Bagdad et ses alentours ont disparu depuis 1980, 8.000 membres de la tribu de Barzani du camp de Qushtapa de 1983, 182.000 personnes au cours de l’opération d’Anfal). 4.500 villages et 26 villes ont été détruites dans les années 80.
Au Kurdistan irakien, 110 camps de concentration appelés « camps collectifs » ou selon le régime, « villages stratégiques » ou « villages modernes »,entourés de barbelés et encerclés par les forces de sécurité, ont été créés. C’est plus de 750.000 Kurdes des régions montagneuses, le long des frontières entre l’Iran, la Turquie, la Syrie et l’Irak, qui ont été déplacés dans ces camps. Un demi million a été déplacé dans le désert, dans des camps à la frontière avec l’Arabie Saoudite et la Jordanie, les camps de Arar, de Rutba, de Nuqrat Salman, et dans la région de Rumadiya.
A ce jour, le régime irakien est responsable de 4 millions de réfugiés. Actuellement, l’Irak compte plus d’un million de déplacés internes.
La situation des droits de l’homme dans le pays ne s’améliore pas. Plus de 4.000 personnes ont été exécutées depuis 1998. En un seul jour, un des fils de Saddam Hussein, Qusay, a ordonné l’exécution sommaire de plus de 2.000 prisonniers politiques dans la prison d’Abu Ghreb. Un autre de ses fils, Ouday, a ordonné la décapitation de centaines de femmes. Le rapport conjoint de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme et d’Alliance Internationale pour la Justice (1) décrit précisément la situation des femmes en Irak. La situation économique est aussi un autre facteur aggravant tout comme la situation politique, la répression, les violences à la suite des deux guerres meurtrières avec les pays voisins, trois décennies de dictature, de répression, de violations des droits de l’homme sans précédent dans l’histoire de l’Irak et dans l’histoire de la région. Sur le plan mondial, le régime irakien est l’un des régimes les plus répressifs dans le domaine des droits de l’homme, constat confirmé par le récent rapport du Parlement Européen, les résolutions, les rapports à la fois de l’Assemblée Générale des Nations Unies et de la Commission des Droits de l’homme des Nations Unies et le Rapporteur Spécial sur les droits de l’homme en Irak. Ces crimes ont été qualifiés de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et de génocide. Néanmoins, les auteurs de ces crimes restent impunis.


Pendant ce temps aux States...

Ceci étant dit, l'histoire des interventions des Etats Unis dans le monde peuvent donner à penser que le désarmement, la restauration de la démocratie, la libération du peule Irakien, la crainte d'attentats en Israël et en Cisjordanie, la sécurité régionale, de la bonne gouvernance et du libre-échange”.de combattre les ennemis des Britanniques”: tout cela ne sont que prétextes moraux et hypocrites destinés à légitimer une intervention aux yeux de l'opinion publique.

