LE RAPPORT MEHLIS 6ème partie
L'ENQUÊTE DE LA COMMISSION (suite et fin)
2 – Analyse téléphonique
183 – L’un des aspects les plus importants de l’enquête a été l’analyse des communications téléphoniques. Un logiciel spécialisé a été utilisé pour analyser et enquêter sur de nombreux appels téléphoniques effectués par ceux qui ont été identifiés comme les plus importants dans l’enquête, ce qui a permis à la commission internationale de parvenir à un résultat optimal avec un personnel limité et des délais courts. L’assistance des compagnies de téléphone libanaises et des autorités était essentielle pour rendre cette analyse effective. Par exemple, les compagnies mtc touch et alfa ont rapidement répondu aux demandes d’informations sur les abonnés au cellulaire et les registres d’appels. Des informations similaires sur les lignes fixes ont été fournies à la commission par les services du ministère des Télécommunications. Cette assistance rapide a été d’une valeur immense, parce qu’elle a permis aux investigateurs d’analyser rapidement des appels téléphoniques spécifiques de la part de certains abonnés et d’établir des types de communication entre des groupes particuliers d’abonnés. Au total, la commission a demandé des informations sur environ 2 235 abonnés et a obtenu des données de connexion téléphonique sur environ 70 195 appels téléphoniques. L’analyse téléphonique, qui a déjà été décisive dans l’établissement des lignes directrices et dans la détermination de liens entre des figures-clés, continuera à être un aspect central de cette enquête, à mesure qu’elle évolue.
184 – Selon Ghassan ben Jeddo, directeur d’al-Jazira, la chaîne a reçu quatre appels dans l’après-midi du 14 février, avant la diffusion de la vidéo d’Abou Adass. Les enregistrements n’ont toutefois révélé que trois appels à al-Jazira cet après-midi-là, à 14h11, 15h27 et 17h04.
185 – Il n’a pas été possible d’identifier le temps ni l’origine du présumé quatrième appel à al-Jazira.
186 – Leila Bassem, de l’agence Reuters, a affirmé que l’agence a reçu un appel téléphonique le 14 février concernant la revendication de l’attentat par Abou Adass. L’enregistrement montre que cet appel a eu lieu à 14h11.
187 – Les enregistrements téléphoniques révèlent que tous les appels précédemment mentionnés à al-Jazira et Reuters proviennent de la même carte prépayée. Cette carte a été achetée à Beyrouth (…) le 10 février 2005. Les appels à al-Jazira et Reuters ont été faits à partir de quatre postes de téléphones différents, tous situés à Beyrouth. L’un d’eux se trouvait près du siège de l’Escwa, dans le centre-ville de Beyrouth, à près de deux kilomètres de la scène du crime. Cette carte prépayée a uniquement été utilisée pour appeler al-Jazira et Reuters et il n’existe aucun enregistrement montrant qu’elle aurait été utilisée pour d’autres appels.
188 – La vidéocassette d’Abou Adass avouant le crime a été placée dans un arbre faisant face à l’immeuble de l’Escwa. La commission a pu obtenir et visionner les enregistrements des caméras de surveillance de l’Escwa pour la journée du 14 février, dans le but d’identifier toute personne ou véhicule successible d’être lié au dépôt de la vidéocassette et les appels ultérieurs à al-Jazira. Après l’examen des images, cependant, il a été établi qu’il n’était pas possible d’identifier, à partir de cet enregistrement, des véhicules ou des individus approchant l’arbre en question. Les enquêteurs de la commission ont également interrogé les gardes de sécurité de Protectron Security, en charge des terrains de parkings situés à proximité des immeubles de l’Escwa et d’al-Jazira dans le centre-ville. Toutefois, aucun des gardes interrogés et qui étaient de service ce jour-là n’a constaté une quelconque activité inhabituelle relative au dépôt d’un objet sur un arbre en face de l’Escwa.
Conclusion :
Il n’a pas été possible jusqu’ici d’identifier l’individu ou les individus à l’origine des appels à al-Jazira et Reuters le 14 février, pas plus que l’individu ou les individus en charge de la vidéocassette d’Abou Adass.
