Bush réduit au silence un témoin dangereux

Publié le par Adriana Evangelizt

Bush réduit au silence un témoin dangereux


par Robert Parry*

 


Telle la version ensanglantée d’une famille de gangsters à la main mise globale, les Bushes ont éliminé un témoin clé de plus des évènements historiques importants qui ont conduit l’armée américaine à une impasse sanguinaire en Irak et poussé le Moyen Orient au bord d’une calamité.

La pendaison de Saddam Hussein était supposée être - comme le New York Times l’a fait remarqué - « une fin de livre triomphale » de l’invasion par George Bush de l’Irak. Si tout avait été comme prévu, Bush aurait pu organiser une autre célébration comme il l’a fait à la fin de son « combat majeur » posant sous la bannière « Mission Accomplie » le 1er mai 2003.

Mais aujourd’hui, avec 3 000 soldats américains tués et le nombre d’Irakiens morts dépassant les 600 000 selon certaines estimations, Bush pourrait être obligé de savourer l’image d’Hussein se balançant au bout d’une corde de façon un peu plus privée.

Cependant, Bush a rendu un grand service à son héritage familial tout en protégeant aussi des secrets qui auraient pu embarrasser d’autres hauts responsables du gouvernement US.

Il a réduit au silence une témoin unique de chapitres cruciaux de l’histoire secrète s’étendant de la révolution islamique de 1979 au « feu vert » que les américains sont soupçonnés avoir donné à Hussein pour l’attaque contre l’Iran en 1980, comprenant aussi les 8 ans de guerre Iran Irak au cours de laquelle de hauts responsables intermédiaires américains tels que Donald Rumsfeld et Robert Gates sont soupçonnés avoir aider à approvisionner en armement Hussein.

Hussein ne sera désormais plus là pour faire des témoignages gênants sur comment il a obtenu les agents chimiques et biologiques que ses scientifiques utilisaient pour produire des armes non conventionnelles qui ont été utilisées contre les forces iraniennes et des civils irakiens. Il ne peut donner son point de vue sur qui a obtenu l’argent et qui a facilité les arrangements.

Il ne pourra pas non plus donner sa version des messages mixtes délivrés par l’ambassadeur de George H.W. Bush, April Gaspie, avant l’invasion par Hussein du Koweït en 1990. Est-ce qu’il y a eu un nouveau « feu vert » américain ou est - ce que Hussein a juste entendu ce qu’il voulait entendre ?

Telle la scène cruciale d’un film sur la Mafia « Casino » ou des chefs gangsters éliminent toute personne qui en connaît trop, George W. Bush a maintenant donné des garanties qu’il n’y aura pas de tribunal public où Hussein témoigne sur ces scandales historiques potentiellement dévastateurs, qui pourraient menacer la légalité de la Famille Bush. Cela aurait pu se produire si Hussein avait été remis à un tribunal international à la Haye comme cela s’est fait pour d’autres tyrans, tel l’ancien dictateur de Yougoslavie Slobodan Milosevic. Au lieu de cela Bush a insisté pour qu’Hussein soit jugé en Irak malgré le fait évident que le dictateur irakien ne pourrait y bénéficier d’un procès juste avant d’être mis à mort.

La pendaison de Hussein fait suite à son procès pour l’exécution de 148 hommes et garçons de la ville de Jujail en 1982 après une tentative échouée d’assassinat contre lui et son entourage. La mort d’Hussein annule les autres procès qui étaient supposés juger de l’utilisation d’armes chimiques pour tuer des civils irakiens et d’autres crimes qui auraient pu exposer le rôle joué par les US.

Frisson de Plaisir de Meurtre

Certains observateurs pensent que Bush voulait simplement tirer une satisfaction personnelle de voir Hussein pendu, ce qui ne serait pas arrivé si celui-ci avait été envoyé à la Haye. Alors qu’il était gouverneur du Texas, Bush parfois a pris, ce qui semble être un plaisir pervers, à appliquer son pouvoir d’exécuter des prisonniers.

En 1999, dans une interview avec l’écrivain conservateur Tucker Carlson du magazine « Talk » Bush a ridiculisé Karla Faye Tucker, condamnée pour meurtre et sa demande infructueuse auprès de Bush de lui épargner la vie.

Interrogé sur la demande de grâce de Karla Faye Tucker, Bush a imité par des mimiques ce qu’était pour lui le message de cette femme condamnée à mort. « Avec une moue désapprobatrice se moquant de son désespoir, Bush à dit : « S’il vous plaît ne me tuez pas. »

Mais un motif beaucoup plus puissant s’était la menace potentielle représentée par Hussein à la légalité de la Famille Bush s’il réussissait à avoir un forum où il aurait pu faire un témoignage détaillé des évènements historiques de ces dernières décennies.

Depuis qu’il est entré à la Maison Blanche le 20 janvier 2001, George W. Bush s’est fait une priorité de dissimuler l’histoire des 12 ans passés par son père comme vice-Président et Président et d’envelopper sa propre présidence d’une épaisse couverture de mystère.

