Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine 2ème partie

Publié le par Adriana Evangelizt

Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine

par  John J. Mearsheimer, Stephen M. Walt

2ème partie

1ère partie

Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine - John J. Mearsheimer, Stephen M. Walt (Traduit de l’américain par Nicolas Guilhot, Laure Manceau, Nadia Marzouki et Marc Saint-Upéry) - La Découverte, Paris, 2007 - 504 p., 20 € - Amazon


Pourquoi est-il si difficile d’évoquer le lobby pro-israélien ?

Dans la mesure où les États-Unis sont une démocratie pluraliste où la liberté d’expression et d’association est garantie, il fallait s’attendre à ce que des groupes d’intérêts finissent par dominer le processus de prise de décision politique.

Il était également inévitable que, dans cette nation d’immigrants, certains de ces groupes d’intérêts se formeraient selon des critères ethniques, et qu’ils tenteraient d’influencer la politique étrangère américaine de différentes manières .

Les Américains d’origine cubaine ont fait pression pour maintenir l’embargo sur le régime de Castro, ceux d’origine arménienne ont poussé Washington à reconnaître le génocide de 1915, et plus récemment à limiter les relations américaines avec l’Azerbaïdjan, et ceux d’origine indienne ont récemment exprimé leur soutien au récent traité sur la sécurité et aux accords sur la coopération nucléaire. De telles actions sont une caractéristique essentielle de la vie politique américaine depuis ses origines, et les évoquer suscite rarement la controverse .

Pourtant, il est manifestement moins facile de parler ouvertement du lobby pro-israélien. La raison réside en partie dans le lobby lui-même, à la fois soucieux d’afficher son influence et prompt à attaquer quiconque ose suggérer que cette influence est trop importante ou pourrait porter atteinte aux intérêts américains. Mais il en est d’autres.

Pour commencer, remettre en question les pratiques et le rôle du lobby pro-israélien semble signifier, pour certains, remettre en cause la légitimité d’Israël.

Dans la mesure où certains États dans le monde refusent de reconnaître l’existence d’Israël et où certains détracteurs d’Israël et du lobby mettent en question la légitimité de l’État hébreu, nombre de ses sympathisants peuvent tout à fait assimiler une critique même bien intentionnée à une contestation implicite de l’existence même d’Israël.

Israël laisse peu de gens indifférents et ce pays, qui a joué un rôle important de refuge pour les Juifs ayant fui l’Holocauste, constitue un élément important de l’identité juive contemporaine ; il est donc inévitable que les gens se mobilisent lorsqu’ils pensent que l’on conteste sa légitimité ou son existence même.

Mais analyser la politique israélienne et les efforts de ses sympathisants américains ne signifie pas qu’on est contre Israël, tout comme analyser l’action de l’American Association of Retired Persons (AARP – Association américaine des retraités) ne signifie pas qu’on est contre les personnes âgées. Nous ne contestons pas le droit à l’existence d’Israël, nous ne remettons pas en question la légitimité de l’État hébreu. Certains affirment qu’Israël n’aurait jamais dû être créé, ou souhaitent voir Israël passer du statut d’État juif à celui de démocratie binationale.

Nous ne faisons pas partie de ceux-là. Au contraire, nous pensons que l’histoire du peuple juif et le principe d’autodétermination nationale sont suffisants pour légitimer un État juif. Nous pensons que les États-Unis doivent être prêts à venir en aide à Israël si sa survie était en jeu.

Et, même si nous nous intéressons à l’influence négative du lobby pro-israélien sur la politique étrangère américaine, nous sommes également convaincus qu’il porte aussi préjudice à Israël, ce qui est tout aussi regrettable à nos yeux.

En outre, l’affirmation qu’un groupe d’intérêts essentiellement composé de Juifs a une influence importante – voir négative – sur la politique étrangère américaine suscitera à coup sûr le malaise – voire la crainte et la colère – d’un certain nombre d’Américains car elle ressemble à une accusation tout droit sortie des Protocoles des Sages de Sion, ce faux antisémite qui prétendait révéler l’existence d’un complot juif invisible et tout-puissant dont l’objectif était de contrôler le monde.

