Rien n'est écrit : la preuve par Barak

Publié le par Adriana Evangelizt

Dans cet article aussi, il parle comme nous du danger que court Barack Obama. Mais pour nous, ce ne serait certainement pas un raciste qui ferait ce coup, c'est certain.

Rien n'est écrit : la preuve par Barak

Par Bernard Cohen

Quoiqu’il arrive sur la longue route qui conduit à novembre 2008 et à la fin des années sombres de l’ère Bush, l’irruption de Barack Obama sur la scène politique américaine constitue déjà un moment historique à part entière.

Brusquement, un outsider qui n’est pas pour autant un dangereux mégalomane vient bouleverser les règles du jeu politicien. "C’est l’espoir qui compte", dit-il au soir de sa victoire lors des primaires de l’Etat de l’Iowa, le vrai lancement de la plus longue, plus coûteuse et peut-être plus intéressante campagne présidentielle américaine.

Et dans le contexte cela ne sonne pas creux, parce que Barack Obama vient de remporter sa première victoire sur Hillary Clinton, dont toute la stratégie était basée sur l’évidence: bien sûr que l’on va voter pour moi! Eh bien non. "Nothing’s written", semble proclamer Barack dans un clin d’oeil à Lawrence d’Arabie: il n’y a pas de fatalité, il y a un avenir, et regardons le.

Un avenir plein de promesse, et de danger. Je ne connais pas un seul Américain ou une seule Américaine qui, en privé, ne m’a pas parlé de sa crainte que Barack Obama soit assassiné avant de pouvoir accomplir sa vision de l'"American Dream". Cela en dit long sur l’état de la plus grande démocratie au monde, toujours à la merci de quelque taré raciste qui va acheter leur semi-automatique au magasin du coin.

Mais au delà des risques la bouffée d’air frais qu’il a apporté à la scène politique américaine parait lui être très favorable, face aux tentatives “restaurationnistes” de la maison Clinton ou à un John Edwards qui, outre le fait d’avoir fait équipe avec le lamentable John Kerry, a du mal à convaincre que ses tirades contre "l’Amérique des riches et des puissants" ont quelque sens, lorsqu’on le voit déambuler avec ses coupes de douilles à mille dollars.

Une trajectoire unique

En lisant le livre d’Obama, "L’audace de l’espoir", on comprend que sa trajectoire est réellement unique dans l’histoire politique américaine: voilà un petit gars enfant d’un couple divorcé, et qui plus est de père kenyan et de mère américaine, suivant une lente ascension depuis l’anonymat du travail social dans les quartiers les plus paumés -et les plus ghettoïsés- de Chicago jusqu’au Sénat, et maintenant à la présidence, et tout cela en étant marié à une -très belle- Black qui n’a jamais caché son dégoût pour la politique politicienne... Faut le faire, vraiment.

Le lecteur ne peut qu'être frappé par la cohérence de ce jeune sénateur qui, contre vents et marées, a revendiqué son opposition à l’intervention militaire en Irak, a été le seul candidat américain à prononcer deux paroles sensées après l’assassinat de Benazir Bhutto -Hillary Clinton s’étant contentée d’évoquer ses discussions "entre mères" avec la défunte, sans parler des républicains figés dans l’idéologie de la trouille permanente, à commencer par l’inénnarable Mike Huckabee appelant à geler l’immigration des Pakistanais aux USA...-, et qui, sur le plan de la politique intérieure, ne cesse de grandir en tant qu’opposant à la logique stérile de l’affrontement bipartiste, démocrates-républicains, lequel s’est révélé particulièrement destructeur au cours de la dernière année.

De nombreuses contradictions

Il y a de nombreuses contradictions à l’oeuvre, chez Barack. A commencer par le fait qu’il a été essentiellement élevé par des femmes, son père kenyan ayant divorcé de sa mère quand il avait deux ans. Des blessures à peine cicatrisées, par exemple quand il relate dans son livre la remarque cinglante d’un activiste "afro-américain" lui refusant le statut de Noir parce qu’il n’est pas issu d’esclaves africains emmenés de force sur le continent américain.

Mais avec sa dégaine et son élocution de John Coltrane de la politique, et sa capacité à capter le dégoût grandissant des Américains pour les luttes intestines du Capitole, il est incontestablement une figure qui va compter dans l’Amérique de demain.

Une victoire de Barack Obama, ce serait pour l’Amérique un triple acte salvateur: montrer que les vieux démons de la ségrégation sont définitivement morts, projeter une image multiculturelle et moderne sur une scène internationale où les USA en sont venus à ressembler beaucoup plus à la caricature impitoyable projetée par le "journaliste kazakh" Borat qu’à un archétype de démocratie et d’inventivité, et en finir avec le bipartisme destructeur qui paralyse les corps législatifs du pays. Et il y a encore tellement plus, derrière: une sorte de révolution culturelle.

Pour comprendre "l’audace de l’espoir" portée par Barack, il faut aller voir le site Internet de John McCain, qui repasse en boucle avec la plus grande fierté ce moment où un étudiant du New Hampshire demande au candidat républicain de 72 ans: "Vous ne trouvez pas que vous êtes trop âgé pour être président?", et l’autre de répliquer avec son sourire de mutant: "Pas du tout, petit con!"

Sa foi "ne regarde que lui"

Si l’Amérique se montre prête à avoir un Noir pour président, après les terribles années George Bush et son amour du VTT et de la cour saoudienne, alors elle sera peut-être prête à reprendre sa place dans le concert des nations, non comme gendarme, ce que dans son coeur elle n’a jamais voulu être, mais comme un exemple de démocratie multiculturelle, non prisonnière des extrêmistes chrétiens.

"Ma foi ne regarde que moi", écrit Barack Obama dans son livre, et c’est peut-être la prise de position la plus significative qu’il puisse avoir, désormais qu’il est en position d’affronter un candidat républicain, Huckabee, qui pense racheter son ignorance crasse par son aptitude à gratouiller la guitare et à invoquer Jésus comme si ce dernier avait été l’un des co-signataires de la Constitution américaine.

"Barack Obama, the Audacity of Hope", Three Rivers Press, New York, 368 pages.

Sources rue 89

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Barak Obama

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