L’un des premiers actes de Bush comme Président cela a été de signer un ordre exécutif pour bloquer la publication de documents historiques concernant les années de gouvernance de son père. Apres les attaques du 11 septembre, Bush a étendu son mandat secret et attribué à sa famille le droit de conserver à perpétuité hors de portée du public américain ces documents, en transmettant cette autorité de garder ces secrets aux futures générations Bush.

Ainsi donc après la mort de George H.W Bush et George W. Bush, ces historiennes que seront devenues Jenna et Barbara Bush contrôleront des documents clés du gouvernement couvrant une période de 20 ans de l’histoire des Etats-Unis.

Déjà, chaque document de la bibliothèque présidentielle de George W. Bush doit recevoir l’autorisation de publication par des spécialistes des Archives Nationales et - si classé secret - par les agences appropriées, mais aussi par les représentants personnels des deux Bush senior et junior.

Etant donné leur appartenance antérieure à des sociétés secrètes telle « Skull and Bones » - et avec le travail de H.W. Bush pour la CIA - les Bushes ont tout à fait conscience du pouvoir qu’on a à contrôler l’information. En cachant des faits cruciaux au peuple américain, les Bushes pensent qu’ils peuvent facilement infantiliser les électeurs américains.

Quand il y a un risque d’une éventuelle fuite d’information de valeur, les Bushes interviennent en appellent à des amis influents pour discréditer tel témoin ou s’appuie sur l’armée pour dissiper la menace. Les Bushes ont été infiniment aidés aussi par la crédulité et la lâcheté des medias américains modernes et du parti Démocrate.

Ce qui peut être fait

Néanmoins, malgré l’exécution d’Hussein, il y a des actions que le peuple américain peut mener pour finalement récupérer l’histoire perdue des années 80.

L’armée US est actuellement assise sur un trésor, toute une pile de documents saisis lors de l’invasion de l’Irak en 2003. L’Administration Bush a exploité ces documents pour discréditer l’ONU au sujet du scandale du programme « pétrole contre nourriture » des années 90, alors qu’ironiquement Hussein ne fabriquait pas d’ADM. Mais, l’Administration Bush n’a pas divulgué les données des années 80 quand Hussein produisait des armes chimiques et biologiques.

En 2004, par exemple, la CIA a publié le rapport dit Dueffer, qui stipulait que les estimations faites par l’Administration avant l’invasion concernant le fait qu’Hussein cachait des stocks d’ADM étaient « presque entièrement fausses ». Mais un trait curieux de ce rapport c’est qu’il incluait un long chapitre sur les abus par Hussein du programme « pétrole contre nourriture » bien que le rapport reconnaissait que ces fonds détournés n’avaient pas servis à acheter des armes prohibées.

Pendant ce temps, le rapport notait l’existence d’un programme important d’ADM dans les années 80, mais n’offrait aucun perspective documentée de comment cette opération s’était effectuée, et qui était responsable pour la fourniture d’équipement crucial et de produits chimiques de base. Autrement dit, le rapport de la CIA sur les ADM n’identifiait pas les non irakiens qui avaient rendu l’arsenal d’ADM irakien possible.

Une source qui a vu la preuve m’a dit qu’elle contenait des informations sur le rôle du trafiquant d’armes chilien Carlos Cardoen, qui avait été identifié comme un lien clé entre la CIA et l’Irak, dans la fourniture d’armes dangereuses dans les années 80. Mais cette preuve est restée inaccessible.

Avec les Démocrates prenant le contrôle du Congres le 4 janvier 2007, il pourrait finalement y avoir une opportunité pour que soit rendu public un peu plus d’éléments de toute cette histoire, en supposant que les Démocrates n’optent pas pour leur manière habituelle de placer en avant leur « gouvernance bipartite » au détriment de la critique et de la vérité.

Le peuple américain pourrait aussi demander que les survivants du régime de Saddam Hussein fassent un compte rendu complet de leurs connaissances historiques avant que leurs voix tombent dans le silence soit du à des causes naturelles, ou d’autres exécutions.

Mais le personnage singulier qui aurait pu mettre toute cette période en perspective - et fournir les preuves les plus irréfutables du rôle de la Famille Bush - a été réduit au silence pour toujours, jeté dans une trappe lors d’une pendaison et laissé suspendu au bout d’une corde.

La Maison Blanche a annoncé que George W. Bush n’a pas attendu l’heureuse nouvelle de la pendaison d’Hussein. Apres que l’armée US l’ait remis aux mains des exécuteurs irakiens, Bush s’est couché dans son lit dans son ranch à Crawford, Texas, et a dormi toute la nuit.

* Robert Parry a révélé beaucoup d’histoires concernant l’Iran -Contra dans les années 80 pour l’AP et dans Newsweek. Son dernier livre : « Secrecy & Priviliège : Rise of the Bush Dynasty from Watergate to Iraq » (« Secret et Privilège : l’Ascension de la Dynastie Bush du Watergate à l’Irak”) Il a aussi publié un livre en 1999 intitulé « Lost History : Contras, Cocaine, the Press & ’Project Truth. » (Histoire Perdue : Contras, Cocaine, la Presse et le Projet Verité »)

Source et Copyright
Traduction bénévole Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org
Publié sur :
http://www.planetenonviolence.org/A...

Sources Info Palestine

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