Les "chiens de guerre" de Blackwater haïs à Bagdad

Publié le par Adriana Evangelizt

Les "chiens de guerre" de Blackwater haïs à Bagdad

Le gouvernement de Nouri Al-Maliki a annoncé, mardi 18 septembre, qu’il allait "reconsidérer", en "conformité avec la loi", les activités de toutes les sociétés de sécurité, étrangères et locales, opérant en Irak. Cette décision "est la conséquence de l’agression haineuse des employés de [la firme américaine] Blackwater contre des citoyens irakiens, qui a provoqué la mort de nombreux civils innocents", a dit le porte-parole de M. Maliki, Ali Al-Dabbagh. "Le ministère de l’intérieur mène son enquête, dont les conclusions seront transmises à la justice d’ici un ou deux jours", a par ailleurs indiqué le porte-parole du ministère, le général Abdel Karim Khalaf.

Les faits imputés à Blackwater relèvent de la justice irakienne a en outre estimé, mardi, un membre de la Cour suprême de justice irakienne. "Le crime a été commis sur le territoire irakien, la justice irakienne peut lancer des poursuites contre Blackwater", a expliqué le juge Bairaqdar. "Les victimes ont le droit de porter plainte auprès de la justice irakienne", et "la justice irakienne donnera suite à ces plaintes", a-t-il souligné. La fusillade, ayant impliqué des gardes du corps de la société Blackwater escortant un convoi diplomatique américain, a coûté la vie à dix personnes, dont neuf civils, dimanche à Bagdad.

La Maison Blanche embarrassée

La société Blackwater, considérée comme une référence dans le secteur de la sécurité privée, a affirmé, mardi, que ses agents "ont agi de manière légale et appropriée en réponse à une attaque hostile". "Blackwater regrette les pertes humaines, mais ce convoi a fait l’objet d’une violente attaque de la part d’insurgés armés, pas de civils", selon un communiqué, diffusé par la chaîne américaine CNN.

Aux Etats-Unis, la situation embarrasse la Maison Blanche. Une porte-parole s’est contentée de dire "au nom de l’administration, nous regrettons profondément la mort de tout innocent", sans aborder la question du droit qu’a ou non le gouvernement irakien d’interdire à Blackwater d’opérer. Cette question relèverait, selon elle, du département d’Etat.

Bryan Whitman, porte-parole du Pentagone, n’a pas été en mesure de dire le nombre exact de membres du personnel de sécurité disposant d’un contrat avec l’armée américaine en Irak, ni quel était leur rôle. Cependant, il a assuré que ces employés jouaient "un rôle vital dans bien des structures en Irak". L’attaché de presse du Pentagone, Geoff Morrell, a affirmé, pour sa part, que le secrétaire à la défense, Robert Gates, souhaitait savoir "dans quelle mesure nous dépendons des gardes privés et armés, ce qu’ils font pour nous, et quelles sont leurs règles d’ouverture du feu, les contraintes auxquelles ils sont soumis".

"Le droit de tuer sur simple suspicion"

A Bagdad, les habitants affichent sans retenue leur haine pour les employés des entreprises privées de sécurité étrangères, qu’ils voudraient voir "expulser" au plus vite de leur pays. "Des chiens de guerre enragés qui tuent des innocents dans la rue", s’emporte Hamid Hussein, un retraité de 60 ans, assis devant sa maison. Ces mercenaires d’un nouveau genre, circulant à tombeau ouvert en convois blindés surarmés dans les rues de la capitale, "ont le droit de tuer sur une simple suspicion", accuse Abou Ahmed, un fonctionnaire de 37 ans. "Ils sont les maîtres et nous sommes devenus des étrangers dans notre propre pays", lâche-t-il plein de rancœur. "Ce sont des occupants, ils sont comme les militaires américains et se comportent de la même manière", renchérit Mohammed Abdallah, chômeur de 32 ans, originaire du quartier de Mansour, où a eu lieu l’incident.

Les Bagdadis redoutent le passage dans leurs rues de ces convois de blindés ou de lourds 4X4 aux vitres noires fumées. Réputés pour leur brutalité, ils n’hésitent pas à ouvrir le feu indistinctement en direction des véhicules ou des piétons approchant imprudemment de leurs convois. Les gardes de Blackwater en particulier sont connus pour lancer des grenades assourdissantes pour contraindre à l’arrêt les automobilistes distraits ou inconscients qui ignoreraient leurs injonctions.