Aucun débat sur le pouvoir politique de la communauté juive ne peut avoir lieu sans que plane l’ombre de deux mille ans d’histoire, en particulier des siècles d’antisémitisme en Europe. Les chrétiens ont massacré des milliers de Juifs au cours des Croisades, les ont expulsés en masse de Grande- Bretagne, de France, d’Espagne, du Portugal et d’autres pays entre 1290 et 1497, et les ont confinés dans des ghettos dans d’autres parties d’Europe.

Les Juifs ont subi une violente répression pendant l’Inquisition, des pogroms meurtriers ont eu lieu en Europe de l’Est et en Russie à plusieurs reprises, et d’autres formes d’extrémisme antisémite étaient courantes jusqu’à il y a peu.

Cette histoire douloureuse atteint un sommet avec l’Holocauste nazi, qui a coûté la vie à presque six millions de Juifs. Les Juifs ont aussi – bien que moins durement –été persécutés dans diverses parties du monde arabe . Au vu de cette longue histoire de persécution, les Juifs américains sont, à juste titre, sensibles au moindre discours qui essaierait de les rendre responsables d’une politique qui tournerait mal.

Cette sensibilité se mêle au souvenir des théories du complot du genre de celle exposée dans les Protocoles des Sages de Sion. Les sinistres discours sur une secrète « influence juive » demeurent le fonds de commerce des néonazis et autres extrémistes, tels que l’ancien leader du Ku Klux Klan David Duke, ce qui ne fait que renforcer l’inquiétude des Juifs.

Parmi les éléments clés de telles accusations antisémites figure la thèse selon laquelle les Juifs exerceraient une influence souterraine en « contrôlant » les banques, les médias et d’autres grandes institutions. Ainsi, si quelqu’un dit que la presse américaine est plus favorable à Israël qu’à ses opposants, certains entendront le vieux refrain mensonger qui veut que « les Juifs contrôlent les médias ».

De la même façon, si quelqu’un relève que les Juifs américains ont pour coutume de donner aussi bien à des oeuvres de bienfaisance qu’à des organisations politiques, on le soupçonnera de laisser entendre que l’« argent juif » sert à acheter l’influence politique en sous main.

Bien entendu, quiconque fait un don à une campagne électorale agit pour soutenir une cause politique, et la quasi-totalité des groupes d’intérêts espèrent agir sur l’opinion publique et attirer l’attention des médias.

Évaluer les effets des contributions aux campagnes électorales, le travail de lobbying et les autres formes d’actions des groupes d’intérêts devrait constituer un exercice relativement courant et anodin, mais, étant donné le poids de l’antisémitisme par le passé, on peut comprendre pourquoi il est plus facile d’analyser l’influence du lobby pharmaceutique, des syndicats, des fabricants d’armes ou des Indiens-Américains, que celle du lobby pro-israélien. Ce qui rend le débat sur les groupes et personnalités pro-israéliens encore plus difficile est l’accusation séculaire de « double allégeance ».

Les Juifs de la Diaspora étaient soupçonnés d’être d’éternels étrangers incapables de s’intégrer et de devenir de bons patriotes parce qu’ils étaient jugés plus loyaux les uns envers les autres qu’à l’égard du pays dans lequel ils vivaient. La crainte des Juifs qui soutiennent aujourd’hui Israël est ainsi d’être considérés comme des Américains déloyaux.

Comme l’a souligné Hyman Bookbinder, l’ancien représentant à Washington de l’American Jewish Committee (AJC), « les Juifs réagissent de façon viscérale à l’idée qu’il y ait quelque chose d’antipatriotique » dans leur soutien à Israël.

Soyons clairs : nous rejetons de façon catégorique toutes ces thèses antisémites.

