Poutine est un grand communicateur

Publié le par Adriana Evangelizt

Poutine est un grand communicateur

par Antoine Maurice

En visite à Téhéran le président russe y joue de la grande politique. Alors que le reste du monde est incertain et divisé sur la question des intentions nucléaires de l'Iran, et que les Etats-Unis menacent ce pays de bombardements, il tente de se positionner en surplomb, voire en médiateur.

Les Etats-Unis sont à la recherche d'un consensus au Conseil de sécurité pour aggraver les sanctions contre l'Iran, afin que le pays renonce de façon claire et contrôlée à toute poursuite d'un programme nucléaire militaire. Téhéran nie avec véhémence vouloir se doter de la bombe atomique.

Dans cette démarche au Conseil de sécurité, dont la partie diplomatique fut confiée aux Européens, Russie comprise, les Etats-Unis s'appuient sur le principe de non-prolifération nucléaire adossé à un traité particulièrement soutenu par les nations qui possèdent la bombe. Mais l'enlisement américain en Irak et le choeur antiguerre des nations européennes et asiatiques rendent la tâche de Washington difficile. Les menaces de bombardement émises par l'administration Bush, se heurtent à la défiante incrédulité de Téhéran.

Pour sa part, la Russie de Poutine entretient actuellement une forte tension diplomatique avec les Etats-Unis sur d'autres armements stratégiques: des missiles antibalistiques dont le déploiement est projeté par Washington en République tchèque et en Pologne. Les relations entre les deux gouvernements sont acrimonieuses. Récemment Poutine a fait lanterner 45 minutes les deux secrétaires d'Etat principaux de Bush avant de les recevoir

Bien que les relations régionales en Asie centrale soient également tendues - l'Iran exerce son influence sur certaines ex -républiques soviétiques naguère assujetties à Moscou - Poutine, joueur de poker quand il le faut, pense pouvoir abattre une carte importante par sa visite très médiatisée à Téhéran. L'idée serait de désamorcer l'hostilité américaine et les menaces de sanctions ou de bombardement en obtenant du pouvoir iranien qu'il se plie davantage aux contrôles internationaux de l'AIEA, destinés à prévenir le passage de l'industrie du nucléaire civil au militaire.

Du même coup, M. Poutine recadrerait les prétentions nucléaires iraniennes en offrant au pouvoir iranien de rompre son isolement international et en lui reconnaissant une place de choix dans la gestion des riverains de la mer Caspienne.

A première vue le calcul est en passe de réussir. Sur le fond rien n'aura vraiment changé: l'Iran poursuivra ses menées secrètes, le propre du nucléaire militaire est toujours d'être entouré d'un halo de mystère et de bluff.

Les Etats-Unis et les alliés occidentaux ne désarmeront pas leurs préventions vis-à-vis de l'Iran, mais ils pourront moins encore que par le passé soutenir la menace du bombardement. Sauf sursaut des néo-conservateurs qui ont inspiré la politique orientale de George W. Bush, Washington attendra le prochain président pour traiter le problème iranien. Rien n'aura changé, mais le président Poutine aura engrangé un beau succès de prestige, peut-être est-ce là son objectif principal.

Sources
La Tribune de Genève

Posté par Adriana Evangelizt

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