L'administration Bush n'a pas de mobile solide pour déclarer la guerre a Saddam Hussein, les arguments concernant la multitude de risques qu'il représenterait sont exagérés . L'interprétation de cette menace et la manière dont elle est présentée est erronnée: l'administration américaine continue à attribuer au chef irakien les mêmes idées et ambitions mégalomanes que celles qu'il entretenait avant la 1ère guerre du Golfe. En dépit de ses déclarations mensongères et pompeuses, Saddam Hussein est parfaitement conscient qu'il a été vaincu. Il sait qu'il ne peut pas s'attaquer à la puissance américaine, et le fait qu'il ait maintenant cédé sur la question des inspecteurs n'est pas un accident. Avant la guerre, il nourrissait des aspirations d'hégémonie sur la région du Golfe vis-à-vis de l'Iran et de ses "soeurs arabes," il était même prêt à défier les Etats-Unis. Mais aujourd’hui, ses ambitions ont été revues a la baisse. Ses objectifs se limitent maintenant à la protection de l'Irak et il doit aussi essayer de dissuader d'autres puissances de nuire à son pays et - naturellement – tenter de survivre. Despote brutal et astucieux, Saddam est devenu prudent et raisonnable dans ses prises de décisions. Il se pourrait qu'il souhaite renouer avec ses ambitions mégalomanes, mais ses capacités militaires sont restreintes. L'Irak n'a pas aujourd'hui d'énergie nucléaire, principalement parce qu'elle ne possède pas de matière fissile comme le plutonium ou l'uranium enrichi, bien qu'elle dispose du potentiel général pour fabriquer une bombe.
Pour certains analystes, Saddam dispose probablement d'armes chimiques et biologiques qui sont faciles à fabriquer et à dissimuler. Mais même lors de la guerre l'opposant à l'Iran il s'est limité dans l'utilisation des armes chimiques et lorsque ensuite son armée a été défaite et rejetée hors des frontières du Koweit, il n'a pas non plus osé utiliser ces armes. Les armes non conventionnelles représentent un danger uniquement si l'on dispose des capacités de lancement - principalement d'avions, d'avions radiocommandés (drônes en anglais, ndlt) et de missiles. Il est raisonnable de penser que le danger que représente Saddam Hussein n'est pas aussi important que l'on voudrait le faire paraître. D'ailleurs, l'Iran et le Hezbollah font peser des menaces sur la région qui sont bien plus sérieuses que celle de l'Irak. Mais ces derniers ne figurent pas en tête sur la liste des priorités des Etats-Unis.


Les mensonges de Dick Cheney

Dick Cheney a déclaré: «En termes clairs, il n'y a aucun doute que Saddam Hussein a maintenant des armes de destruction massive; il n'y a aucun doute qu'il les a amassées pour les utiliser contre nos amis, contre nos alliés et contre nous-mêmes. Et il n'y a aucun doute que ses ambitions régionales agressives vont le conduire à des confrontations avec ses voisins.» Cheney fait usage d'une astuce rhétorique, répétant «il n'y a aucun doute» pour masquer le fait qu'il nous sert des affirmations sans la moindre preuve. En réalité, il n'y a qu'une chose qui ne laisse aucun doute, c'est qu'il n'y a aucune preuve pour ces accusations, à tout le moins aucune qui a été présentée par le gouvernement américain.

Donc...

On peut se dire que si l'Amérique voulait réellement imposer la démocratie au monde, elle commencerait par débarrasser le monde des régimes qui continuent de le polluer. Ainsi, Cuba est plus proche des frontières de l'Amérique que l'Irak. Emettre des doutes quant à l'opportunité de déclencher une guerre contre l'Irak n'est en aucune façon la preuve d'une quelconque "sympathie" ou "amitié" pour Saddam Hussein et son régime dictatorial. Ceux qui font ce genre d'amalgame sont des gens malhonnêtes. Il faut faire preuve d'un minimum d'esprit critique et ne pas céder au réflexe pavlovien médiatiquement conditionné. Il y a encore beaucoup d'autres dictateurs dans le monde, par exemple, le grand allié de l'Amérique au Pakistan, un certain général Musharaf qui dispose d'ailleurs de l'arme nucléaire, la fameuse "bombe islamique". Mais sur le caractère répressif de son régime, les actuels dirigeants de l'administration américaine n'insiste guère. Les armes de destruction massive, des dizaines de pays en possèdent, souvent aussi peu démocratiques que l'Irak

De très nombreux pays violent le droit international mais il ne leur arrive jamais rien. Tibétains en Chine, Kurdes en Turquie, Palestiniens en Israël savent très bien ce que valent les résolutions de l'ONU. Un justice qui n'est pas égale pour tous n'en est pas une. Elle est plutôt une source d'injustice d'autant plus détestable qu'au méfait brut se joint un discours hypocritement moralisateur. La tentative de justifier les guerres impérialistes sur la base de valeurs morales supérieures est aussi vieille que l'impérialisme même, et les États-Unis ont toujours évoqué la moralité pour légitimer leurs objectifs impérialistes.

Alors pourquoi s'acharner sur l'Irak ?