Selon nous, un Américain peut tout à fait légitimement se sentir profondément attaché à un pays étranger. En effet, les Américains ont le droit de détenir la double citoyenneté et de servir dans une armée étrangère –à moins, bien sûr, que le pays en question soit en guerre contre les États-Unis. Comme nous l’avons dit plus haut, de nombreux groupes ethniques ont déjà redoublé d’efforts pour persuader le gouvernement américain, ainsi que leurs compatriotes, de soutenir le pays étranger auquel ils sont profondément attachés.

Les gouvernements étrangers en question ont en général conscience des actions menées par ces groupes d’intérêts, et c’est tout naturellement qu’ils ont cherché à les utiliser pour influencer le gouvernement américain et atteindre ainsi leurs objectifs. Les Juifs américains ne sont pas différents de leurs compatriotes à cet égard .

Le lobby pro-israélien n’est ni une cabale ni un complot, ni rien de la sorte. C’est au contraire un groupe d’intérêts qui utilise de bonnes vieilles méthodes politiques. Les groupes pro-israéliens aux États-Unis ressemblent à cet égard à d’autres groupes d’intérêts tels que la National Rifle Association (NRA), l’AARP, ou des groupements professionnels comme l’American Petroleum Institute, qui eux non plus ne ménagent pas leurs efforts, la plupart du temps au grand jour, pour peser sur la législation et les choix présidentiels.

À quelques exceptions près, que nous aborderons dans les chapitres suivants, les actions du lobby sont tout ce qu’il y a de plus américain et de légitime. Nous ne croyons pas que le lobby soit tout-puissant, ni qu’il contrôle d’importantes institutions aux États-Unis.

Comme nous le verrons plus loin, il est arrivé plusieurs fois que le lobby n’obtienne pas gain de cause. Néanmoins, les preuves abondent de son influence considérable. L’AIPAC, l’un des groupes pro-israéliens les plus importants, vantait sa puissance sur son propre site internet, non seulement en dressant la liste de ses exploits, mais aussi en diffusant des citations d’éminents responsables politiques qui attestaient de sa capacité à influer sur les événements de façon à ce qu’ils profitent à Israël.

Par exemple, on pouvait lire une déclaration de l’ancien chef de l’opposition à la Chambre des représentants Richard Gephardt s’adressant à une assemblée de l’AIPAC : « Sans votre soutien de tous les instants […]et votre combat quotidien pour renforcer [les liens israélo-américains], il n’y aurait rien. »

Le professeur de droit à Harvard Alan Dershowitz, connu pour son franc-parler, souvent prompt à taxer les détracteurs d’Israël d’antisémitisme, a écrit que « [sa] génération de Juifs […] participait peut-être à l’effort le plus efficace de lobbying et de collecte de fonds de l’histoire de la démocratie. Vraiment, nous avons fait du beau travail, aussi loin que nous nous sommes permis, et que l’on nous a permis d’aller ».

J. J. Goldberg, rédacteur en chef de l’hebdomadaire juif Forward et auteur de Jewish Power : Inside the American Jewish Establishment, saisit toute la difficultéqu’il y a à parler du lobby : « Il semble que nous soyons forcés de choisir entre une mainmise juive totale et pernicieuse et une influence juive inexistante. »

En fait, remarque-t-il, « quelque part entre les deux existe une réalité dont personne ne veut parler, qui veut qu’il existe une entité qu’on appelle communauté juive, constituée d’un groupe d’organisations et de personnalités, et qui fait partie de la mêlée politique. Il n’y a rien de mal à jouer le jeu comme le font les autres ».

Entièrement d’accord. Mais nous pensons qu’il est juste et nécessaire d’examiner les conséquences que cette « mêlée » politique peut avoir sur l’Amérique et sur le monde.

Plan du livre

Pour cela, nous avons trois devoirs à remplir. Plus précisément, nous devons convaincre les lecteurs : que les États-Unis fournissent à Israël un soutien matériel et diplomatique hors du commun ; que l’influence du lobby en est la raison principale ; que ce soutien inconditionnel va à l’encontre de l’intérêt des États-Unis. Pour ce faire, nous procéderons comme suit.

