Pétrole, Israël et USA : les causes fondamentales de la crise iranienne

Publié le par Adriana Evangelizt

Incompréhension américaine de l’Orient compliqué, adoption de la position de Tel Aviv due aux pressions du lobby pro-israélien, diplomatie surdéterminée par la volonté de contrôler les ressources énergétiques. Voila, pour Scott Ritter, les véritables raisons du conflit.

Pétrole, Israël et USA : les causes fondamentales de la crise iranienne

Par Scott Ritter

 Britannica Blog, traduction Contre Info

 


Nous ne sommes pas à court d’exemples historiques des frictions entre l’Iran et les USA pour illustrer la genèse du niveau de tension atteint aujourd’hui.

On peut citer la Révolution Islamique qui a mis sur la touche Reza Shah Palavi, l’allié fidèle des USA ; la période qui a suivi, où la « révolution » a été exportée ; l’occupation de l’ambassade des USA et la prise d’ otages ( et l’échec de la mission pour les secourir ) ; l’utilisation par l’Iran de ses alliés pour se confronter à l’intervention de l’armée américaine au Liban, y compris l’attaque contre une caserne de Marines et de l’ambassade US ; le soutien américain à Saddam Hussein durant les 8 années de guerre entre l’Iran et l’Irak ; le conflit aigu entre l’Iran et les USA à la fin des années 1980 ou le soutien actuel de l’Iran au Hezbollah au Liban. Cette liste pourrait s’allonger.

A l’exception de la situation actuelle au Liban, la plupart de ces points de tensions appartiennent au passé, sur près de trois décennie. Lorsque l’on examine les causes fondamentales de ces confrontations, nous comprenons qu’il n’existe pas de relations causales simples - de situations en noir et blanc - ou l’Iran serait dans le camp des fauteurs de troubles.

L’animosité initiale entre la République Islamique d’Iran et les USA vient en grande partie du ressentiment éprouvé par la plupart des iraniens pour le soutien des USA à un régime brutal et répressif. Ce ressentiment, couplé à l’approche sans compromis adoptée par les USA pour le maintien de relations cordiales avec l’Iran après le Shah, s’est manifesté par l’accroissement des activités anti-américaines en Iran, qui en retour ont durci la position du gouvernement américain contre l’Iran. Ce qui a enclenché un cycle d’éloignement conduisant en dernier lieu à l’arrêt des relations diplomatiques entre les deux nations.

L’animosité entre les USA et l’Iran a été encore plus exacerbée par le soutien des USA à Saddam Hussein durant la guerre sanglante qui a opposé durant 8 ans l’Iran et l’Irak. Ce soutien, qui a entraîné l’armée américaine dans une confrontation armée directe avec l’Iran, au moment où les tankers koweitiens naviguaient sous pavillon US, a créé les conditions menant au double « containment » de l’Irak et de l’Iran depuis 1991, à la suite de la première guerre du Golfe.

Ce double « containment » résultait plus d’une absence de volonté politique des USA et de l’Iran que d’un vrai choix politique. Le résultat, ou plutôt l’absence de tout résultat tangible de cette attitude, a créé les conditions pour une « réorientation politique » qui a conduit en 1998 à l’adoption de l’objectif d’un changement de régime en Irak, puis à l’adoption de stratégies de sécurité nationales inspirées par l’idéologie, qui ont élargi la politique de changement de régime pour y inclure l’Iran.

Ces choix politiques ont eu lieu dans l’atmosphère appauvrie d’un environnement de réalité virtuelle. Ils furent plus bâtis à partir des préoccupations de politique intérieure américaine, construits sur des erreurs de jugement et d’une mécompréhension, que sur une analyse solide, factuelle, de la véritable réalité de la situation en Iran.

C’est à cause de ce manque de curiosité intellectuelle systématique en ce qui concerne l’Iran, que de nombreux américains, y compris les media, en sont réduit à se chercher un modèle de comportement à partir d’évènements vieux de plus de 20 ans.

Le programme nucléaire iranien, loin d’être la cause fondamentale de l’animosité entre l’Iran et les USA, n’est qu’un facilitateur pour ceux qui sont décidés à accepter pour argent comptant tout ce qui dépeint l’Iran de façon négative. On peut en dire autant pratiquement de tous les efforts entrepris par le gouvernement depuis 1998 en ce qui concerne l’Iran.

L’une des impulsions majeures alimentant cette tendance à un négativisme rhétorique au sujet de l’Iran provient de l’influence sur les décisions dans le domaine de la sécurité nationale des USA exercée par le gouvernement d’Israël et par les éléments - tant au gouvernement qu’a l’extérieur de celui-ci - qui font du lobbying au profit d’Israël.

Depuis plus de dix ans, Israël a désigné l’Iran comme la menace la plus grave pour sa sécurité nationale, et a exercé un lobbying intensif pour que les USA adoptent une position similaire.

