La revanche russe

Publié le par Adriana Evangelizt

La revanche russe

par Tahar SELMI


La visite de Vladimir Poutine à Téhéran —la première qu’un Chef d’Etat russe effectue au pays des mollahs depuis Staline, en 1943— a été vivement critiquée par les pays occidentaux, voire assimilée à une dangereuse «trahison». George Walker Bush a laissé profiler l’ombre d’une troisième guerre mondiale. Ehud Olmert a couru ventre à terre vers Moscou demander des éclaircissements. Et Tzipi Livni s’envolera sous peu vers Pékin, si ce n’est déjà fait, en quête d’un appui au camp occidental. L’Occident avait même fait courir, à la veille de cette visite, pour la torpiller, une folle rumeur visant l’assassinat du Chef du Kremlin. Un formidable tintamarre qui en dit long sur l’acuité du différend qui oppose désormais ouvertement l’Occident à la Russie sur le nucléaire iranien.


Le courroux occidental est d’autant plus vif que la rencontre de Téhéran, tenue dans le cadre de la réunion du club des cinq pays limitrophes de la Caspienne, a brisé l’isolement international de l’Iran et lui a prêté main-forte dans le domaine sécuritaire. Dans leur déclaration finale, les «Cinq» (Iran, Russie, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Turkménistan) ont ainsi prévenu que «sous aucune circonstance», ils ne laisseront d’autres nations «utiliser leur territoire pour lancer une agression ou toute autre action militaire» contre un pays de la région. A l’heure des rumeurs pressantes de plan américain d’attaque, et de l’utilisation possible par Washington de l’Azerbaïdjan comme base d’une éventuelle action contre l’Iran, le pays de Omar al-Kayam et de Khawarizmi ne pouvait rêver mieux.


Autre bonne nouvelle pour Téhéran: un soutien unanime lui a été assuré sur le dossier nucléaire : «Tout pays signataire du Traité de non-prolifération (TNP) peut mener des recherches et utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques sans discrimination», ont souligné les «Cinq». Ces derniers ont saisi cette occasion pour adresser une autre mise-en-garde à peine voilée à Washington pour les efforts qu’il déploie en vue d’acheminer des hydrocarbures d’Asie centrale et de la Caspienne en contournant le territoire russe : «Les projets qui pourraient infliger de graves dommages environnementaux à la région ne peuvent être mis en œuvre avant une discussion préalable avec l’ensemble des cinq pays de la Caspienne», ont-il prévenu.


L’homme fort de Russie, qui a invité Néjad à Moscou et coupé la route de la Caspienne aux Etats-Unis, prend ainsi sa revanche sur un Occident trop envahissant, dont l’avancée rampante et inexorable encercle déjà le plus clair du territoire russe. Depuis la dislocation de l’URSS, il y a 16 ans, la Russie, héritière de l’Union Soviétique, a, en effet, avalé de bien grosses couleuvres. Elle a pratiquement perdu tous ses anciens alliés, qui sont allés grossir les rangs de l’OTAN (Pays baltes, Ukraine, Biélorussie, Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Bulgarie, Allemagne de l’Est...).


En dépit des amabilités artificielles, exprimées de temps à autre par les dirigeants occidentaux envers Moscou, ceux-ci ont poursuivi méthodiquement un travail de sape afin d’empêcher la Russie de retrouver son rang de grande puissance, voire de la morceler. Le soutien systématique qu’ils apportent aux nationalismes d’Asie centrale, vise, à terme, l’élimination de la présence russe dans la région, et, d’abord, bien entendu, dans les pays riverains de la Mer Caspienne et en Iran. La riposte foudroyante des «5», la semaine dernière à Téhéran, contrarie leurs illusions.


La visite historique de Vladimir Poutine en Iran et sa déclaration musclée, mettant en garde contre une attaque de ce pays, ont été perçues, à l’Ouest, comme un défi lancé à l’Occident, en général, et aux Etats-Unis en particulier. Cette interprétation est en partie juste. Depuis déjà quelque temps, l’homme au «sourire avare» —le maître du Kremlin— hausse le ton et ne fait plus mystère sur sa détermination de restituer à son pays sa gloire d’antan. Une ambition qui est loin d’être infondée. Alors que les States vacillent et chancellent en Irak et ailleurs, celle-ci se traduit par un retour en force de la Russie sur la scène économique et (donc) politique mondiale. Le pays de Pierre Le Grand enregistre, en effet, pour la huitième année consécutive, une forte croissance, raffermie par des cours de pétrole très élevés. L’importance croissante du gaz russe dans la politique énergétique occidentale a donné à la Russie de nouveaux leviers pour peser de tout son poids sur la scène économique mondiale. La géante compagnie nationale russe «Gasprom» représente, à elle seule, un quart de la production mondiale et vaut désormais plus de ...300 milliards de dollars en Bourse, dépassant, de loin, toutes les grandes compagnies internationales. Jamais en Occident, on aurait imaginé un tel renversement de situation, dans une Russie qui a mordu la poussière...

Sources Tunis Hebdo

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Poutine Bush

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