Le chapitre 1 aborde de front la première question, en décrivant l’aide économique et militaire ainsi que le soutien diplomatique que les États-Unis apportent à Israël, en temps de guerre comme en temps de paix. Les chapitres suivants traitent eux aussi des différents éléments de la politique américaine au Moyen-Orient entièrement ou en partie conçus pour avantager Israël par rapport à ses rivaux.

Les chapitres 2 et 3 évaluent les principaux arguments invoqués en général pour justifier ou expliquer ce soutien exceptionnel. Cette évaluation critique est nécessaire pour des raisons méthodologiques : afin d’évaluer correctement l’influence du lobby pro-israélien, il nous faut examiner d’autres explications possibles à la « relation privilégiée » entre les deux pays.

Dans le chapitre 2, nous nous pencherons sur l’argument répandu qui veut qu’Israël mérite un soutien sans bornes parce qu’il constitue un atout stratégique précieux.

Nous démontrons que, bien qu’Israël ait été un atout au cours de la Guerre froide, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Apporter un tel soutien à Israël ne fait qu’aggraver la menace du terrorisme et complique la tâche des États-Unis au Moyen-Orient. Ce soutien inconditionnel perturbe également les relations qu’entretiennent les États-Unis avec un certain nombre d’autres pays dans le monde, ce qui s’avère politiquement coûteux pour les États-Unis.

Et pourtant, alors que son coût a augmenté et que ses bénéfices ont chuté, ce soutien continue d’augmenter. Cette situation suggère qu’un facteur autre que stratégique est à l’oeuvre.

Le chapitre 3 examine les différents arguments de type moral auxquels les Israéliens et leurs sympathisants américains ont souvent recours pour expliquer le soutien américain.

Nous y étudions en particulier la thèse selon laquelle les États-Unis soutiennent Israël parce que les deux États partagent certaines « valeurs démocratiques », parce que Israël est un David faible et vulnérable face à un puissant Goliath arabe, parce que son attitude a toujours été plus morale que celle de ses adversaires, ou parce que Israël a toujours recherché la paix lorsque ses voisins choisissaient la guerre.

Si cet examen est nécessaire, ce n’est pas parce que nous éprouvons une quelconque animosité vis-à-vis d’Israël ni parce que nous pensons que son attitude est pire que celle des autres États, mais parce que ces arguments d’ordre moral sont très souvent utilisés pour justifier l’exceptionnelle abondance de moyens que les États-Unis mettent en oeuvre pour aider Israël.

Nous arrivons à la conclusion que, même si l’existence d’Israël repose sur de solides bases morales, celles-ci ne suffisent pas à justifier un soutien de cette ampleur. Ce qui suggère à nouveau qu’un autre facteur est à l’oeuvre.

Après avoir établi que ni les intérêts stratégiques ni les arguments d’ordre moral ne pouvaient à eux seuls expliquer ce soutien, nous nous concentrons donc sur cet « autre facteur ». Le chapitre 4 identifie les différentes composantes du lobby et décrit comment cette coalition aux contours flous a évolué au fil du temps.

Nous mettons l’accent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un seul mouvement unifié, que ses différents éléments sont parfois en désaccord sur certaines questions, et qu’il comprend des Juifs comme des non-Juifs, ainsi que les « sionistes chrétiens ».

Nous évoquons également la dérive progressive vers la droite de certaines organisations importantes du lobby, qui deviennent de moins en moins représentatives d’une population au nom de laquelle elles prétendent souvent s’exprimer.

Dans ce chapitre, nous nous demandons également si les groupes arabes-américains, le soi-disant lobby pétrolier, ou les riches producteurs arabes de pétrole, ne forment pas un contrepoids important au lobby pro israélien, voire la véritable force agissante de la politique américaine au Moyen-Orient.

Par exemple, beaucoup de gens semblent croire que l’invasion de l’Irak avait surtout à voir avec le pétrole et que les intérêts des grands groupes pétroliers ont poussé les États-Unis à attaquer ce pays.