Surnommés "les Mossad"

"Allez voir sur Internet ! Vous verrez plein d’images des forfaits de ces chiens d’Américains", souligne Ahmad, en référence à la multitude de vidéos mises en ligne qui montrent des gardes de ces sociétés ouvrant le feu en pleine rue pour stopper des véhicules civils. "Ils ne respectent pas les Irakiens, ils percutent les voitures et tirent sur quiconque les approche", raconte un policier chargé de la circulation sur un rond-point dans le centre de Bagdad. "Mais nous ne pouvons rien faire face à eux, même le gouvernement irakien ne peut les empêcher d’agir comme des barbares", enrage un soldat, kalachnikov en bandoulière.

Entre trente mille et cinquante mille mercenaires, qui aiment à se désigner sous l’acronyme de "PSD" (Private Security Detail) constituent la deuxième armée étrangère en Irak, après les troupes américaines. De nombreux Bagdadis les surnomment plus simplement les "Mossad", du nom des services secrets israéliens, exprimant ainsi leur vindicte envers l’Etat d’Israël et son allié américain.

Le Monde

Les mercenaires américains décriés après une tuerie à Bagdad

Le gouvernement a demandé à la société Blackwater* de suspendre ses activités et entend revoir le statut des autres firmes privées, dont les employés bénéficient d’une totale immunité.

« Nos professionnels défendent de manière héroïque les vies américaines dans les zones de guerre. » Anne Tyrrell, porte-parole de la société Blackwater USA, a les idées claires : les quelque 1200 combattants privés qui travaillent en Irak pour cette compagnie basée en Caroline du Nord n’ont rien à se reprocher. Mais ce n’est pas l’avis du gouvernement irakien : il a ordonné à Blackwater de « suspendre » immédiatement ses activités. Dans la foulée, c’est le statut de toutes les firmes privées de sécurité que les autorités de Bagdad ont promis de revoir.

La fusillade a eu lieu dimanche, dans un quartier sunnite de Bagdad. Pris pour cible alors qu’ils escortaient un convoi officiel du Département d’Etat, les hommes de Blackwater (pour la plupart d’anciens militaires d’élite américains) ont ouvert le feu, semble-t-il, de manière indiscriminée. Bilan : au moins 8 passants irakiens tués, peut-être 20 selon des sources irakiennes, et des dizaines de blessés. « Les « civils » en question étaient en fait des ennemis armés, justifie cependant Anne Tyrrell. Et le personnel de Blackwater n’a fait que se défendre. »

Pour être la plus importante, Blackwater n’est pas la seule compagnie de « mercenaires » à agir dans les rues irakiennes. Officiellement, on estime qu’ils seraient quelque 30000 gardes puissamment armés, principalement des Américains, mais aussi des Britanniques ou des ressortissants des Balkans. Mais pour d’autres, à l’instar de Jeremy Scahill, qui a consacré un livre à la question*, leur nombre serait en réalité supérieur à 70000. « Ces hommes sont vraiment la garde prétorienne de l’occupation en Irak. C’est une révolution incroyable dans la conduite des guerres américaines », écrit-il. A ce nombre s’ajoutent encore des dizaines de milliers d’autres personnes travaillant pour ces firmes à tous les échelons de la guerre. Sur son site internet (qui est à présent fermé), Blackwater détaillait jusqu’à récemment les postes de travail offerts : « Spécialistes de la sécurité personnelle », certes, mais aussi ingénieurs, techniciens ou médecins.

La semaine dernière, l’ambassadeur américain Ryan Crocker a loué devant le Congrès la société Blackwater en justifiant les centaines de millions de dollars qu’elle a coûtés aux contribuables américains. Sans ce type de firmes, jugeait-il, le gouvernement américain ne serait pas à même de mener ses opérations en Irak.

Blackwater, qui possède en Caroline du Nord un terrain d’entraînement de quelque 30 km², a été fondée par un ancien membre des commandos d’élite de l’US Navy, Erik Prince. Suite à la décision de l’administration Bush de privatiser une partie des activités de l’armée, elle a déjà été envoyée dans La Nouvelle-Orléans à la suite du passage du cyclone Katrina, ou aidé les forces de sécurité à développer des stratégies lors d’éventuelles tueries sur des campus. En Irak, elle dispose d’un puissant arsenal, de véhicules blindés et d’hélicoptères afin de garantir notamment la sécurité des officiels américains.

C’est l’un de ces officiels, Paul Bremer, qui avait édicté en 2004 l’Ordre 17, un décret garantissant aux membres de ces entreprises une immunité totale en regard de la loi irakienne. Aussi bien pour des questions criminelles que civiles ou administratives, ces personnes n’ont à répondre que devant les autorités de leur pays, stipule le décret.