3 – L’usage de cartes
de téléphone prépayées
189 – Le juge d’instruction Élias Eid a obtenu des enregistrements et examiné tous les appels du 14 février à al-Jazira. Le juge Eid a noté qu’un appel à partir d’un téléphone mobile était particulièrement significatif : il s’agissait d’un appel à al-jazira à partir d’une carte prépayée le 14 février à 22h07. Cette même carte prépayée avait reçu un appel une minute après l’explosion, à 12h57, à partir d’un poste de téléphone situé à Tripoli, près d’un immeuble abritant les services de renseignements syriens. Le 30 janvier, un appel avait été effectué sur la ligne fixe au domicile d’Abou Adass du même poste téléphonique à Tripoli.
190 – La commission d’enquête internationale a obtenu et examiné les enregistrements de la carte prépayée n° 03925152 sur base de cette information fournie par le juge Eid. Les investigations de la commission ont révélé jusqu’ici qu’en dépit du fait qu’il n’existe pas d’abonné identifiable, la carte elle-même mène à des connexions significatives. Le 8 février 2005, par exemple, cette carte a eu un contact avec un numéro de téléphone mobile appartenant à Tarek Esmat Fakhreddine. M. Fakhreddine, un homme d’affaires important, est un associé proche du Premier ministre de l’époque, Omar Karamé. Ce même M. Fakhreddine a effectué des appels quelques heures après l’explosion aux généraux Hamdane, Azar et Hajj et à l’officier des SR syriens Jameh Jameh. De plus, il a eu un contact téléphonique avec son neveu Raëd Fakhreddine à 13h37 le 14 février. Raëd Fakhreddine est lourdement soupçonné d’avoir acheté les cartes prépayées qui ont été utilisées pour organiser l’attentat. La même carte prépayée a aussi eu des contacts avec un autre numéro de téléphone qui était lui-même en contact avec le mobile de Raëd Fakhreddine en décembre 2004 et en janvier, février et mars 2005.
191 – La carte prépayée a aussi été en rapport avec d’importants responsables officiels libanais et syriens. Par exemple, la carte a été en contact avec trois différents numéros qui, à leur tour, ont eu des contacts avec le mobile de Moustapha Hamdane en janvier, mars et juillet 2005. Deux jours avant l’explosion, le 12 février 2005, cette même carte prépayée était également en contact avec un numéro de mobile appartenant à l’ancien ministre Abdel Rahim Mrad. Le mobile de M. Mrad est, à son tour, entré en contact avec Ali Hajj après l’explosion. Les mobiles de M. Mrad et de Tarek Esmat Fakhreddine étaient en contact ensemble le 17 janvier 2005, le lendemain de la disparition d’Abou Adass. La carte prépayée a eu aussi des contacts avec un numéro de téléphone qui, à son tour, était en contact régulier avec le mobile appartenant à l’homme politique Nasser Kandil. La carte a également été en contact avec deux autres numéros mobiles en février et mars 2005 eux-mêmes ayant contacté les 14 et 17 février 2005 le numéro utilisé par l’officier syrien Jameh Jameh.
192 – La carte prépayée a eu le 5 janvier 2005 des contacts avec un numéro de téléphone qui était lui-même en contact avec le numéro de Younès Abdel-Al, des Ahbache, frère d’Ahmed Abdel-Al cité plus haut. La carte prépayée a aussi été en contact le 5 janvier avec un autre numéro de téléphone qui a eu deux contacts le 10 janvier avec un numéro appartenant à Walid Abdel-Al, frère de Younès et Ahmed et membre de la garde républicaine de Moustapha Hamdane.
Conclusion :
L’utilisateur ou les utilisateurs de cette carte prépayée le 14 février 2005 est ou sont significatif(s) et l’identification de cet individu ou de ces individus est une priorité pour cette enquête.