Ce n’est pourtant pas le cas : bien que l’accès au pétrole constitue bien évidemment un intérêt de poids, il existe de bonnes raisons de penser que les Arabes-Américains, les compagnies pétrolières et la famille royale saoudienne exercent beaucoup moins d’influence sur la politique étrangère américaine que le lobby pro-israélien.

Dans les chapitres 5 et 6, nous décrivons les différentes stratégies auxquelles les groupes du lobby ont recours pour promouvoir les intérêts d’Israël aux États-Unis. En plus des pressions directes exercées sur le Congrès, le lobby récompense – ou punit – les responsables politiques, grâce au levier que constitue le financement des campagnes électorales.

Les organisations du lobby exercent également des pressions sur l’administration en place de plusieurs manières, n’hésitant pas par exemple à utiliser ceux qui partagent leurs vues.

Le lobby n’a pas non plus ménagé ses efforts pour influencer le discours public sur Israël en faisant pression sur les médias et le milieu universitaire et en assurant sa présence au sein de puissants think tanks. Accuser les détracteurs d’Israël d’antisémitisme fait partie de ce travail auprès de l’opinion publique, tactique destinée à discréditer et marginaliser toute personne contestant la relation entre les deux pays.

Une fois ces tâches accomplies, la seconde partie du livre éclaire le rôle du lobby dans la définition de la politique américaine au Moyen-Orient. Notre argument – nous insistons sur ce point – n’est pas que le lobby est le seul facteur d’influence sur la prise de décisions dans ce domaine. Le lobby n’est pas tout-puissant, il n’obtient donc pas gain de cause à chaque fois.

Mais il est redoutablement efficace lorsqu’il s’agit d’orienter la politique américaine à l’égard Israël et de la région dans l’intérêt de l’État hébreu – et, croit-on, des États-Unis. Malheureusement, la politique qu’il a soutenue a porté un préjudice considérable aux intérêts américains mais aussi causé du tort à Israël.

Après une brève introduction pour planter le décor, le chapitre 7 montre que les États-Unis ont constamment soutenu les efforts d’Israël visant à réprimer ou limiter les aspirations nationales des Palestiniens. Même lorsque les présidents américains essaient de contraindre Israël à faire des concessions ou de se désolidariser de la politique israélienne – comme l’a tenté le président George W. Bush à plusieurs reprises depuis le 11 septembre 2001 –, le lobby intervient et les fait rentrer dans le rang.

Ce qui a eu pour résultats de ternir davantage l’image des États-Unis, de perpétuer la souffrance des deux côtés de la frontière israélo-palestinienne, et d’accentuer la radicalisation des Palestiniens. Et rien de tout ça n’est dans l’intérêt de l’Amérique ou d’Israël.

Dans le chapitre 8, nous démontrons que le lobby – et en particulier les néo conservateurs en son sein – est largement à l’origine de la décision de l’administration Bush d’envahir l’Irak en 2003. Certes – nous insistons sur ce point –, le lobby n’est pas seul à l’origine de cette guerre : les attaques du 11 septembre ont eu un impact certain sur la politique étrangère de l’administration Bush et sa volonté de faire tomber Saddam Hussein. Mais, sans le lobby, la guerre n’aurait sûrement pas eu lieu.

En somme, son influence fut une condition nécessaire mais non suffisante de cette entrée en guerre qui s’est révélée un désastre pour les États-Unis et une aubaine pour l’Iran – l’ennemi le plus sérieux d’Israël dans la région.

Le chapitre 9 décrit l’évolution de la difficile relation de l’Amérique avec le régime syrien et révèle comment le lobby a poussé Washington à prendre des mesures hostiles à la Syrie (y compris à brandir quelques menaces de changement de régime) lorsque cela correspondait au souhait du gouvernement israélien.

Certes, les États-Unis et la Syrie ne seraient certainement pas devenus des alliés dans l’hypothèse où certains groupes clés du lobby auraient été moins influents, mais les États-Unis auraient pu choisir une approche moins conflictuelle, voire envisager une coopération limitée, mais profitable, avec la Syrie.