Toutes une série d'analystes estiment que derrière la décision de faire la guerre à l'Irak, se cacherait plutôt la volonté américaine d'asseoir encore plus son hégémonisme et son impérialisme dans les pays arabes et les états producteurs de pétrole en particulier, sur le monde durablement. Il existe dans le monde politique des USA une polémique constante sur le moyen d’atteindre cet objectif mais l’analyse historique démontre que ces divergences internes sont inhérentes aux empires. Pour eux Durant les années 90, le débat au sein des élites de Washington a progressivement fait réapparaître cette alternative stratégique : soit s’imposer à ses vassaux et à ses alliés par l’influence politico-commerciale, soit s’imposer au monde par la force politico-militaire. L’alternative entre la conquête commerciale et la conquête territoriale a constamment pesé sur la destinée des empires de toute nature. Il ne s’agit pas d’une tendance limitée au clan des faucons qui siège à la Maison Blanche. En 1994 le Président démocrate, Bill Clinton, avait précisé dès son premier mandat que la priorité numéro 1 de la politique étrangère des Etats-Unis serait la défense des intérêts économiques du pays. Ceci démontre qu’il existe une tendance lourde au sein des élites américaines sur la volonté d’imposer tous les ingrédients de la Pax Americana à la communauté internationale.

1. Le Nouvel Ordre Mondial

L'objectif officiel des alliés, formulé par George Bush le père de Gerges Walker Bush, était "Forger pour nous-mêmes et les générations futures, un nouvel Ordre Mondial, un monde où le règne de la loi, et non la loi de la jungle, gouvernera la conduite des nations." (Discours de George Bush, 16 Janvier 1991)"Instaurer un nouvel Ordre Mondial"? On s’est très peu penché sur cette expression. Certains jugeaient-ils peu judicieuse la ressemblance avec le terme "Ordre Nouveau" déjà employé cinquante ans plus tôt? Le concept n’a guère été soumis à l'analyse qui s'imposait. Encore moins a-t-on donné la parole aux "dissidents", américains, européens ou arabes qui estimaient que l'ordre en question n'avait rien de nouveau et qu'il ne s'agissait, au contraire, que de maintenir par la force un ordre existant. "Nouvel Ordre"? Une presse consciencieuse ne devrait-elle pas commencer par rappeler quelques données historiques sur l'ordre ancien? Mais les médias se sont montrés quasi totalement amnésiques. Non seulement sur l'histoire du Koweït et de son différend avec l'Irak, mais surtout sur l'ensemble de l'histoire de la région.

"Depuis la première guerre mondiale, la région du Golfe est contrôlée par les puissances occidentales: d'abord, par la Grande-Bretagne et la France, ensuite essentiellement par les Etats-Unis. Ceux-ci ont exercé leur contrôle par l'intermédiaire des Etats du Golfe et de l'Arabie Saoudite et par l'entremise de l'Iran du Shah, sans oublier, bien entendu Israël". (2) De fait, différents pays de la région ont été successivement présentés comme des "menaces pour l'Occident". En 1953, les USA fomentaient un coup d'Etat pour renverser le premier ministre iranien Mossadegh, coupable, déjà, de vouloir assurer la souveraineté nationale sur les ressources pétrolières. En 1956, anglais et français lançaient une opération militaire de grande envergure pour contrer la "menace égyptienne". Le leader égyptien Nasser fut déjà présenté comme un "nouvel Hitler" par Guy Mollet, premier ministre français de l'époque. En 1972, lorsque l'Irak nationalisa les compagnies pétrolières étrangères, la CIA et le Shah d'Iran soutinrent des rebellions kurdes contre le régime irakien. (3)
Dans le Sud , ce nouvel ordre mondial est perçu comme une farouche guerre de classes à l'échelon international dans laquelle les économies capitalistes et leurs multinationales monopolisent les moyens de violence et contrôlent les investissements de capitaux , la technologie et les décisions de planification et d'organisation aux dépens de l'immense majorité de la population , les élites locales recevant évidemment leur part du gâteau. Certains sont persuadés que les premiers bénéficiaires du développement de ressources d'un pays devraient être les gens de ce pays ; malheureusement pour eux, les USA estiment eux que les premiers bénéficiaires doivent être les investisseurs Américains.

