Liaison dangereuse pour Giuliani

Publié le par Adriana Evangelizt

Liaison dangereuse pour Giuliani

De notre correspondantà Washington PHILIPPE GRANGEREAU

Etats-Unis. Un proche du favori républicain à la présidentielle est inculpé de corruption.

L’ancien commissaire de la police de New York, Bernard Kerik, 52 ans, a été inculpé ce mois-ci de corruption pour avoir perçu des pots-de-vin d’entreprises suspectées d’être liées à la mafia. Son procès, qui pourrait se tenir d’ici six mois à un an, en pleine campagne présidentielle, risque de gêner considérablement son mentor, Rudolph Giuliani, le favori du camp républicain dans la course à la Maison Blanche.

Bernard Kerik, libre jusqu’au procès contre une caution d’un demi-million de dollars, est entré dans la police de New York en 1986, après avoir passé quelques années comme garde du corps en Arabie Saoudite. Il est affecté, en 1993, comme chauffeur de Giuliani, quand celui-ci fait campagne pour la mairie. Le policier et l’ancien procureur sympathisent. A peine élu maire, Giuliani le nomme secrétaire adjoint aux prisons de la ville, puis numéro 1 de ce département, puis commissaire de New York, en 2000. Sa promotion éclair se fait contre l’avis de responsables de la ville qui soulignent qu’il n’a aucun diplôme universitaire.

Fans du «Parrain». Mais Giuliani, dont plusieurs membres de la famille sont employés à la mairie, le considère loyal, ce qui pour lui est l’essentiel. «C’est la vertu cardinale», note d’ailleurs «Rudy» dans ses mémoires. Kerik, qui s’est aussi épanché dans un livre, raconte qu’en 1995, après que Giuliani l’a convoqué chez lui au milieu de la nuit pour lui annoncer sa première nomination, «les membres les plus proches du cabinet [de Giuliani] sont venus m’embrasser les uns après les autres […]. Je sais que le maire est un fan du film le Parrain, tout comme moi, et je me demande s’il a remarqué combien le fait d’intégrer son équipe ressemblait à une intégration dans la mafia. Je faisais maintenant partie de la famille Giuliani, et les autres “capi” m’apportaient leur approbation». Remarque ironique, puisque Giuliani, alors qu’il était procureur, a initialement bâti sa renommée grace à sa lutte contre le crime organisé ; il a notamment fait condamner les parrains des cinq plus grosses familles mafieuses de New York en 1986.

Un conseiller du maire aurait fait remarquer à Giuliani que Kerik entretenait des liens douteux avec une entreprise liée à la mafia. L’ex-maire, qui est parrain de deux des enfants de Kerik, a répondu l’an dernier à un journaliste qui lui posait la question qu’il ne se «souvenait plus de ce briefing». Au terme de son mandat de maire, fin 2001, Giuliani l’associe à la compagnie qu’il vient de créer, Giuliani Partners. L’entreprise, dont l’un des principes affiché est «l’intégrité», procure des conseils en matière de sécurité, d’évaluation des menaces et de lutte antiterroriste. Giuliani reste muet sur ses clients, mais plusieurs Etats arabes, dont le Qatar, en feraient partie. Une filiale dirigée par Kerik, Giuliani-Kerik LLC, se concentre sur les conseils en matière de gestion des prisons et de réduction de la criminalité. En mai 2003, sur une proposition de Giuliani, Kerik est nommé, par l’administration Bush, ministre de l’Intérieur du gouvernement de transition irakien. Il est principalement chargé de la formation de la nouvelle police irakienne. Son incompétence fut patente. «Il passait son temps à accompagner des mercenaires sud-africains dans des raids nocturnes», résume un journaliste américain, George Packer.

Pot-de-vin. Un an plus tard, Giuliani propose à la Maison Blanche de propulser Kerik secrétaire à la Sécurité nationale. Bush accepte. Mais Kerik, sur lequel commençaient à transpirer des rumeurs, retire sa candidature. La presse révèle alors que, dans les mois qui ont suivi le 11 Septembre, il s’est approprié un appartement réservé aux pompiers et aux volontaires travaillant à Ground Zero, pour y amener ses petites amies.

Inculpé de corruption en 2006, Kerik plaide coupable, mais, faute de preuves suffisantes, s’en sort miraculeusement avec une amende. Il était accusé d’avoir touché un pot-de-vin de 225 000 dollars, sous la forme de la rénovation gratuite d’une de ses propriétés. Elle est réalisée par Interstate Industrial (II Corp), une entreprise liée à la mafia, qui souhaitait obtenir des contrats de la municipalité. De nouveaux éléments dans cette affaire, notamment l’inculpation de deux témoins pour parjure, ont récemment rouvert le dossier, qui fait partie des 14 chefs d’inculpation retenus contre lui. Kerik aurait aussi accepté que II Corp paye, durant deux ans, le loyer d’un appartement qu’il louait à Manhattan. Il est accusé de fraude fiscale et d’avoir menti sur son passé à la Maison Blanche, dans son CV de candidature pour le poste de secrétaire à la sécurité intérieure. Du bout des lèvres, Giuliani a reconnu ce mois-ci avoir fait «une erreur» à propos de Kerik.

Sources Libération

Posté par Adriana Evangelizt

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