Alors que l’administration Bush multiplie les appels au premier ministre Nouri al-Maliki pour que les Irakiens commencent à prendre leur destin en main, la présence de ces gardes armés, ni tout à fait civils ni tout à fait militaires, risque d’apparaître de plus en plus problématique sur le chemin de la souveraineté de l’Irak. Sur CNN, pourtant, le porte-parole du gouvernement irakien se voulait conciliant mardi : « Nous devons protéger la population. Mais nous comprenons aussi le besoin de protéger les étrangers et les dignitaires. » Peu avant, il est vrai, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice avait pris son téléphone. Elle avait promis aux Irakiens une « enquête transparente » et avait demandé au premier ministre de revenir sur sa décision.

* Blackwater : The Rise of the World’s Most Powerful Mercenary Army

Sources Info Palestine

Posté par Adriana Evangelizt

Commenter cet article

Kormin 29/10/2007 17:48

Par Kim Curtis AP - il y a 1 heure 11 minutes
RAMADI, Irak - Il y a encore un an, les soldats américains enfonçaient les portes des maisons de Ramadi, traquant les insurgés quartier par quartier pour tenter de sécuriser cette ville du centre de l'Irak. Aujourd'hui, l'heure est à la reconstruction et au retour à la paix dans l'ancien bastion rebelle, où les GI sont désormais conviés à déjeuner chez les notables.



A Ramadi, ce n'est plus la crainte des attentats et des bombardements qui occupe les esprits mais la reconstruction de la ville, située à 110 km à l'ouest de Bagdad. Les soldats américains ont endossé le rôle d'urbanistes, de gestionnaires des relations entre communautés et d'acteurs politiques.
"Nous sommes venus ici avec un état d'esprit très conventionnel, nous ne nous attendions pas à cela", avoue le capitaine Brian Cillessen, responsable d'une unité de 150 Marines à Ramadi. L'officier et ses hommes conduisent un recensement, enregistrent les armes, réparent les égouts, veillent à ce que les prix du combustible pour la cuisine et le chauffage restent raisonnables, approuvent des contrats pour la construction d'écoles ou de parkings, et, peut-être le plus important, entretiennent des relations avec les policiers et citoyens irakiens.
La violence dans la province troublée d'Anbar, où se trouve Ramadi, est loin d'être terminée, mais elle reflue. Depuis le début de l'année 135 soldats de la coalition américaine y ont été tués, soit 16% des pertes militaires en Irak, selon des statistiques compilées par l'agence Associated Press. Entre 2004 et 2006, ce chiffre s'élevait en moyenne à 345 par an (41% des pertes).
Cette amélioration, même si tout est loin d'être rose, s'explique par une plus grande confiance entre la population et les GI, cultivée à coups de poignées de mains, et de moments partagés autour de repas et de tasses de thé. L'an dernier pourtant, les responsables du renseignement des Marines considéraient la province d'Anbar comme perdue. "La situation sociale et politique s'est détériorée au point" que les soldats américains et irakiens "ne sont plus capables de vaincre militairement l'insurrection", affirmait l'un d'eux dans un rapport d'août 2006.
Les insurgés sunnites étaient si bien implantés dans la région que l'Etat islamique d'Irak, une organisation liée à Al-Qaïda, avait revendiqué Ramadi comme sa capitale. "Ces types étaient sans pitié", déclare le colonel John Charlton, commandant des forces américaines à Ramadi. "Ils venaient, coupaient la tête de jeunes hommes et traînaient leur cadavre dans la rue."
Un tournant important a été pris avec la création l'an dernier du Conseil de l'éveil de l'Anbar par le cheikh Abdul Sattar Abou Risha, une personnalité charismatique qui a uni des dizaines de tribus sunnites contre Al-Qaïda. Excédé par la violence et désireux de se venger d'Al-Qaïda, qui a tué dix membres de sa famille, Abou Risha a persuadé de nombreux habitants de rejoindre la force de police.
On compte aujourd'hui 8.000 policiers et 14 postes de police à Ramadi, selon l'armée américaine, contre moins de 200 policiers au printemps 2006. "Al-Qaïda a perdu sa capitale", affirme le colonel Charlton. "Nous avons en quelque sorte construit une communauté fermée à partir d'une ville de 300.000 personnes."
Al-Qaïda a répliqué en tuant Abou Risha dans un attentat le mois dernier mais sa mort n'a pas affaibli le processus de normalisation en cours. A Ramadi, des commerces vendent de la viande, des fruits, des vêtements, des bonbons et des cigarettes à côté de bâtiments en ruines. Des employés nettoient les rues, ramassent les ordures et réparent les lignes électriques tandis que des policiers en uniforme règlent la circulation. La ville bouillonne de vie du matin au soir.
Les attaques, dont celles perpétrées avec des armes légères et des engins explosifs, sont passées d'une trentaine par jour en janvier à moins d'une par jour en moyenne, selon l'armée américaine. Cette année, seulement quatre incidents ont été recensés dans la zone pendant le mois du ramadan, au lieu de 442 en 2006. AP