4 – L’enquête australienne
193 – Dans une interview à la commission, Adnane Addoum, ministre de la Justice à l’époque de l’attentat, a déclaré qu’il croyait nécessaire que les enquêteurs de la commission poursuivent leurs investigations et interrogent les six Australiens considérés comme suspects pour les motifs de leur voyage. Il a aussi indiqué son point de vue, selon lequel le fait que le véhicule présumé ayant été utilisé dans l’attentat avait le volant à droite (comme c’est le cas en Australie), il fallait mettre davantage de soupçons sur ces six suspects. Il a ajouté qu’à son opinion, « en raison de la pression exercée par les médias et les milieux religieux, le juge d’instruction n’a pas donné suffisamment d’importance à ce fait ».
194 – Les enquêteurs de la commission internationale ont examiné intensivement les résultats des enquêtes libanaise et australienne au sujet des six suspects et, comme expliqué plus loin, ont conclu qu’il n’y avait aucune base laissant croire à l’éventualité d’une implication de leur part dans l’assassinat de Hariri. En menant cet examen, les enquêteurs de la commission étaient aussi conscients de l’existence de six cartes SIM utilisées en relation avec l’attentat, et que le recours à ces cartes SIM a pris fin au moment de l’explosion. Prenant note du fait qu’il existait six suspects australiens, et six cartes SIM suspectes, ce qui constitue une singulière coïncidence, la commission a estimé qu’un examen des enquêtes libanaise et australienne dans ce domaine serait prudent.
195 – Ayant étudié de près le dossier, la commission est en mesure de mettre en relief les points suivants :
– Les autorités libanaises ont demandé l’assistance d’Interpol pour localiser et interroger les suspects identifiés en accord avec le protocole établi.
– Le protocole suivi par Interpol était correct.
– Les autorités australiennes ont été contactées par le biais d’Interpol pour suivre l’affaire.
– Les autorités australiennes ont procédé à des investigations intensives et ont présenté un rapport de leurs conclusions aux autorités libanaises.
– Les autorités libanaises ont suspendu cette ligne d’enquête à la lumière du rapport présenté par les autorités australiennes.
Conclusion :
Sur la base de ce qui précède, l’enquête menée par les autorités australiennes et les résultats obtenus peuvent être considérés comme probants. Les soupçons de M. Addoum ne sont pas fondés ni étayés par une quelconque preuve. La poursuite de l’enquête sur cette voie a empêché les autorités libanaises de suivre d’autres voies.
5 – Ahmed Abdel Aal
196 – Cheikh Ahmed Abdel Aal, figure de proue des Ahbache, était responsable des relations publiques et des renseignements militaires des Ahbache, l’Association des œuvres de bienfaisance islamiques, un groupement libanais ayant historiquement des liens étroits avec les autorités syriennes. Il est apparu que Abdel Aal était un personnage important, à la lumière de ses liens avec plusieurs aspects de cette enquête et de son téléphone portable qui lui a servi à entrer en contact avec toutes les personnes importantes figurant dans cette enquête. En fait, nul plus que Abdel Aal n’était autant lié à tous les aspects de cette enquête.
197 – Abdel Aal a été entendu par la commission d’enquête internationale en tant que témoin puis de suspect. Par moment, son comportement et certaines de ses déclarations durant son audition permettent de croire à un recel d’informations. Ainsi, il a tenté d’occulter son nom en cédant, le 12 mars 2005, la puce prépayée de son téléphone mobile à son ami, Ahbache également, Mohammed Halouani, demandant que la carte soit enregistrée au nom de ce dernier. Durant son interrogatoire par la commission d’enquête internationale, il a hésité plusieurs heures avant de reconnaître que le numéro de téléphone en question était en fait utilisé par Ahmed Abdel Aal. En outre, selon sa déclaration, le 14 février 2005, Abdel Aal a quitté son domicile pour se rendre au bureau des Ahbache. Le relevé de ses contacts téléphoniques indique qu’à 11h 47 il a reçu une communication émanant d’un correspondant qui avait appelé son domicile plusieurs fois juste avant l’explosion – à 12 h 26, 12 h 46 et 12 h 47. Alors que Abdel Aal a indiqué à la commission d’enquête internationale avoir appelé chez lui peu après l’explosion, à 12 h 56, le relevé téléphonique indique que l’appel a été fait à 12 h 54, deux minutes avant l’explosion. Abdel Aal a affirmé n’avoir pas quitté le bureau des Ahbache, le jour de l’explosion, pour des raisons de sécurité. Le relevé de ses appels révèle quatre appels à l’officier des renseignements syriens Jameh Jameh, à 11 h 42, 18 h 14, 20 h 23 et 20 h 26. Selon un témoin, Abdel Aal se trouvait dans le bureau de Jameh Jameh à 19 h 30 le soir de l’attentat, pour parler de M. Abou-Adass. En outre, peu après s’être rendu dans le bureau de Jameh Jameh, le téléphone portable de Abdel Aal a enregistré un appel adressé à 19 h 56 au général Ghazali. Abdel Aal a tenté par ailleurs d’aiguiller l’enquête sur la piste de M. Abou-Adass non seulement en fournissant aux autorités libanaises, peu après l’explosion, d’amples informations sur celui-ci, mais aussi en déclarant à la commission d’enquête internationale que le service de sécurité des Ahbache avait noté la présence de M. Abou-Adass, avant l’assassinat, dans le camp de Aïn el-Héloué en compagnie d’Abou-Obeida, l’adjoint du chef du groupe terroriste Esbat al-Ansar.