La préoccupation américaine pour l’Irak de Saddam Hussein durant les années 1990 jusqu’à 2003 interdisait un tel changement de politique. Mais bien que la détérioration de la situation en Irak depuis l’invasion et l’occupation de mars 2003 ait dominé l’agenda des questions de sécurité, l’élimination de Saddam Hussein et les résultats peu satisfaisants dans la poursuite des organisateurs des attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont créé un vide dans le modèle des menaces promu par ceux qui déterminent la politique américaine.

Ainsi, depuis 2004, Israël a remporté des succès dans la pression exercée sur la politique américaine vis-à-vis de l’Iran pour la rapprocher de celle d’Israël, obtenant que l’Iran soit caractérisé comme une nation ayant l’ambition d’obtenir l’arme nucléaire, comme un état finançant le terrorisme, pourvu d’un gouvernement fondamentalement incompatible avec la paix et la stabilité régionale.

Les conceptions israéliennes sur l’Iran sont motivées par deux facteurs principaux :

1) une « tolérance zéro » devant l’acquisition d’armes nucléaires par une nation considérées comme une menace, qu’elle soit potentielle ou réelle, qui est si stricte que même les programmes nucléaires aux fins de production d’électricité autorisés au titre du Traité de Non Prolifération nucléaire sont considérés comme inacceptables.

2) Une incapacité à résoudre diplomatiquement la question de la présence du Hezbollah à sa frontière nord.

La position israélienne en regard du programme nucléaire iranien et le soutien inconditionnel des USA à cette position réduisent à rien les chances d’une diplomatie intelligente en la matière, dans la mesure où la diplomatie se base - au moins formellement - sur la loi tel qu’elle est définie par les traités et les accords. Mais c’est une réalité qu’Israël refuse de reconnaître comme légitime en ce qui concerne les ambitions nucléaires de l’Iran. Le Hezbollah a compliqué le problème étant donné :

1) qu’il reçoit un soutien financier et matériel considérable de l’Iran

2) qu’il a démontré sa capacité à contrecarrer la prestigieuse machine militaire israélienne sur le champ de bataille. C’est un sentiment national exacerbé [1] , plus que de légitimes préoccupations de sécurité, qui sous-tend la position intransigeante d’Israël face au Hezbollah, ce qui à son tour influence la position américaine selon laquelle l’Iran est un état qui finance le terrorisme, même s’il y a bien peu de preuves concrètes produites à l’appui de telles déclarations, en dehors de ce statut de principal soutien du Hezbollah qui est celui de l’Iran.

Mais le facteur clé dans les causes fondamentales du conflit entre l’Iran et les USA, c’est l’énergie. En clair, il s’agit du statut de l’Iran dans ce secteur, celui de producteur majeur de gaz et de pétrole.

Les USA mettent depuis un certain temps l’accent sur le rôle joué par le pétrole et le gaz du Moyen Orient et de l’Asie Centrale lorsqu’il s’agit d’évaluer les tendances futures du développement économique. Pour une économie dépendant des énergies fossiles, les ressources énergétiques sont devenues l’un des facteurs essentiels qui détermineront quelle nation ou groupe de nations seront à même de dominer, non seulement économiquement, mais aussi politiquement et militairement.

Dans l’ « équation de puissance » qui entre en ligne de compte dans la définition de la politique de sécurité nationale des USA, les carburants fossiles jouent un rôle majeur. L’intérêt qu’ont les USA à la domination du Moyen Orient est motivé presque exclusivement par les ressources énergétiques de cette région.

La position de l’Iran est rendue encore plus sensible par le fait que le pétrole et le gaz iranien représentent une part critique pour le développement des deux économies qui croissent le plus au monde : l’Inde et la Chine.

En augmentant son contrôle sur la production énergétique iranienne, ainsi que sur les principaux producteurs du Moyen Orient et de l’Asie Centrale, les USA se mettent en mesure de contrôler le rythme de développement économique de la Chine et de l’Inde. C’est là un levier jugé vital pour la sécurité nationale des USA dans ses relations avec ces deux nations et le reste du monde.

En résumé, il y a de nombreux facteurs qui entrent dans cette catégorie des « causes fondamentales » de l’animosité régnant entre l’Iran et les USA. Mais en réalité, toutes les causes de conflits entre les deux nations pourraient être résolues sans trop de difficulté par une diplomatie réaliste [2], sauf deux :

L’hostilité sans faille d’Israël envers l’Iran et la dépendance des USA aux ressources mondiales d’énergie.

Ces deux facteurs garantissent que les tensions entre l’Iran et les USA vont se poursuivre dans le futur, et placent nettement la responsabilité quant à ces tensions du côté américain.

Scott Ritter est un ex Marine. Il a dirigé les équipes d’inspecteurs de l’ONU en Irak en de 1991 à 1998.

publication originale Britannica Blog, traduction Contre Info

[1] Ndt : « hubris » dans le texte

[2] Ndt : « viable » dans le texte

Sources Contre Info

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans IRAN ISRAEL

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