TOUT VA MAL POUR BUSH

Publié le par Adriana Evangelizt

bush en terrain miné...

Enlisement et mensonges à répétition en Irak, affaires de corruption à domicile, scandale des prisons secrètes et des tortures de la CIA, inquiétudes sur la situation économique... L'hiver s'annonce rude pour le président américain

«Un nuage de malaise refroidit l'enthousiasme des fêtes de fin d'année », titrait joliment le « Philadelphia Inquirer » de ce lundi. C'est peu dire. Pour la moitié des citoyens américains qui souffrent depuis cinq ans sous la férule de George bush, l'actualité récente ressemble à un déluge de feu. Pas un jour ne passe sans qu'une nouvelle calamiteuse vienne déloger celle de la veille, qui en temps normal aurait suffi à nourrir les pitbulls de la presse pendant une bonne semaine. Lesquels pitbulls sont dans une forme olympique. Ils ont rebaptisé Dick Cheney « Vice » ou « Velcro » (tout ce qui va mal dans cette administration vient se coller sur lui), ils ne respectent même plus le commander-in-chief : le discours de bush, mercredi dernier, détaillant une « stratégie nationale pour la victoire en Irak », a suscité les quolibets, avec ses paragraphes et sous-paragraphes aux allures présentation informatique. « Le mot «clair» est apparu tellement souvent dans son speech que j'ai cru que j'assistais à un congrès de la Scientologie », ricane Ward Harkavy, du « Village Voice ». Et le « Washington Post » a vite fait de découvrir que les petits génies de la Maison-Blanche avaient appelé à l'aide deux universitaires pour concocter ce discours, l'un de ces crânes d'oeuf confiant au « Post » cette vérité profonde : « Le facteur le plus important, pour déterminer le soutien du public à une guerre, est la perception de ce que la mission sera couronnée de succès »...


La presse ne se contente pas de planter des banderilles dans le cuir du Texan. Elle enquête ferme, comme on avait oublié qu'elle savait le faire. Chaque jour ou presque, un article fleuve ouvre les vannes d'un nouveau scandale. Mercredi dernier, c'était le « Los Angeles Times », qui, après avoir interviewé « plus de quarante personnes » au plus haut niveau, donnait une description apocalyptique d'une police irakienne infiltrée jusqu'à la moelle par les milices. Le même jour, le même quotidien révélait que le Pentagone vendait des articles clé en main à la presse irakienne, via un certain Lincoln Group, alors même que la veille Donald Rumsfeld célébrait la liberté de la presse en Irak : « Ils ont des médias libres, c'est une soupape. Ils débattent et parlent et argumentent et discutent »... Et se plaignent : « Si j'avais su que c'était le gouvernement américain qui vendait les articles, j'aurais demandé beaucoup, beaucoup plus d'argent », confiait un rédacteur en chef au « Guardian » !


Et s'il ne s'agissait que des médias... Au Congrès, c'est l'hallali. Sur l'immigration, la réforme fiscale, la torture en Irak ou les forages pétroliers en Alaska, ce ne sont que batailles rangées, affrontements entre républicains durs ou modérés, sénateurs et représentants, Capitole et Maison-Blanche. A la Chambre des Représentants, la droite est agitée par un chahut sans fin depuis que Tom DeLay, le rottweiler de service, n'est plus là pour tenir ses troupes. Inculpé au Texas pour blanchiment de fonds, il a démissionné en septembre de son poste. Ce n'est pas tout : son cher ami Jack Abramoff, un lobbyiste bien parti pour entrer dans le « Guinness Book » des ripoux, va probablement avoir bientôt affaire à la justice, ce qui donne des sueurs glaciales à quelques dizaines d'élus républicains. Quoi d'autre ? La confession éplorée de Randy « Duke » Cunningham, un vétéran républicain influent de la Chambre des Représentants, qui a reconnu avoir empoché 2,4 millions de dollars en pots-de-vin des marchands d'armes, pouvant ainsi se payer une Rolls-Royce et quelques belles commodes.


bush doit même se protéger de ses alliés les plus fidèles. La droite religieuse, unie comme un seul homme derrière lui jusque après sa réélection, fait désormais la fine bouche. En torpillant méchamment la candidature de Harriet Miers à la Cour suprême, elle a montré qu'elle n'avait d'ordre à recevoir de personne. Dick Cheney ? A chaque fois qu'il entrouvre la bouche dans un rictus désormais célèbre, les conseillers en image de la Maison-Blanche blêmissent. Donald Rumsfeld ? Lui, il a pété un boulon depuis longtemps. L'été dernier, il affirmait doctement qu'il ne fallait pas parler de « guerre contre la terreur » mais de « lutte globale contre l'extrémisme violent ». La semaine dernière, il a rayé du vocabulaire le terme d'« insurgés » à propos de l'Irak. C'est « une épiphanie » qui lui est venue comme ça, un week-end, explique-t-il. Exit les insurgés, donc, et bienvenue aux « ennemis du gouvernement irakien légitime »...


Tout se passe comme si le destin s'acharnait à saper un à un les points forts de bush. L'homme qui ne ment pas ? Le président qui a « redonné son honneur à la Maison-Blanche » ? Terminé. Un autocollant aperçu sur un pare-chocs résume le sentiment dominant : « Bill lied, Hillary cried ; George lied, thousands died » (Bill a menti, Hillary a pleuré ; George a menti, des milliers sont morts). Le président qui protège l'Amérique contre une nouvelle attaque terroriste ? A en croire les anciens membres de la commission du 11-Septembre, ce n'est pas le cas. Ils viennent de rendre un rapport accablant et affirment que « la sécurité des Américains ne figure pas en très bonne place sur la liste des priorités de Washington ».Même l'économie, qui joue normalement un rôle important dans la popularité des présidents, refuse de venir au secours de celui-ci : malgré la croissance et les créations d'emplois, deux Américains sur trois qualifient de « mauvaise » ou « passable » la santé économique du pays, et 58% prédisent que les choses vont empirer. La raison ? Les salaires stagnent et la classe moyenne craint - à raison - la disparition des bons jobs et d'une couverture sociale digne de ce nom.


L'Irak, où les élections parlementaires doivent se dérouler ce jeudi, domine, bien sûr, toute la scène politique. Dans ce domaine, une majorité d'Américains sont d'accord sur le fait qu'il serait déraisonnable de se retirer précipitamment. Pour le reste, le volontarisme de bush ne fait plus recette. Même les militaires doutent à voix haute : deux analystes du War College de l'US Army, qui avaient correctement annoncé les troubles de l'après-guerre en Irak, estiment que la présence de l'armée américaine ne peut pas s'étendre au-delà de trois ans. Ils critiquent l'effort « visant à bâtir un Etat dans un environnement culturel étranger que les Etats-Unis comprennent mal », comme au Vietnam, et résument parfaitement le « dilemme de long terme de la position américaine en Irak : nous ne pouvons pas rester, nous ne pouvons pas partir, et nous ne pouvons pas échouer ».

Sources : NOUVEL OBSERVATEUR

Posté par Adriana Evangelizt

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