198 – Il y a eu également de nombreux contacts, le jour de l’explosion, entre Ahmed Abdel Aal et la Sécurité d’État libanaise. Par exemple, il téléphonait presque quotidiennement au général de brigade Fayçal Rachid, chef de la sécurité pour la ville de Beyrouth. Le 14 février 2005, ils ont eu des contacts par téléphone à 10 h 35, 20 h 08, 21 h 13, 21 h 40 et 22 h 16. Ahmed Abdel Aal a eu des contacts avec le suspect Raymond Azar, de l’armée libanaise, le 14 février 2005 ainsi que les 16 et 17 février 2005. Il y a eu un appel téléphonique à partir du portable d’Albert Karam, un autre membre des services de renseignements de l’armée libanaise, et Ahmed Abdel Aal le 14 février à 12 h 12, près de 44 minutes avant l’explosion.
199 – À partir du téléphone de Abdel Aal, de très nombreux contacts ont été établis avec la ligne de Moustapha Hamdane et 97 appels ont été enregistrés entre ces deux, entre janvier et avril 2005. Parmi ces appels, quatre ont été effectués le 14 février 2005 après l’explosion. Ahmed a eu deux contacts téléphoniques avec son frère, Walid Abdel Aal, un membre de la garde républicaine, le jour de l’explosion à 16 h 15 et à 17 h 29. En outre, Abdel Aal a reçu un appel le 11 février 2005 à 22 h 17 à partir de la cabine téléphonique utilisée pour appeler al-Jazira peu après l’explosion, le 14 février. Il a également reçu un appel le 14 février 2005 à 19 h 34 et le 26 février 2005 à 9 h 33 à partir de la cabine utilisée pour appeler Reuters peu après la déflagration.
200 – Abdel Aal était en fréquent contact avec son frère Mahmoud Abdel Aal, qui est un membre actif des Ahbache. Les appels téléphoniques effectués à partir du numéro de Mahmoud Abdel Aal sont eux aussi intéressant : il a effectué un appel quelques minutes avant l’explosion, à 12 h 47, au téléphone portable du président libanais Émile Lahoud puis à 12 h 49 au téléphone portable de Raymond Azar.
201 – Abdel Aal avait des attaches notables avec une cache d’armes découvertes au sud de Beyrouth en juillet 2005 où une descente des Forces de sécurité intérieure a été effectuée le 26 juillet 2005. Cinq personnes avaient alors été arrêtées, ayant des liens étroits avec l’ancienne milice des mourabitoun. L’une des personnes arrêtées était le garde du corps et chauffeur de Majed Hamdane, frère de Moustapha Hamdane, qui dirige une société fournissant du personne de sécurité à l’hôtel Saint-Georges. Abdel Aal aurait trouvé un emploi d’électricien au palais présidentiel à l’une de ces personnes arrêtées. De plus, immédiatement après ces arrestations, une autre personne avait réussi à s’enfuir et avait téléphoné à Ahmed Abdel Aal.