En effet, sans le lobby, Israël et la Syrie auraient peut-être déjà signé des accords de paix, et Damas ne soutiendrait peut-être pas le Hezbollah au Liban, ce qui serait bénéfique pour les États-Unis comme pour l’État hébreu.

Dans le chapitre 10, nous étudions le rôle du lobby dans la politique américaine à l’égard de l’Iran. Washington et Téhéran entretiennent des relations houleuses depuis la révolution qui provoqua la chute du Shah en 1979, et Israël en est venu à considérer l’Iran comme son adversaire le plus dangereux, au vu de ses ambitions nucléaires et de son soutien à des groupes comme le Hezbollah.

Par conséquent, Israël et le lobby pro-israélien ont à plusieurs reprises poussé les États-Unis à s’en prendre à l’Iran et se sont employés à faire échouer plusieurs opportunités de détente.

Il en résulte malheureusement que les ambitions nucléaires de l’Iran ont pris de l’ampleur et que des éléments plus extrémistes du régime sont arrivés au pouvoir à Téhéran (comme l’actuel président Mahmoud Ahmadinejad), ce qui ne fait qu’aggraver une situation déjà tendue.

Le Liban est au coeur du chapitre 11, et nous employons à peu de chose près le même schéma que précédemment. Nous soutenons que la réponse d’Israël aux provocations injustifiées du Hezbollah au cours de l’été 2006 a été une erreur stratégique et un acte moralement condamnable ; pourtant, le lobby n’a pas laissé d’autre choix aux dirigeants américains que celui de soutenir fermement Israël.

Nous avons là une nouvelle illustration de son influence déplorable sur les intérêts américains et israéliens : en empêchant les responsables politiques américains de prendre du recul et de donner un avis honnête et critique à leurs homologues israéliens, le lobby a encouragé une politique qui a terni davantage encore l’image de l’Amérique, affaibli le gouvernement démocratiquement élu de Beyrouth, et renforcé le Hezbollah.

Le dernier chapitre explore divers moyens d’améliorer cette situation. Nous commençons par définir les intérêts fondamentaux de l’Amérique au Moyen-Orient, puis nous esquissons les grandes lignes d’une stratégie de « contrôle à distance » (offshore balancing) – susceptible de défendre plus efficacement nos intérêts. Nous ne demandons pas que les États-Unis se désolidarisent d’Israël – au contraire, nous approuvons pleinement l’engagement de notre pays à venir en aide à Israël s’il en allait de sa survie.

Mais nous considérons qu’il est temps de traiter Israël comme un pays normal et de conditionner l’aide américaine à la fin de l’occupation et au respect des intérêts américains. Pour accomplir cette volte-face, il faut affronter la puissance et l’agenda politiques du lobby ; il nous faudra donc quelques pistes pour faire en sorte que son influence soit plus bénéfique, tant pour les États-Unis que pour Israël.

Nos sources

Aucun auteur n’est une île, et les pages qui suivent doivent énormément à tous ceux, universitaires ou non, qui se sont penchés sur ces sujets avant nous. Tout d’abord, il existe une immense littérature académique sur les groupes d’intérêts qui nous a permis de comprendre comment des petits groupes aux objectifs ciblés pouvaient exercer une influence bien supérieure à leur poids dans la population.

Il existe également une littérature considérable sur l’impact des groupes ethniques sur la politique étrangère américaine, qui confirme que le lobby pro-israélien n’est pas le seul à agir comme il le fait, mais qu’il est bel et bien le seul à posséder un tel degré d’influence .

Un second ensemble d’ouvrages traitent du lobby lui-même. Nombreux sont les journalistes, universitaires et anciens responsables politiques à avoir écrit sur le lobby. Critiques ou non, ces ouvrages regorgent d’informations sur les manières dont le lobby s’est employé à influencer la politique étrangère américaine. Nous espérons que notre livre prolongera le chemin ouvert par ces pionniers .

Nous avons également tiré un immense profit d’autres études, trop nombreuses pour toutes les citer, qui traitent d’aspects particuliers de la politique américaine au Moyen-Orient, des relations israélo-américaines, ou de questions politiques bien précises.

