La Russie, un envol économique qui ne doit pas tout au pétrole

Publié le par Adriana Evangelizt

La Russie, un envol économique qui ne doit pas tout au pétrole

La "success story" de l'économie russe depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, il y a huit ans, repose sur l'envolée des cours des matières premières et sur une gestion jugée inspirée de leurs recettes.

Le produit intérieur brut de la Russie a presque quintuplé depuis l'an 2000, année où M. Poutine a pris les rênes du pays, passant de 260 milliards de dollars à 1.223 milliards attendus cette année, selon des données du Fonds monétaire international (prix courants).

La Russie caracole avec une belle constance depuis des années en tête des des pays les plus dynamiques du G8, avec un taux de croissance encore attendu à quelque 7,5% cette année, tandis que les investisseurs étrangers jouent des coudes pour s'implanter sur ce marché en pleine effervescence.

Et elle ne se prive pas de bomber le torse. En juin, le premier vice-Premier ministre russe Sergueï Ivanov a promis que le pays se hisserait parmi les cinq premières économies mondiales d'ici 2020 (il est actuellement 9è).

Il est certes difficile d'ignorer que parallèlement, le prix du baril de pétrole "Oural", la catégorie de brut qu'exporte la Russie, a presque quadruplé, passant de 23 dollars début 2000 à 87 dollars en novembre 2007. La Russie est le deuxième exportateur mondial de pétrole et le premier exportateur de gaz naturel.

Mais pour Iaroslav Lissovolik, analyste de la Deutsche Bank à Moscou, la Russie ne s'est pas contentée d'avoir "de la chance". "Je pense que globalement il y a eu des avancées majeures qui sont dues en grande partie aux bonnes politiques qui ont été mises en place", juge-t-il.

Ainsi en va-t-il du Fonds de stabilisation créé en 2004 afin de collecter les recettes pétrolières (il s'élevait à 147,6 milliards de dollars fin octobre). Il s'agit selon lui de "la plus grande réalisation" de la période Poutine. "Elle a vraiment aidé la Russie à faire face à des prix du pétrole élevés et à gérer ses recettes pétrolières de manière très efficace", estime-t-il. Sans lui, la Russie aurait couru le risque de voir son économie déstabilisée par l'afflux de pétrodollars.

Le FMI a émis un avis similaire dans une récente note, saluant aussi "la bonne gestion macroéconomique du pays".

M. Lissovolik estime en outre que les années Poutine ont rendu possible "un déclin important de l'économie grise", un recul de la pauvreté ainsi qu'une intégration plus poussée dans l'économie mondiale, même si l'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a peu de chances d'aboutir avant encore plusieurs mois.

Il regrette en revanche que la montée en puissance de la bureaucratie n'ait pu être enrayée, et prévient en outre que la forte résurgence de l'inflation juste avant les élections risque de ternir le tableau final.

Valerii Nesterov, de la banque Troïka Dialog, relève de son côté qu'en dépit des vives controverses que suscite régulièrement sa politique énergétique, la Russie a réussi à faire passer sa production de pétrole de 300 millions de tonnes par an il y a sept ans à "près de 500 millions" aujourd'hui.

"Il y a beaucoup de défauts dans la politique : des incohérences juridiques dans l'accueil des investissements étrangers, des conflits internationaux", reconnaît-il. "Mais il y a aussi des évolutions positives : on peut dire malgré tout que les affaires demeurent assez attractives", conclut-il.

Vladimir Milov, de l'Institut des politiques énergétiques, beaucoup plus critique, déplore "l'échec du projet de modernisation de la Russie", dans une tribune parue dernièrement dans le quotidien Vedomosti. Il en veut pour preuve l'aggravation de la situation des retraites ou des réformes économiques jugées "douteuses ou instables". Il cite notamment l'arrêt des privatisations au profit d'une politique de nationalisations, les faiblesses des réformes fiscales, et même des cas de "terrorisme fiscal" subis par certaines entreprises.

Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

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