Conclusion :
Les preuves, y compris ses liens avec d’autres noms importants, notamment Moustapha Hamdane et la garde présidentielle, ses appels téléphoniques et son implication dans l’enquête sur M. Abou-Adass font d’Ahmed Abdel Aal un élément-clé de toute enquête à venir.
VI. CONCLUSIONS
202 – Il est de l’avis de la commission que l’attentat du 14 février 2005 a été réalisé par un groupe disposant d’une organisation étendue et de ressources et de possibilités considérables. Le crime avait été préparé pendant plusieurs mois. À cette fin, les mouvements de M. Rafic Hariri avaient été surveillés, et les itinéraires de son convoi notés de manière détaillée.
203 – Compte tenu des résultats de la commission et des investigations libanaises à ce jour, sur la base du matériel et des preuves écrites rassemblées ainsi que des fils de l’enquête suivis jusqu’ici, il existe des preuves convergentes montrant à la fois l’implication libanaise et syrienne dans cet acte terroriste. C’est un fait bien connu que le renseignement militaire syrien a eu une présence envahissante au Liban au moins jusqu’au retrait des forces syriennes, à la suite de la résolution 1559. Les anciens hauts responsables de la sécurité au Liban étaient désignés par lui. Vu l’infiltration des institutions et de la société libanaises par les services de renseignements syrien et libanais œuvrant en tandem, il serait difficile d’imaginer un scénario où un complot en vue d’un assassinat aussi complexe aurait pu être mené à leur insu.
204 – Il est également de l’avis de la commission que l’assassinat de M. Hariri s’est déroulé dans un contexte de polarisation et de tension politiques extrêmes. Les accusations et les contre-accusations visant principalement M. Hariri au cours de la période précédant son assassinat corroborent la conclusion de la commission que le motif probable de l’assassinat était politique. Cependant, puisque le crime n’était pas l’œuvre des individus mais plutôt d’un groupe sophistiqué, il est fort possible que la fraude, la corruption et le blanchiment d’argent aient également constitué des raisons pour que certains individus participent à l’opération.
205 – La commission considère que l’enquête doit se poursuivre durant un certain temps. Durant la période de temps courte de quatre mois, plus de 400 personnes ont été interrogées, 60 000 documents ont été passés en revue, plusieurs suspects identifiés et quelques fils conducteurs principaux établis. Cependant, l’enquête n’est pas complète.
206 – La commission conclut que l’enquête continue devrait être poursuivie et poussée par les autorités judiciaires et sécuritaires appropriées, qui ont prouvé durant l’investigation qu’avec l’aide et le soutien internationaux, elles peuvent aller de l’avant et parfois prendre l’initiative d’une façon efficace et professionnelle. En même temps, les autorités libanaises devraient examiner l’ensemble des ramifications de l’affaire, y compris les transactions bancaires. L’explosion du 14 février doit être prise en compte dans le cadre de la série d’attentats qui l’ont précédé et qui ont suivi, puisqu’il pourrait y avoir des liens entre certains d’entre eux, sinon entre tous.
207 – La commission est donc d’avis qu’un effort soutenu de la part de la communauté d’enquête internationale pour établir une plate-forme d’assistance et de coopération avec les autorités libanaises dans le domaine de la sécurité et de la justice est essentielle, si les autorités libanaises le souhaitent. Ceci renforcera considérablement la confiance des Libanais dans leur système de sécurité, tout en restaurant leur propre confiance dans leurs capacités.
208 – La décision récente de procéder à de nouvelles nominations de hauts responsables sécuritaires a été bien accueillie par toutes les parties libanaises. C’était une étape importante vers l’amélioration de l’intégrité et de la crédibilité de l’appareil sécuritaire. Cependant, cette étape s’est produite après un mois de vide sécuritaire et au terme d’un long débat politico-communautaire. Beaucoup doit être fait pour surmonter les divisions sectaires, pour démêler la sécurité de la politique, et pour restructurer l’appareil sécuritaire, dans le but d’éviter les interférences dans les prérogatives et l’action menée, pour accroître l’efficacité de cette action.