Bien que certains de ces livres – tels que The Other Arab-Israeli Conflict : Making America’s Middle East Policy from Truman to Reagan de Steven Spiegel et Support Any Friend : Kennedy’s Middle East and the Making of the U.S.-Israel Alliance de Warren Bass – aient tendance à minimiser son influence, des ouvrages sérieux contiennent néanmoins une foule d’éléments sur le lobby et son influence grandissante .

Un dernier ensemble d’ouvrages nous ont considérablement aidés à réfléchir sur Israël, le lobby, et les liens qui unissent l’Amérique à l’État hébreu. S’appuyant sur de nombreux documents d’archives, les « nouveaux historiens » israéliens tels que Shlomo Ben Ami, Simha Flapan, Baruch Kimmerling, Benny Morris, Ilan Pappe, Tom Segev, Avi Shlaim et Zeev Sternhell ont, ces vingt dernières années, réexaminé l’histoire de la création d’Israëlet de la politique adoptée par la suite à l’égard des États voisins et des Palestiniens .

Des chercheurs non israéliens ont, eux aussi, contribué à rétablir la vérité historique 29. Ensemble, ils ont réfuté la version originelle et largement romancée de la création de l’État d’Israël, dans laquelle les Juifs ont généralement le beau rôle et les Arabes le mauvais.

De plus, ces ouvrages précisent bien qu’après avoir conquis son indépendance, Israël a adopté une attitude beaucoup plus agressive envers les Palestiniens et les autres peuples arabes qu’on ne le reconnaît en général.

Il existe un certain nombre de désaccords entre ces historiens, et nous ne sommes pas d’accord avec tous leurs arguments. Néanmoins, l’histoire qu’ils racontent ne présente pas seulement un intérêt académique.

On peut même dire qu’elle a de profondes conséquences sur la façon dont on peut considérer les raisons d’ordre moral justifiant le soutien à Israël plutôt qu’aux Palestiniens. Elle nous aide également à comprendre pourquoi tant de gens dans le monde arabo-musulman en veulent énormément aux États-Unis de soutenir Israël de manière aussi absolue et inconditionnelle.

Remarque sur nos sources

Il convient de faire une dernière remarque sur nos sources avant de commencer. Une grande partie de cette étude – et tout particulièrement sa seconde partie – traite d’événements récents ou dont l’issue demeure incertaine.

Étant donné que les documents officiels ne sont pas accessibles aux universitaires, il nous a fallu nous appuyer sur d’autres sources : journaux, magazines, livres, rapports d’organisations de défense des droits de l’homme, émissions de télévision et de radio, interviews menées par nos soins. Dans quelques cas, nous avons dû travailler sans un rapport complet des événements.

Bien que cela nous semble peu probable, certaines parties de notre livre devront être actualisées lorsque les documents officiels seront enfin disponibles.

Afin de nous assurer de la solidité de notre argumentation, nous avons pris soin d’étayer chaque point important par de multiples sources, ce qui explique la profusion de notes à la fin du livre. Nous nous sommes aussi considérablement appuyés sur des sources israéliennes telles que Ha’aretz et le Jerusalem Post, ainsi que sur les textes d’universitaires israéliens.

Des publications juives américaines telles que Forward et Jewish Week ont également constitué une source de renseignements indispensable. Non seulement ces sources contiennent des informations absentes des grands médias aux États-Unis mais, dans l’ensemble, il n’y avait guère de chances que ces journaux et ces revues approuvent nos thèses sur le lobby. Ce qui devrait rendre nos conclusions d’autant moins contestables.

Notre analyse s’ouvre sur une description du soutien matériel et diplomatique que les États-Unis fournissent à Israël. Le fait que l’Amérique apporte un soutien considérable à l’État hébreu n’est pas à proprement parler une découverte, mais les lecteurs pourront être surpris par l’ampleur et les formes de cette générosité.

Sources Oumma com

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans USA-ISRAËL

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