Iran : le plan B des néoconservateurs

Publié le par Adriana Evangelizt

Iran : le plan B des néoconservateurs

par Doug Ireland

Au menu des derniers débats électoraux américains : l’Iran. Et pas beaucoup d’idées, à part la bombarder. Dissection de ce débat à sens quasi-unique par un chroniqueur venu de par-delà de l’Atlantique, Doug Ireland…

Le rapport de synthèse des seize services du renseignement américain affirmant que l’Iran a abandonné ses efforts pour se doter de l’arme nucléaire en 2003, le désormais célèbre « National Intelligence Estimate » (NIE), a coupé l’herbe sous les pieds des Républicains et de leurs candidats à la Maison Blanche qui rivalisent pour décrocher le titre de champion des va-t-en-guerre. À tel point que le NIE pourrait être un élément clef de l’élection d’un président démocrate en 2008, tant les Républicains ont utilisé la supposée menace d’une bombe nucléaire iranienne pour effaroucher l’électorat et détourner l’attention des déçus de l’Irak, des maux économiques et des scandales de corruption comme de moeurs au sein du parti de George W. Bush. Prenez l’exemple de Rudy Giuliani, l’ex-maire de New York. Toujours en tête des sondages au niveau national pour emporter l’investiture de son parti, il ne cesse d’insinuer s’appuyant sur une réthorique des plus musclées qu’il bombarderait l’Iran. Il a même répété à plusieurs reprises que si Téhéran était sur le point de produire une bombe nucléaire, ce n’était pas une « menace », mais la « promesse » de « renvoyer l’Iran dix ans en arrière ».

Le discours guerrier de Giuliani s’est vu renforcé par la présence parmi ses plus proches conseillers de « faucons » néo-conservateurs. Parmi eux, Norman Podhoretz, auteur du livre World War IV : The Long Struggle Against Islamofascism (4è guerre mondiale, la longue lutte contre l’islamofascisme) ainsi que d’un récent article dans Commentary, le magazine de droite de la communauté juive dont Podhoretz a été le rédacteur-en-chef pendant des décennies avant de passer la main à son fils, John. On peut également citer le gendre de Podhoretz, Elliot Abrams, un autre néo-conservateur et actuel responsable du Moyen-Orient au sein du Conseil de la sécurité nationale de la Maison-Blanche.

C’est ce même Elliot Abrams qui organisait un rendez-vous secret de 45 minutes entre Bush, son conseiller politique Karl Rove et son beau-père Podhoretz au printemps 2007 à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York. Objectif : que Podhoretz puisse demander à Bush de bombarder les sites nucléaires iraniens sans tarder. Une rencontre que la Maison-Blanche avait pris soin de cacher à la presse puisqu’elle ne figure pas au menu des activités présidentielles communiquées aux journalistes mais que Podhoretz a avoué dans le Times de Londres dans un article en date du 30 septembre. « J‘ai dit au Président qu’il n‘y avait pas d’alternative » au bombardement de l’Iran y racontait-il.

Obama, sur la ligne des néo-cons

Dans le même registre, un autre candidat à l’investiture républicaine, le sénateur John McCain (un ancien prisonnier de guerre au Vietnam) disait, lui, qu’« il n’y a qu’une chose qui soit pire que l’usage du pouvoir militaire américain : un Iran doté d’armes nucléaires ». Mieux encore, après un discours lors d’un meeting de vétérans en Caroline du Sud, le sénateur McCain a réagi à une question sur l’Iran en chantant « Bomb bomb bomb, bomb bomb Iran » sur l’air de la célèbre chanson des Beach Boys, Barbara Ann.

Bien sûr, les candidats républicains ne sont pas les seuls à menacer. Le sénateur démocrate de l’Illinois Barack Obama, censé représenter l’alternative progressiste à la centriste Hillary Clinton pour l’investiture démocrate, a fait preuve de suivisme lors d’un entretien avec le comité des rédacteurs du quotidien conservateur Chicago Tribune le 25 septembre dernier. Il a ainsi déclaré qu’un jour les Etats-Unis pourraient ne pas avoir d’autre choix que de bombarder de façon « chirurgicale » les sites nucléaires iraniens. « Avoir une théocratie musulmane radicale dotée d’armes nucléaires est pire que tout. Donc, mon instinct serait de ne pas me tromper en laissant ces armes dans les mains des ecclésiastiques gouvernant l’Iran » a ajouté Barack Obama. Pourtant, avant que le rapport des agences de renseignement sur l’Iran ne soit publié, l’opinion publique n’était guère favorable à un tel bombardement. Dans un sondage pour CNN paru à la mi-octobre, 68% des personnes interrogées se prononçaient contre et seulement 29 % pour. Dans une autre étude publiée en novembre et effectuée par Gallup, 73 % des sondés préfèraient le recours à des sanctions économiques et à la diplomatie pour 18 % qui se disaient favorables à une action militaire contre l’Iran.