Géo stratégie

Depuis 1989, chute du mur de Berlin, les USA sont devenus la seule puissance à l’échelle mondiale, ils n’ont plus d’adversaires à leur taille, ils ont gagné la guerre froide : ceci transparaît dans toutes textes officieux ou officiels des autorités américaines. Il n’ y a plus qu’un pôle sur terre. Le sociologue Français parle comme beaucoup d’empire américain et pense d’ailleurs que les USA suivront le même chemin que Rome ou Athènes : la décadence. (Les USA consomment plus qu’ils ne produisent, leur balance commerciale atteint un déficit de 500 milliard s de $.)

Pour Attac Bruxelles (4)L’exercice du leadership à l’échelle planétaire implique deux orientations.
Empêcher, d’abord, l’émergence d’une puissance adverse de taille comparable : Zbigiew Bzezinski, conseiller de président carter et spécialiste de la politique extérieure des USA estime que le continent Eurasien n’a pas perdu son importance géopolitique depuis la chute de l’URSS. La question est donc de prévenir l’émergence d’une puissance Eurasienne dominante qui viendrait s’opposer à eux. Cette nouvelle stratégie commence par un engagement fondamental : maintenir un monde unipolaire où les USA n’auront aucun concurrent.

Ensuite, désamorcer, réprimer et anéantir toute forme de contestation en particulier aux endroits importans du globe. La théorie des états voyous a été élaborée dans ce sens : il faut monter que personne ne peut contester l’hégémonie américaine dans le monde. Il s’agit de combattre toute contestation qu’elle provienne de pays ou d’organisations non gouvernementales: c’est l’objectif de la « Pax Americana » : dominer le monde et mener des guerres en vue de réduire à néant les volontés d’indépendance de certains pays. En juin 2001, Bush a été plus loin : « les américains se doivent d’être prévoyants et résolus et d’être prêts pour des actions préventives ; les USA sont donc pour des réactions anticipées ». Les USA déclarent donc être endroit d’agir partout sur le globe pour protéger leurs intérêts, c‘est à dire ceux de leurs élites qui décident , seuls, les raisons, les justifications, les moyens d’action et l’ampleur qu’il faut leur donner.

Le moyen orient dispose de deux tiers des réserves de pétrole prouvées . Celui qui a le contrôle du Moyen-Orient est maître de la zone qui entoure la mer Caspienne peut mettre la main sur les réserves de pétrole et acquiert un pouvoir important sur les autre puissances et les autres pays : s’ajoute à la puissance militaire les pressions sur les gouvernements, le contrôle des moyens économiques et financiers , la main mise sur les institutions internationales le quasi monopole sur les technologies les plus avancées, et surtout le contrôle d’une ressource relativement rare indispensable au développement de tous les pays. Or les USA ne sont que timidement présents en Asie Centrale, une région qui est traditionnellement sous dominante Russe ; et leur contrôle sur le moyen orient laisse à désirer : 3 pays qui ont de fortes ressources pétrolières sont considérés comme des états voyous : la Syrie, l’Irak et l’Iran. Le but des USA est donc de pénétrer en Asie centrale pour en devenir la force dirigeante et faire du proche orient une zone complètement sous ses ordres. Le lecteur voudra bien remarquer qu’il n’ y pas de différences entre les démocrates( Clinton) et les républicains ( Bush): ils veulent tous deux que les USA dominent le monde et sont d’accord sur le fait d’empêcher l’émergence de puissantes concurrentes et sur la théorie des états voyous. (4)

Puissance impériale

Le pétrole n'est donc pas la seule motivation des Etats-Unis. Les dirigeants américains, et les pouvoirs économiques qu'ils représentent, entendent se servir de leur puissance militaire inégalée pour imposer leurs intérêts stratégiques. Les dépenses militaires des Etats-Unis s'élèvent à $379 milliards (2002), soit autant que les 25 autres pays les plus dépensiers réunis. Les Etats-Unis à eux seuls cumulent 36% des dépenses militaires . Derrière ces chiffres, se profile la volonté d'imposer un contrôle militaire partout sur la planète. La guerre en Afghanistan a été l'occasion d'installer des bases militaires dans les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, rognant ainsi sur une zone d'influence russe, et consolidant son contrôle sur la région de la mer Caspienne, riche en hydrocarbures. La guerre contre l'Irak va permettre aux Etats-Unis d'y installer un régime docile, et, surtout, d'y établir une présence militaire à long terme.

