LE MONDE CACHE DE BUSH
Une analyse très intéressante de De Défensa sur le courant actuel aux USA...
LE MONDE BLACK DE GW
Le long article du Washington Post du 30 décembre sur la position et l’activité de la CIA aux Etats-Unis est plein de signification. L’article a des prolongements d’analyse suggérant une évolution structurelle radicale. Il nous décrit une machinerie de sécurité nationale (la CIA, mais en fait plus que la CIA) qui continue de s’étendre dans ses structures et ses activités depuis 2001. En même temps, cette situation dynamique mise de plus en plus à découvert provoque de plus en plus de réactions hostiles (« Covert CIA Program Withstands New Furor — Anti-Terror Effort Continues to Grow »).
L’intérêt de l’article est qu’il constitue une somme très révélatrice de l’état de l’évolution du renseignement américain, et plus généralement du monde “black” (secret) du système de l’américanisme depuis le 11 septembre 2001. Il met en évidence, à notre sens, quelques points essentiels d’une situation tout à fait nouvelle mais point surprenante, — “tout à fait nouvelle” parce qu’exposée de plus en plus en pleine lumière, “pas étonnante” parce que de nombreux signes alimentaient des hypothèses dans le sens d’une situation qui nous est décrite, — et dont l’origine est à chercher dans la Guerre froide, voire dans les origines de la Guerre froide… (Dans ce cas, la correspondance entre Gladio et 9/11 prend tout son sens.) L’article fait ce travail de mise en évidence de façon plus ou moins volontaire, de façon plus ou moins consciente, en mesurant plus ou moins les implications de ce qu’il met à découvert.
Nous tentons de mentionner les points qui nous apparaissent importants. Ils dépassent largement le seul cadre politique et de sécurité de l’actuelle situation aux Etats-Unis. Mis bout à bout ou confrontés les uns aux autres, ces divers points doivent conduire à des interrogations fondamentales sur la forme même du système américaniste et, par conséquent, sur les rapports de ce système avec le reste de l’Occident.
« The effort President Bush authorized shortly after Sept. 11, 2001, to fight al Qaeda has grown into the largest CIA covert action program since the height of the Cold War, expanding in size and ambition despite a growing outcry at home and abroad over its clandestine tactics, according to former and current intelligence officials and congressional and administration sources.
» The broad-based effort, known within the agency by the initials GST, is compartmentalized into dozens of highly classified individual programs, details of which are known mainly to those directly involved. »
« Gen. Michael V. Hayden, deputy director of national intelligence, has described the administration's philosophy in public and private meetings, including a session with human rights groups.
» “We're going to live on the edge,” Hayden told the groups, according to notes taken by Human Rights Watch and confirmed by Hayden's office. “My spikes will have chalk on them. . . . We're pretty aggressive within the law. As a professional, I'm troubled if I'm not using the full authority allowed by law.” Not stopping another attack not only will be a professional failure, he argued, but also “will move the line” again on acceptable legal limits to counterterrorism. »
Ces divers constats et remarques font prendre conscience d’une évolution décisive aux USA, depuis le 11 septembre 2001. Il y a eu des aspects spectaculaires, des polémiques, des scandales, etc. Mais cette enquête nous dit bien plus encore : c’est un véritable changement de culture qui s’est installé, fondé sur une modification radicale de la perception du monde. Nous serions tentés d’aller plus loin encore en proposant l’idée qu’il s’agit d’un changement de la psychologie même, affectant les dirigeants américains en général.
Désormais, ce qui était l’exception et l’accident dissimulé devient la règle d’action au grand jour. Le monde secret (black) n’est plus le monde secret, il est devenu la norme. Ce qui est très frappant, éventuellement choquant, ce n’est pas tant les pratiques de la CIA (et du reste) que le fait que ces pratiques soient de plus en plus mises à jour, acceptées, voire prônées comme une façon normale de faire.
L’Amérique ne se transforme nullement en État policier. Les innombrables querelles juridiques en cours, suivies d’effets, de polémiques légalistes, de plaidoiries juridiques, etc., montrent que l’architecture juridique du pays reste extrêmement puissante, active et efficace, et qu’elle est utilisée par des oppositions-dissidences très déterminées. (Ces pratiques subsisteront parce qu’elle sont nécessaires au fonctionnement du système économique.) Mais le système, lui, acquiert une psychologie d’État policier, où l’activité policière sous toutes ses formes constitue la principale activité, et la principale activité considérée.
La perspective américaine est beaucoup moins vers une dérive fasciste et/ou policière que dans une contradiction qui va aller jusqu’à l’exacerbation et le désordre entre cette nouvelle psychologie et un corpus légal de plus en plus puissant et de plus en plus efficace à mesure qu’il gagne en expérience dans l’usage qui en est fait contre le système. (Autant l’administration GW s’attribue des pouvoirs extraordinaires dans l’interprétation qu’elle fait de la loi, autant les actions qui sont menées contre elle et les mesures préventives qu’elle est conduite à prendre pour éviter les effets extrêmes de ces mesures contribuent à freiner, voire à paralyser sa politique dans nombre de cas importants.) C’est une application surprenante de la situation illustrée par le mot de William M. Arkin (« Détruire notre pays pour pouvoir mieux le sauver ») ; c’est une application poussée à l’extrême du paradoxe puisque la même formule à peine modifiée pourrait être reprise par les adversaires de GW qui mobilisent l’appareil juridique ; eux laissent croire qu’ils iront jusqu’à “détruire notre système pour pouvoir mieux le sauver”…
Sources : DE DEFENSA
Posté par Adriana Evangelizt