Des Israéliens en mission secrète à Washington

Avec la parution du NIE, les appels retentissants à bombarder l’Iran ont disparu des discours républicains. Rudy Giuliani lui-même a retourné sa veste en beauté lors de l’émission Meet the Press (Rencontre avec la presse) diffusée sur NBC le 9 décembre. Il y clamait : « bien sûr, nous ne voulons pas utiliser l’option militaire. Le faire serait dangereux et aventureux. » Néanmoins, la possibilité d’un bombardement de l’Iran demeure réel. Non par les Etats-Unis mais par Israël. À l’heure ou j’écris ces lignes, une équipe d’agents de renseignement israéliens séjourne à Washington depuis une semaine. Leur mission : convaincre les Américains que le NIE est totalement erroné. Les services d’espionnage israéliens prétendent en effet, selon le New York Times, que l’Iran a relancé son programme de nucléaire militaire commencé en 2005. À noter toutefois que le 18 décembre, le Jerusalem Post, d’habitude très “faucon” sur l’Iran, a publié un article citant anonymement un membre du gouvernement israélien qui admettait qu’Israël ne possédait pas de renseignements du type “smoking gun” pour réfuter le rapport américain. Le ministre de la Défense de Bush, Bob Gates, ne prend pas, lui, de pincettes. Selon l’édition du quotidien anglais The Guardian du 10 décembre, il a estimé lors d’une conférence sur la sécurité à Barheïn que l’Iran pourrait bien avoir recommencé en secret son programme de fabrication d’une bombe nucléaire.

Les plans détaillés de l’Etat hébreu pour bombarder les sites nucléaires iraniens existent depuis un moment déjà et ont de surcroît été approuvés sur le papier par le cabinet israélien en 2006. Qui plus est, Israël envisage même d’utiliser des armes nucléaires tactiques. Allant dans ce sens, le Times de Londres du 7 janvier dernier révélait que deux escadrons d’avions d’attaque israéliens s’entraînaient déjà à cette tache. Leur cible : la centrale nucléaire de Natanz, à 200 miles au sud de Téhéran. Ces mini-bombes atomiques seraient utilisées « seulement si une attaque avec des bombes conventionnelles est jugée inefficace ou si les Etats-Unis refusent d’intervenir » selon le Times.

Puisque le NIE a rendu politiquement impossible une attaque aérienne contre l’Iran par Washington — cette idée serait invendable aux membres du Congrès ainsi qu’à l’opinion publique américaine — la probabilité que la mission à laquelle s’entraîne l’aviation israélienne devienne réalité existe. Faire bombarder l’Iran par procuration (et par Israël) a toujours été le plan B des faucons néo-conservateurs de Bush s’ils ne parvenaient pas à convaincre leur commandant en chef de s’en prendre à l’Iran.

Série Z d’espionnage

On retrouve d’ailleurs ce scénario en arrière-plan de l’affaire d’espionnage liée à l’AIPAC [1], un lobby pro-Israélien à gros budget et fort de 100 000 membres décrit par le New York Times comme « l’organisation la plus influente sur le rapport entre l’Amérique et Israël » et qui avait défrayé la chronique en 2005. A cette époque, un haut responsable du Pentagone, le néo-conservateur Larry Franklin, avait été inculpé pour espionnage (puis condamné à 13 ans de prison) pour avoir transmis des documents classés “top secret” à l’ambassade d’Israël à Washington. Deux responsables de l’AIPAC étaient également tombés. Ils avaient joué les intermédiaires entre ladite ambassade et un groupe de néo-conservateurs du Pentagone. Parmi ces derniers, Douglas Feith, sous-secrétaire d’Etat, et Harold Rhode, qui avait aidé Feith à monter le très confidentiel « Office of Special Plans », une sorte d’officine de renseignement parallèle à la CIA. Ce n’est pas pour rien que les conflits entre la CIA et les néo-conservateurs du Pentagone sous Donald Rumsfeld étaient réputés pour leur violence et se perpétuent sous Robert Gates… Sans surprise, la plus grande partie des documents que les espions de l’AIPAC transmettaient à l’ambassade d’Israël concernait l’Iran. En effet, les néo-conservateurs de Feith & Cie voulaient voir l’Etat hébreu mettre en branle leur fameux plan B…

Bush invoque le risque d’« Holocauste nucléaire »

Au cours d’un discours peu remarqué par la presse américaine à Londres l’an passé, Bush déclarait que si l’Israël bombardait les sites nucléaires iraniens, il considèrerait cela comme de la « légitime défense ». Puis en août dernier, le président américain qualifiait les menaces de son homologue Mahmoud Ahmadinejad de « gommer Israël de la planète » de risque d’« Holocauste nucléaire. » Comme l’a si bien dit peu de temps après au quotidien anglais Daily Telegraph un ex-responsable de la Maison Blanche sous Bush : « en utilisant le mot “Holocauste”, M. Bush a fourni un motif moral afin de permettre à Israël de faire ce qu’il croit nécessaire. Il réinvoque l’idée du “plus jamais ça”. Si on croit qu’il peut y avoir un autre Holocauste, il devient moralement impossible de ne rien faire. C’est un mot puissant et chargé. Ceux en Europe qui croient que les néo-conservateurs ont rétréci sous un rocher devraient se réveiller. Et vite ! »

[1] L’AIPAC terrorise les élus du Congrès et mène la vie dure politiquement parlant aux sénateurs et membres de la Chambre des représentants qui osent exprimer la moindre sympathie pour la cause palestinienne. La dernière victime en date est la “Congresswoman” noire Cynthia McKinney, battue dans l’Etat de Georgie lors des législatives de 2006.

Sources Bakchich

Posté par Adriana Evangelizt

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