Les formes parlementaires dans certains états clients seront un outil utile assurant la domination d’élements minoritaires ayant la faveur des élites américaines tout en permettant aux dirigeants politiques américains de mobiliser leur propre population pour appuyer les aventures politiques à l’étranger dissimulées par une rhétorique idéaliste (défense de la démocratie) mais entreprises pour des raisons bien différentes.

2. Ne jamais rattraper Israël?

Israël est depuis longtemps l'instrument principal du contrôle américain sur la région. Ce pays bénéficie de 40% de l'aide américaine à l'étranger, ce qui démontre son importance fondamentale dans la stratégie des Etats-Unis. De plus, alors que cet Etat viole depuis quarante ans toutes les résolutions de l'ONU le concernant et les principes essentiels du droit international, les Etats-Unis ont constamment usé de leur droit de veto afin d'empêcher sa condamnation à l'ONU. Par ses agressions et occupations de territoires appartenant à l'Egypte, à la Syrie, à la Jordanie, au Liban, Israël a joué le rôle de "gendarme régional" pour le compte de l'Occident. "Un pays arabe ne sera jamais autorisé à dépasser un certain niveau de puissance", déclare Mohamed Heykal, journaliste égyptien, ami de Nasser, emprisonné sous Sadate. Effectivement, à chaque fois que des rivaux arabes risquaient d'approcher un équilibre de forces avec Israël, les USA sont intervenus pour aider Israël à conserver sa suprématie. On peut se poser la question : la guerre du Golfe, elle aussi, n'a-t-elle pas été décidée précisément parce que l'Irak avait atteint un niveau de puissance qui lui aurait permis de tenir tête à Israël? Un dessein grandiose, d'envergure mondiale pourtant simple et logique. A quoi cela me fait-il penser ? Il y a là quelque chose de vaguement familier. Au début des années 80, il a été question, selon Sainbt-Prot (6), de plusieurs plans développés par Ariel Sharon, plein de grands projets pour restructurer le Moyen-Orient : la création d'une « zone de sécurité » israélienne du Pakistan à l'Afrique centrale, le renversement de régimes et l'installation d'autres à leur place, le déplacement d'un peuple entier (les Palestiniens) et ainsi de suite.

Pour Charles Saint-Prot (6) le vent qui souffle aujourd'hui à Washington rappelle Sharon.Il n’a aucune preuve que les Bushistes aient pris leurs idées chez lui, mais estime que tous semblent avoir été hypnotisés par lui. Le style est le même - un mélange de mégalomanie, de créativité, d'arrogance, d'ignorance et de superficialité. Un mélange explosif, selon Saint-Prot qui estime que les envolées d'imagination et la logique superficielle n'ont pas aidé - Sharon ne comprenait tout simplement pas le sens réel de l'histoire et craint que la bande des Bush, Cheney, Rumsfield, Rice, Wolfowitz, Pearl et tous les autres petits Sharon souffrent du même syndrome. C’est que le fondamentalisme islamique n'est pas un animal qui peut facilement être dompté. Des centaines de millions d'êtres humains en colère dans tout le monde arabe et musulman sont un grand danger, même pour un pouvoir militaire puissant.
Sharon peut croire qu'il sera le grand vainqueur d'une telle action américaine, bien que l'histoire montre qu'il nous a conduit à un désastre historique. Il peut réussir, en exploitant l'anarchie qui s'ensuivra, à chasser les Palestiniens du pays. Mais dans quelques années, Israël pourrait se trouver entouré par un nouveau Moyen-Orient : une région pleine de haine, de rêves de revanche, conduite par un fanatisme religieux et nationaliste.


