Une forte odeur de pétrole

Publié le par Adriana Evangelizt

Une forte odeur de pétrole

par Jacques Langlois

 

Après avoir été porté aux nues, Alan Greenspan, pendant près de vingt ans indéboulonnable gouverneur de la Banque fédérale américaine, la FED, et à ce titre tsar de l’économie états-unienne, est maintenant très critiqué, y compris à Washington où on lui impute l’éclatement de la “bulle immobilière” et ses conséquences dramatiques: la crise financière et demain sociale.

Faut-il attribuer le discrédit frappant actuellement “Magic Greenspan” à ses récentes déclarations sur l’agression de l’Irak, ou est-ce au contraire la rancœur d’être jeté aux chiens
par ceux-là mêmes qui l’encensaient naguère qui l’a incité à manger enfin le morceau?

Toujours est-il qu’interrogé le 16 septembre par le Sunday Times de Londres à l’occasion de la parution de ses Mémoires, Greenspan a martelé: “Je regrette d’avoir à reconnaître ce que tout le monde sait. La guerre contre l’Irak ne fut pas engagée pour neutraliser l’arsenal d’armes de destruction massive qu’était censé détenir ce pays, ni pour empêcher Saddam Hussein d’aider le terrorisme [prétextes avancés par Londres et Washington pour légitimer l’agression] mais uniquement pour mettre la main sur le pétrole.”

Venant de l’homme longtemps le plus puissant du monde, cette charge prend tout son sens alors que la même menace pèse sur l’Iran, lui aussi superpuissance pétrolière — et qui voudrait de surcroît prendre du champ par rapport au dollar comme unité de compte. Dans une correspondance de Washington, un autre hebdomadaire britannique, le conservateur Sunday Telegraph, affirmait en effet le même 16 septembre en citant “les chefs des services de renseignements et du ministère de la Défense” états-uniens que “George W. Bush et son premier cercle s’avancent sur le sentier de la guerre contre l’Iran”, dont “2 000 cibles à bombarder” ont déjà été déterminées. Tout indique, précisait le journal londonien, que “Condoleezza Rice, qui privilégiait une solution diplomatique, est maintenant prête à s’aligner sur le vice-président Dick en vue d’une action militaire” — qui s’exercerait d’abord sur la base méridionale de Fajr,
principal cantonnement des Gardiens de la Révolution — dont est issu le président Ahmadinejad.

Toujours selon le Sunday Telegraph, “le premier cercle de M. Bush a décidé que le président ne devait pas finir son mandat sans s’assurer d’abord que l’Iran est définitivement incapable de développer une arme nucléaire” — rappelons une fois de plus que Téhéran revendique simplement son droit à la maîtrise du nucléaire civil. “Une escalade” est donc prévue, avec de nouvelles justifications pour l’agression programmée: “Au cours des prochains mois, les Etats-Unis fabriqueront des tensions et des témoignages (the US will build tensions and evidence) autour des activités iraniennes en Irak” — activités que le général David Petraeus, commandant en chef en Irak, a déjà maintes fois dénoncées.

Mais s’agit-il là de raisons ou bien plutôt de prétextes, comme en 2002-2003? On ne sache pas en effet que l’Oncle Sam se soit beaucoup ému quand deux Etats de la région, Israël puis le Pakistan, se sont dotés de l’arme nucléaire, ni, plus récemment, devant les ingérences turques dans le nord de l’Irak. En revanche, on rappellera que Bush junior, ancien gouverneur du Texas, et son vice-président Dick Cheney sont très liés au lobby pétrolier états-unien, qui fut en 2000 comme en 2004 leur principal pourvoyeur de fonds électoraux. Que les deux bénéficiaires du pactole tiennent à exprimer leur gratitude est tout à leur honneur, mais la “communauté internationale” en général et la France — dont le représentant Bernard Kouchner
était le 21 septembre à Washington et le président le 25 à l’ONU, où il a plaidé pour le renforcement des sanctions contre Téhéran — en particulier ne sont nullement tenues de reprendre cette dette à leur compte, en interdisant par exemple à Total (1) tout investissement
en Iran, histoire de ne faire aucune ombre aux pétroliers d’outre-Atlantique.

Au fait, faut-il mettre à l’actif des “tensions” fabriquées par Washington l’assassinat, aussitôt imputé au front irano-syrien, du député phalangiste Antoine Ghanem? Certes, ce chrétien était un opposant farouche au clan al-Assad et son élimination le 19 septembre, à une semaine de l’élection présidentielle libanaise où il s’agissait de donner un successeur au prosyrien Emile Lahoud, semble servir les intérêts de Damas. Mais les choses sont-elles aussi simples? Le tardif aveu de Greenspan quant à la véritable — voire seule — raison de la guerre d’Irak incite à la prudence.

Sources R-sistons

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans HALLIBURTON

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