L’Iran à Dick Cheney : "sorry, no bomb !"

Publié le par Adriana Evangelizt

L’Iran à Dick Cheney : "sorry, no bomb !"

par Morice

Les Etats-Unis sont en proie non pas à une fièvre électorale, mais à d’intenses mouvements internes au sein de l’éxécutif. On vous l’a dit ici et on le répète, la course à l’attaque de l’Iran a été engagée par l’équipe Bush depuis plusieurs mois. Aux dernières nouvelles, le temps d’approvisionner les troupes en pétrole et en armements, les Marines peuvent y aller, tout sera prêt dans les temps. Dernier carat: vers mars-avril 2008 a-t-on dit ici même. On sait aussi que c’est le seul moyen pour W.Bush de s’en sortir, à savoir d’obtenir un tel chaos propice à lui ouvrir les portes d’un pouvoir à poigne que son équipe prépare activement.

Ceux qui ne l’en croient pas capables sont ceux qui ignorent la pensée fondamentale des neo-cons, toute empreinte d’anti-communisme primaire et de croyance en la supériorité américaine, une supériorité qui n’est pas dénuée de relents profondément racistes. Les Etats-Unis se sont toujours pris pour le gendarme du monde, et ont toujours eu des visées hégémoniques. Aujourd’hui, confiants dans leur force, ils souhaitent l’établir davantage, avant que la Russie de Poutine ne se réveille, et ne reparte vers une course aux armements qui était devenue largement au-dessus des moyens de son pays sous Boris Eltsine. Inquiets du devenir de l’Amérique du Sud, qui verse à gauche pour la première fois de son histoire, inquiets des vues sur l’espace de la Chine, qui les titillle aujourd’hui jusque sur leur terrain de prédilection, à savoir la Lune, les Etats-Unis de W.Bush sont fort tentés de jouer un coup tordu sur l’échiquier mondial. On sait que les plus hautes instances y sont favorables. Mais on sait aussi que des voix opposées commencent aussi à se faire entendre chez les militaires, les premiers à percevoir chez W. Bush des tentations totalitaires. On murmure depuis des mois que certains militaires s’opposent plus ou moins ouvertement à un conflit avec l’Iran. Se murmure également que le retour au bercail de l’administration Bush, ces derniers jours, d’un homme comme Paul Wolfowitz, évincé piteusement de la Banque mondiale, ne signale rien de bon. Le mauvais signe supplémentaire de ce retour en grâce, c’est que c’est à la demande de Condolezza Rice qu’il a lieu. Lui, le grand architecte de la guerre en Irak, un faucon parmi les faucons, qui revient à la tête de l’"International Security Advisory Board", une sorte de conseil de défense américain. Son nouveau travail ? "Faire des rapports sur la prolifération nucléaire, les armes de destruction massives, et d’autres choses", affirme la pianiste en chef de la Maison-Blanche. On se doute déjà de son premier rapport et de sa conclusion : "l’Iran prépare plein de bombes... ll faut donc attaquer préventivement l’Iran. Et vite". Wolfowitz, le retour.

Scénario connu. En 2003, le même Wolfowitz criait déjà à qui voulait l’entendre que "l’irak s’approvisionnait en uranium à l’étranger"... ce qui s’est avéré depuis complètement faux ! Face à ce retour qui ne présage rien de bon, des opposants au régime, qui craignent une dérive cataclysmique du régime, s’organisent. Nous ne sommes donc pas étonnés, ce soir, de voir tomber sur les téléscripteurs une nouvelle sans surprises pour les uns, extrêmement décevante pour les autres : selon un rapport des services de renseignements américains, l’Iran, justement... aurait abandonné depuis 2003 toutes recherches sur la bombe et ne se consacrerait qu’au nucléaire civil depuis. Dans certaines rédactions, l’annonce a fait l’effet d’une... bombe. En prime, le texte ajoute que quand bien même l’Iran voudrait à nouveau se consacrer à la réalisation de la bombe, l’échéance en serait retardée de plusieurs années, pas avant 2010-2015... ce qui correspond au temps qu’avait pris le Pakistan pour mettre au point la sienne. L’Iran a toujours clamé que l’enrichissement de son uranium suivait à la lettre le traité de non-prolifération de 1968. Mais ces derniers temps, personne ne voulait plus l’entendre. L’annonce de la CIA tombe donc mal pour l’équipe Bush, qui s’efforce depuis des mois à crier au loup envers l’Iran.

C’est donc plutôt une bonne nouvelle : si la CIA elle-même, et son directeur, Robert Gates, commencent à aller à l’encontre des souhaits bushiens, c’est plutôt bon signe pour la paix dans le monde, peut-on se dire. Gates est favorable aux discussions et non à l’agression, l’a déjà dit et le répète. Il est même allé jusqu’en Chine plaider cette option. Selon le journal Casafree, "Robert Gates a assuré qu’il plaiderait contre le lancement d’une guerre en Iran, sauf en ’dernier recours absolu’ et si les intérêts de sécurité américains étaient menacés, se disant aussi hostile à intervenir contre la Syrie".

Peut-être pas : cela pourrait aussi précipiter la vieille envie de coup tordu qui a toujours aidé les Etats-Unis en cas de situation difficile à gérer, ou pour retourner une opinion peu favorable au départ. On vous a déjà expliqué ici-même la tentation du golfe du Tonkin, qui n’a que peu de choses à voir avec celle de Venise. On vous a déjà dit aussi qu’un décompte un peu surprenant laissait la possibilité inquiétante de voir parti dans la nature américaine un missile de croisière dotée d’une tête nucléaire active. On vous a aussi dit que celui qui pouvait être à l’autre bout des boutons d’activation s’appelait Dick Cheney. Son passé (et son passif) ne nous inclinent pas à penser autre chose qu’au détournement de ce genre d’objet à des fins de pseudo terrorisme.

Pour attaquer l’Iran, depuis ce soir, il n’existe en effet plus d’excuse de détention d’armes nucléaires. Il va falloir s’en trouver une autre. Faisons confiance à Cheney pour ça. Car pour avoir observé attentivement depuis 2001 surtout les circonvolutions américaines qui mènent à un conflit, j’en conclus que ce soir, la bonne nouvelle risque fort de se transformer en très mauvaise. Un neo-con acculé reste un neo-con. Plusieurs neo-cons qui se réunissent à nouveau ne peuvent prendre que des décisions de neo-cons. Le tout est de savoir comment vont-ils s’y prendre cette fois pour arriver à leurs fins. Condolezza Rice à l’ONU à la place de Powell, en train de tenir un bocal de poudre d’uranium enrichi ? Une bonne petite explosion (atomique ou non) savamment placée sur le territoire américain ? L’attaque surprise d’un des fleurons de la Marine américaine en plein Golfe par une torpille surgie d’on ne sait où ? Toutes les cartes sont dans les mains de Dick Cheney. Et c’est bien cela l’inquiétant ! En 2003 déjà, Dick Cheney, à qui l’Iran avait proposé des concessions majeures, dont l’arrêt du soutien au Liban et à la Palestine, avait rejeté l’offre avec dédain. "On ne parle pas au diable", avait-il répondu à ceux qui lui demandaient pourquoi ce refus. Ce soir, l’Iran, indirectement, lui dit "Sorry, no bomb". On peut tout craindre, en représailles, de celui qui, lors d’Halloween, a avoué être surnommé Darth Vader (Dark Vador).

Sources Agora Vox

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans CHENEY-RUMSFELD

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