LE RAPPORT MEHLIS VU DE RUSSIE
Poutine n'est pas Chirac... le président russe ne dort pas. Il a très bien compris lui aussi que le mécanisme qui se met en place est le même qui a conduit au sac de l'Irak. Il n'y a d'ailleurs que lui qui peut nous sauver d'un chaos tant syrien que palestinien. Poutine n'est pas Bush non plus. Personne ne lui souffle au creux de l'oreille ce qu'il doit faire ou ne pas faire. Et il connait la rapacité des néo-cons et jusqu'où les pousse leur aveuglement et leur haine du genre humain. Il est bien sûr déplorable que la question tchétchène reste toujours un boulet pour Poutine et qu'il n'ait pas eu le cran de donner sa liberté à ce Peuple mais pour ce qui est de la politique moyenorientale, il est très réaliste, très lucide et très franc. C'est d'ailleurs le seul.
MOSCOU, 25 octobre (Marianna Belenkaia, commentatrice politique de RIA Novosti).
Une longue campagne diplomatique a débuté. Elle devra établir le degré de culpabilité de la Syrie dans l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février 2005 et fixer le cas échéant des sanctions appropriées. La situation est pratiquement analogue à celle qui s'est créée au Conseil de sécurité de l'ONU il y a trois ans autour de l'Irak. La communauté internationale a-t-elle tiré les leçons de la collision irakienne, on en jugera par la façon dont sera réglé le problème syrien.
Les accusations lancées contre la Syrie se fondaient sur le rapport soumis au Conseil de sécurité de l'ONU par la commission internationale d'enquête dirigée par l'Allemand Detlev Mehlis. L'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri a duré plusieurs mois. Les membres de la commission ont tiré la conclusion que l'assassinat n'a pu avoir lieu sans l'approbation des chefs des services secrets syriens et sans la complicité de leurs collègues libanais. Selon une autre conclusion du rapport, l'enquête n'est pas achevée, elle doit se poursuivre. Tous les membres du Conseil de sécurité de l'ONU partagent cet avis, ce qui n'empêche pas plusieurs d'entre eux de multiplier les diatribes enflammées à l'égard de Damas.
Aussitôt après la publication du rapport, le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw a déclaré que le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait prévoir des sanctions internationales à l'encontre de la Syrie. Selon John Bolton, ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, Washington n'exclut pas non plus la prise de sanctions. Quant à la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, elle juge nécessaire de créer un "mécanisme international" en vue de poursuivre en justice les personnalités officielles syriennes.
A noter que l'adoption de sanctions internationales nécessite, à la différence du mystérieux "mécanisme" évoqué, l'accord de tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. La Russie et la Chine ne sont pas encore prêtes à adopter cette variante. D'ailleurs, les autres membres du Conseil de sécurité acceptent d'attendre la fin de l'enquête à condition que la Syrie soit disposée à coopérer totalement avec la commission Mehlis. La Syrie acceptera, si, bien entendu, l'enquête ne se transforme pas en show politique visant à accuser délibérément les Syriens. La question est de savoir qui déterminera, et selon quels critères, le degré de coopération de Damas.
D'après les renseignements à la disposition de RIA Novosti, séjournant en Syrie un mois avant la publication du rapport, Detlev Mehlis a dit qu'il n'avait pas de preuves de la culpabilité de la Syrie et qu'il était satisfait de ses contacts avec Damas. Cependant, le rapport exprime sa déception face au faible degré de coopération des autorités syriennes avec la commission.
On se souvient à cet égard des débats prolongés au Conseil de sécurité de l'ONU ayant pour but d'établir le degré d'honnêteté des affirmations de l'Irak, selon lesquelles il n'avait pas l'intention de créer d'armes de destruction massive (ADM). Il s'est avéré que l'Irak avait raison.
La prise de sanctions reste à l'ordre du jour. Cependant, l'exemple de l'Irak a prouvé l'inefficacité du mécanisme de prise des sanctions. Le fait est que les sanctions prises ces derniers temps contre certains régimes avaient moins pour but de les inciter à coopérer sur certains problèmes, que de les saper de l'intérieur. Parmi les exemples positifs de sanctions adoptées récemment, on ne peut citer que la Libye. Dans tous les autres cas les sanctions ont échoué ou se sont avérées stériles du point de vue des objectifs proclamés.
D'ailleurs, on ne sait pas si ce sont les sanctions qui ont incité le leader libyen Muammar Kadhafi à renoncer aux programmes de création des armes de destruction massive. Rappelons que sa décision historique a été précédée de pourparlers prolongés et secrets entre Tripoli, Washington et Londres. Mais, les Etats-Unis n'ont pas parlé, durant de nombreuses années, de changement de régime en Libye, comme cela a été constamment le cas à l'égard de Bagdad et de Pyongyang et, à présent, à l'adresse de Damas et de Téhéran. Par conséquent, l'exemple libyen (de même que la récente évolution des événements autour des programmes nucléaires de la Corée du Nord) est une preuve de plus attestant qu'il est plus productif de dialoguer en prenant en compte les intérêts pragmatiques des uns et des autres que de décider des sanctions et d'accuser de tous les maux tel ou tel pays, même si ces maux sont réels. "Les sanctions en tant qu'instrument de politique étrangère sont inefficaces", a déclaré à la mi-octobre le chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov. La Russie préfère d'autres méthodes: la recherche de compromis, a-t-il jouté. Il est vrai, il ne s'agissait pas de la Syrie, mais ces paroles sont parfaitement valables à son sujet. En ce qui concerne la création d'un tribunal international pour juger certains représentants des services secrets syriens et libanais (s'ils sont livrés par Damas et Beyrouth), l'efficacité de cette variante est aussi très discutable. Il suffit de rappeler le tribunal qui juge l'ex-président de la Yougoslavie Slobodan Milosevic.
Bref, la communauté internationale doit régler un problème complexe et, peut-être, créer un précédent en matière de règlement raisonnable des problèmes de ce genre. Mais, pour commencer, il faut comprendre quels résultats recherchent ceux qui veulent mettre la Syrie au banc des accusés. Retrouver les véritables responsables de la mort tragique de Rafic Hariri, ou bien changer le régime syrien? La réponse à cette question éclaircirait beaucoup la situation.
Les experts russes estiment que la pression exercée par l'Europe et les Etats-Unis sur la Syrie aide Bashar al-Assad, président de ce pays, à réaliser les réformes dans son pays. Il s'agit donc d'un jeu diplomatique subtil et personne n'a l'intention de changer le régime en place à Damas. Compte tenu de la situation en Irak et dans la région dans son ensemble, l'Occident ne dispose pas des forces et des ressources nécessaires. Effectivement, les ressources sont insuffisantes, mais il est douteux que les Etats-Unis et leurs partenaires aient suffisamment de bon sens pour éviter de se prendre au jeu. Il est certain que la déstabilisation de la situation en Syrie aura des conséquences néfastes pour toute la région, bien plus que la crise irakienne.
Sources : RIA NOVOSTI
Posté par Adriana Evangelizt