Comment Poutine peut rester président après 2008

Publié le par Adriana Evangelizt

Comment Poutine peut rester président après 2008

Mikhaïl Baskov, Natalia Alexandrova (extraits)

Novoïé Vremia



A ceux qui pensent que le chef du Kremlin quittera son poste à l'issue de son deuxième mandat présidentiel, comme l'exige la Constitution, le site de l'hebdomadaire moscovite Novoïé Vremia apporte un démenti qui ne manque pas d'arguments... Le "plan Poutine" est en route.

La semaine dernière, le mythe d'un troisième mandat consécutif de Vladimir Poutine a cessé d'être un mythe. Dans de nombreuses villes russes, des manifestations de soutien au président ont rassemblé plusieurs milliers de personnes réclamant qu'il reste au pouvoir. Ils étaient ainsi 5 500 à défiler au Kamtchatka le 23 octobre, plus de 30 000 en Tchétchénie et plus de 10 000 à Tver le 24, plus de 2 000 à Novy Ourengoï le 25. Ailleurs encore, des manifestations du même genre se préparent activement. Tout porte à croire que ce n'est là que le début d'une grande campagne nationale visant à montrer tout l'amour que la population porte au président. Cette campagne a débuté le 18 octobre, durant les trois heures qu'a duré l'échange télévisé entre Poutine et les citoyens [qui lui adressaient leurs questions]. D'après les informations dont nous disposons, la Constitution pourrait être bientôt modifiée, et ces changements concerneraient le nombre et la durée des mandats présidentiels.

La manière la plus simple de permettre à Poutine de demeurer à son poste se décompose en trois étapes : d'abord, déposer un projet de loi constitutionnelle fédérale. Plusieurs personnes peuvent proposer un amendement afin de changer le chapitre IV de la Constitution, celui qui concerne le président de la Fédération de Russie. Il s'agit de Vladimir Poutine, le président, de Sergueï Mironov, le président du Conseil de la Fédération [Sénat], et de Boris Gryzlov, le président de la Douma [Assemblée nationale]. La deuxième étape serait de faire adopter cette loi par l'Assemblée fédérale [Douma et Conseil de la Fédération] ou les Parlements d'au moins deux tiers des sujets de la Fédération [entités administratives, au nombre de 85]. Enfin, il faudrait que la loi constitutionnelle ainsi adoptée soit approuvée par les régions. Et le tour serait joué.

Si Boris Gryzlov osait contrarier Vladimir Poutine (qui s'est toujours montré farouchement opposé à l'éventualité d'une modification de la Constitution pour son bénéfice personnel) et proposait, en tant que président de la Douma, un projet de loi constitutionnelle fédérale au Conseil de la Fédération, il est fort probable que Sergueï Mironov soutiendrait son initiative et aurait lui aussi le courage de passer outre la colère du président. Et d'où lui viendrait ce courage ? De la vox populi, évidemment, puisqu'elle est la vox Dei. Et même le président de l'Etat russe est obligé d'en tenir compte, car, dans la hiérarchie, il est au-dessous de Dieu. Et, d'ailleurs, il ne dispose pas de sa personne : il appartient au peuple.

C'est pour cette raison que se succèdent des manifestations citoyennes parfaitement organisées protestant contre le départ de Poutine. L'apogée de cette vaste campagne devrait être la victoire écrasante du parti du "plan Poutine", Russie unie, lors des législatives de décembre. Le tandem "victoire de Poutine – victoire de Russie unie" sera forcément gagnant. Les politologues du Kremlin ont déjà qualifié ces législatives de référendum de soutien à la politique de Poutine, et c'est une manœuvre très habile dès lors qu'il s'agit de préparer l'opinion publique à un revirement complet. Ce sera désormais un jeu d'enfant pour notre propagande hautement professionnelle de persuader les Russes qu'il est indispensable et inévitable d'en arriver à modifier la Constitution. Ce n'est plus qu'une question de semaines.

Sources Courrier International

Posté par Adriana Evangelizt

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