Sotchi: le pari olympique de la Russie

Publié le par Adriana Evangelizt

Sotchi: le pari olympique de la Russie

par Frédérick Lavoie

Maquette d’un tremplin pour le saut à ski dont la construction est projetée à Krasnaïa Polyana en vue des Jeux olympiques.
Photo : Viktor Klyushkin, Itar-Tass


Au cours de l'été, le comité international olympique a attribué à la surprise générale l'organisation des jeux d'hiver de 2014 à la ville russe de Sotchi. La décision était audacieuse: la station balnéaire préférée des Russes, au bord de la mer noire, ne dispose d'aucune des installations nécessaires pour accueillir l'événement. Mais la Russie compte réussir son pari pour prouver au monde entier qu'elle est redevenue une grande puissance.

Des Jeux à partir de rien

Pieds nus, Ovanies Itchimilian laboure avec sa vieille charrue rouillée tirée par un cheval les champs de maïs de l'ancienne ferme collective Rossiya. «La flamme olympique devrait être environ ici, où nous nous trouvons», estime l'énergique cultivateur de 55 ans.

«Et là-bas, il y aura le grand aréna, et à côté le petit», ajoute-t-il, en regardant les plans préliminaires des installations olympiques.

Nous sommes dans les basses terres d'Imeretinsky, à 30 km du centre-ville de Sotchi. En février 2014, la planète entière aura les yeux rivés ici.

Au cours des sept prochaines années, les grands champs marécageux à moitié abandonnés cèderont leur place à cinq palais pour les sports de glace, un stade, un village olympique et un immense centre pour les médias. Sans compter les nombreux hôtels privés qui pousseront aux alentours.

Aujourd'hui, l'ancien sovkhoze (ferme collective) soviétique est entouré de quelques centaines de maisons rustiques sans gaz, chacune pompant son eau à même le sous-sol. Selon les plans, ces maisons devraient toujours être là lors des Jeux, tout comme le petit cimetière situé en plein milieu des futures installations.

La ville de Sotchi espère ne pas avoir à exproprier un seul des quelque 2000 habitants des basses terres, mais ne peut rien promettre pour l'instant, les plans n'étant pas encore définitifs.

Les habitants, pour leur part, ne savent que très peu de choses sur les grands projets qui se trament dans leur cour arrière. Et plusieurs s'inquiètent. «Qu'ils construisent ce qu'ils veulent, tant que je peux continuer à vivre ici!» lance Fyodor Fourssa, né il y a 48 ans à quelques centaines de mètres du futur stade olympique, dans une maison où il habite toujours.

De l'autre côté du village, Dmitri Boudnikov examine avec un grand intérêt les plans des futures installations, qu'il voit pour la première fois. Les seules informations dont il dispose sur les Jeux olympiques, c'est la télévision et les journaux qui les lui ont fournies, même s'il habite à deux pas des futures habitations pour les bénévoles.

«Tout le monde sait, en Russie, que lorsque quelque chose arrive, c'est l'argent qui passe en premier. S'ils veulent que tout se déroule comme prévu et que ça soit un succès, il est évident qu'ils auront à brimer les droits de certains habitants», dit M. Boudnikov, résigné.

Tous les citoyens seront respectés, assure pourtant le vice-maire de Sotchi, Konstantin Michtchenko. «La première tâche que nous a donnée le président (Poutine), c'est de faire en sorte qu'aucun citoyen russe ne se sente lésé par les Jeux.»

De gros intérêts en jeu


Mais de l'argent et des intérêts, il y en a beaucoup en jeu. Les investissements pour la construction des infrastructures dépasseront les 12 milliards de dollars, ce qui fera de ces Jeux d'hiver les plus coûteux de l'histoire.

Les différents ordres de gouvernement fourniront près des deux tiers de cette somme. Pour le reste, le Kremlin compte sur la fidélité des grands entrepreneurs russes, les «oligarques».

Avant de penser aux profits, ces milliardaires - qui ont fait fortune à la faveur des privatisations sauvages des biens de l'État dans les années 90 - investiront à Sotchi pour conserver leurs bonnes relations avec le pouvoir, estime Alekseï Moukhine, directeur du Centre d'information politique de Moscou.

«Poutine a fixé ses règles: si les oligarques ne remplissent pas leurs responsabilités sociales, ne contribuent pas au développement du pays et envoient tout leur argent à l'étranger, ils pourraient avoir des problèmes.» Sotchi est une bonne occasion pour eux de prouver leur loyauté.

À titre d'exemple, le magnat de l'aluminium Oleg Deripaska - dont la fortune est évaluée à 13,3 milliards de dollars par le magazine Forbes - s'est occupé de la construction du nouvel aéroport international de Sotchi, pratiquement terminé. Il a aussi acheté une partie de l'ancien sovkhoze Rossiya pour y installer un complexe hôtelier.


Flambée immobilière


L'annonce de la victoire de la candidature de Sotchi a provoqué une hausse vertigineuse des prix de l'immobilier.

«En 10 jours, les prix avaient augmenté de 20 %» se réjouit Vitaly Volkov, directeur adjoint de Vincent Niedvijimost, la plus importante agence immobilière de la ville.

«Il y a deux ans, lorsque nous avons déposé notre candidature, 100 m2 de terre à Imeretinsky valaient 500$, raconte le vice-maire Michtchenko. En mars dernier, c'était rendu à 50 000$. Et aujourd'hui, ça va jusqu'à 120 000$!»

Selon lui, les avantages financiers que pourront retirer ceux qui habitent à proximité des installations seront assez importants pour satisfaire même ceux qui auront à être déplacés. «Connaissez-vous un banquier qui pourrait donner un aussi bon pourcentage à ses clients?»

Mais Anaïda Kalendjab, une Abkhaze installée à Imeretinsky, n'a pas la tête à l'argent. Lorsqu'on lui dit que son terrain vaut aujourd'hui de l'or, elle répond: «Nous venons tout juste de terminer la construction de cette maison à la sueur de notre front, avec nos mains. Nous ne voulons pas partir.» Mais son sort n'est plus vraiment entre ses mains.

KRASNAÏA POLYANA: LA NEIGE APRÈS LE SOLEIL

Sans Krasnaïa Polyana, Sotchi n'aurait jamais pu obtenir les Jeux avec son climat subtropical. Cachée du vent de la mer Noire par les montagnes du Caucase, la «clairière rouge» perchée à 500 m d'altitude est couverte de neige durant l'hiver. Aujourd'hui, le petit village se transforme à vue d'oeil. Trois des stations ultramodernes qui accueilleront des épreuves en 2014 sont en pleine construction. Les premiers remonte-pentes ont été installés en vitesse pour la visite du CIO en février. Le quatrième centre, le seul qui fonctionne à l'heure actuelle, sera complètement rénové. Sur les flancs des montagnes, encore en majeure partie à l'état sauvage, les hôtels poussent comme des champignons. Comme pour le site d'Imerintensky, la majorité des athlètes seront logés à moins de cinq minutes de leur lieu d'entraînement et de compétition.

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Sources Cyberpresse

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Poutine Bush

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