209 – Après avoir interrogé des témoins et des suspects de la République arabe syrienne et établi que beaucoup d’indices conduisent directement à une implication de responsables sécuritaires syriens dans l’assassinat, la commission conclut qu’il incombe à la Syrie de clarifier une partie considérable des problèmes restés sans solution. Si les autorités syriennes ont coopéré à un certain degré avec la commission après avoir hésité au départ, plusieurs personnes interrogées ont tenté de fausser le cours de l’enquête, en donnant des déclarations erronnées ou imprécises. Il s’est avéré que la lettre adressée à la commission par le ministre syrien des Affaires étrangères de la République arabe syrienne contenait des informations fausses. Tous les tenants et les aboutissants de l’assassinat ne peuvent être déterminés que par une enquête exhaustive et crédible qui devrait être conduite de manière entièrement transparente, de façon à satisfaire pleinement la volonté internationale de rigueur.
210 – En conséquence de l’enquête menée par la commission à ce jour, un certain nombre de personnes ont été arrêtées et accusées de conspiration de meurtres et de crimes liés à l’assassinat de M. Hariri et de vingt-deux autres personnes. La commission est naturellement d’avis que toutes les personnes, y compris celles chargées de crimes sérieux, devraient être considérées innocentes jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie et prouvée à l’issue d’un procès équitable.
Sources : LORIENT LE JOUR
LES PASSAGES EPURES
Voici certains passages qui ont été épurés de la version officielle du rapport Mehlis remise dans la nuit de jeudi à vendredi à la presse. La délégation britannique a toutefois laissé filtrer la version originelle du rapport à plusieurs organes de presse. Ces passages citent des noms de responsables syriens et libanais, ainsi que la Banque al-Madina :
96 – Un témoin, d’origine syrienne mais résidant au Liban, prétend qu’environ deux semaines après l’adoption de la résolution 1559 par le Conseil de sécurité, de hauts responsables officiels libanais et syriens, Maher el-Assad, Assef Chawkat, Hassan Khalil, Bahjat Sleimane et Jamil al-Sayyed, ont décidé d’assassiner Rafic Hariri. Il a prétendu qu’un haut responsable libanais, Sayyed, de sécurité, s’est rendu à plusieurs reprises en Syrie pour planifier le crime, se réunissant une fois à l’hôtel Méridien à Damas et plusieurs fois au palais présidentiel et au bureau d’un haut responsable syrien de sécurité, Shawkat. La dernière réunion a été tenue à la maison du même haut responsable syrien, de la sécurité, Shawkat, environ sept à dix jours avant l’assassinat et comprenait un autre haut responsable libanais de sécurité, Moustapha Hamdane. Le témoin entretenait des relations étroites avec des officiers syriens supérieurs en poste au Liban.
204 – Il est également de l’avis de la commission que l’assassinat de M. Hariri s’est déroulé dans un contexte de polarisation et de tension politiques extrêmes. Les accusations et les contre-accusations visant principalement M. Hariri au cours de la période précédant son assassinat corroborent la conclusion de la commission, selon laquelle le motif probable de l’assassinat était politique. Cependant, puisque le crime n’était pas l’œuvre des individus mais plutôt d’un groupe complexe, il est fort possible que la fraude, la corruption et le blanchiment d’argent, impliquant probablement la Banque al-Madina, aient également constitué des raisons pour que certains individus participent à l’opération.
206 – La commission conclut que l’enquête continue devrait être poursuivie et poussée par les autorités judiciaires et sécuritaires appropriées, qui ont prouvé durant l’investigation qu’avec l’aide et le soutien internationaux, elles peuvent aller de l’avant et parfois prendre l’initiative d’une façon efficace et professionnelle. En même temps, les autorités libanaises devraient examiner l’ensemble des ramifications de l’affaire, y compris les transactions bancaires, à travers la Banque al-Madina. L’explosion du 14 février doit être prise en compte dans le cadre de la série d’attentats qui l’ont précédée et qui ont suivi, puisqu’il pourrait y avoir des liens entre certains d’entre eux, sinon entre tous.
Sources : LORIENT LE JOUR
Posté par Adriana Evangelizt