3. Sauver les féodaux arabes

C'est un fait que l'Arabie Saoudite et d'autres régimes féodaux du Golfe financent des mouvements intégristes dans le monde arabe et en Europe. C'est un fait aussi que l'Irak laïc était sur ce plan (et sur celui de l'émancipation de la femme) le pays le plus progressiste du Golfe. Une bête noire pour les intégristes. Mais à présent qu'a-t-on vu? L'Occident a soutenu les régimes intégristes contre l'Irak laïc! Cela ne méritait-il pas de mettre en doute les "nobles objectifs de progrès"?
Pourquoi les démocraties occidentales soutiennent-elles des régimes comptant parmi les plus arriérés du monde? "Pour garder le pétrole, les Américains sont obligés de maintenir les régimes corrompus et parasitaires des cheikhs et des émirs dans leurs petits pseudo-Etats pondus par le colonialisme. Les Américains feront la guerre pour maintenir cette structure politique des principautés moyen-âgeuses et vendues à l'Occident". (5).La domination occidentale sur la région implique de perpétuer la division du monde arabe. Il faut sauver l'Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats et Qatar, car ils servent à empêcher l'unification d'un mouvement arabe nationaliste qui pourrait prendre une orientation anti-impérialiste et s'attaquer aux privilèges économiques de l'Occident.

4. Irak: crime d'indépendance?

Pour bien comprendre les motivations américaines, il faudrait remonter à la guerre du Golfe. À cette époque, « le piège tendu à l'Irak dans l'affaire Koweïtienne avait pour but de casser le seul pays arabe qui avait les moyens d'accéder au développement et qui était en mesure de contrebalancer économiquement, culturellement, socialement et militairement l'état d'Israël, explique Charles Saint-Prot, spécialiste du Proche-Orient à l'Académie internationale de Géopolitique. L'Irak était un pays moderne sur tous les plans. Il pouvait donc être un facteur d'indépendance du monde arabe face à la politique d'hégémonisme des Etats-Unis.
Un espoir était contenu dans l'esprit progressiste du Parti Baas. En effet, il était partisan de l'émancipation féminine et avait développé une politique visant à enrayer la polygamie. La femme avait le droit de vote, disposait de son propre passeport ainsi que des droits égaux en matière de succession.. D'ailleurs, le Baas est aussi socialiste. L'impulsion des années 70 a profité à la population. Un gigantesque effort national a été entrepris : éducation et soins pour tous, alphabétisation à la cravache, électrification du pays, infrastructure routière ; une classe moyenne a émergé. Les femmes sont promues. Une époque dorée. Du moins pour la minorité sunnite dont émane le pouvoir : les Kurdes et les chiites, ces derniers majoritaires, sont traités avec rudesse, la répression ira jusqu'aux massacres dans le nord kurde. Aujourd'hui, les esprits ont régressé : tout reste à refaire
Quand on compare l'Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, d'une part, et l'Irak d'autre part, que constate-t-on? D'abord, qu'ils n'utilisent pas leurs pétrodollars pour les mêmes objectifs économiques. Les premiers en réinvestissent 93% à l'étranger, essentiellement dans les économies occidentales. Actionnaire de Daimler-Benz, Hoechst, Paribas et bien d'autres sociétés (dont les identités sont tenues cachées), le Koweït a même été qualifié par un banquier occidental de "plus grand banquier du monde".

L'Irak, par contre, a toujours réinvesti l'essentiel de ses revenus pétroliers dans sa propre économie. Résultat: un incontestable développement ces dernières années. Selon le témoignage de l'ingénieur français Goude qui vécut six années en Irak, "les revenus du pétrole irakien servaient au développement de l'ensemble du pays". L'Irak puni pour "mauvais exemple économique" donné aux peuples arabes? "C'est parce que l'Irak est en train de sortir du sous-développement, et par une voie non agréée, que l'exemple est intolérable". N’est-ce pas surtout la volonté d'indépendance que l’on puni ici?

Sources Banc Public

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans GRAND MOYEN ORIENT

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