Cheney dangereux en campagne ou en ville
Dick la gâchette, un danger à la ville comme à la campagne
par Marc-Olivier Bherer
Washington, le vice-président américain Dick Cheney doit gérer les conséquences d'un accident survenu au Texas : il a involontairement tiré sur un compagnon de chasse, le blessant sans mettre sa vie en danger. L'occasion est trop belle pour la presse, qui critique la politique de communication de la Maison-Blanche.
"Je vous avais bien dit que Dick Cheney était dangereux", ironise le chroniqueur Eugene Robinson, du Washington Post. Harry Whittington, l'homme blessé par Cheney au cours de cette partie de chasse, le week-end dernier, est sans doute d'accord aujourd'hui, alors qu'il panse ses plaies dans un hôpital du Texas. Véritable dindon de la farce dans cette chasse à la caille, il serait même responsable de sa propre infortune, selon la version officielle défendue par la Maison-Blanche. Il aurait quitté son poste de guet et aurait surgi dans la ligne de mire du numéro deux américain au moment où celui-ci appuyait sur la gâchette pour abattre un volatile.
Doutant de la véracité de cette histoire, le New York Times relève que le vice-président a enfreint l'une des premières règles de sécurité de la ligue américaine de défense du port d'armes, la National Rifle Association : "Soyez absolument sûr que votre tir atteindra la bonne cible. Tout aussi important, surveillez l'environnement de cette dernière afin que votre tir l'atteigne bien."
Dick la Gâchette, comme le surnomme le Washington Post, est cependant beaucoup moins pressé lorsqu'il s'agit de s'adresser aux journalistes. Cette histoire de chasse a été tenue secrète pendant vingt-quatre heures. La version officielle veut même que le président Bush ait été informé tardivement de ce coup de feu malencontreux, parce que Cheney était trop occupé à veiller au chevet du blessé. L'événement n'a finalement été divulgué que lorsque la femme du malheureux en a parlé à la presse locale, prenant de court les conseillers en communication de Washington.
"C'est la version de la Maison-Blanche, et elle s'y tient. Résultat, ce qui aurait fait un bon gag pour émission de variétés a tourné en élément révélateur des méthodes de ce gouvernement", commente le New York Times.
Sur le même ton, le Washington Post s'insurge contre la propension au secret de Cheney et dresse la liste des sujets que le vice-président s'efforce de garder dans l'ombre, comme il l'a fait avec cet accident de chasse. "Cheney semble croire que nous cherchons à en savoir trop sur ce que fait le gouvernement. Il ne pense pas avoir à nous dire pourquoi la Maison-Blanche se contente d'une politique énergétique qui ne se soucie pas des problèmes environnementaux et stratégiques liés au pétrole ; ni le pourquoi et le comment des écoutes effectuées par l'Agence de sécurité nationale (NSA) [un programme d'espionnage secret sur le territoire américain voulu par la Maison-Blanche et récemment dévoilé par le New York Times] ; ni comment ce gouvernement mène sa guerre contre le terrorisme."
"Cet homme est hors de contrôle. Il est clair que Cheney est arrivé au gouvernement avec un agenda revanchard. Il a poussé si loin sa campagne pour garantir à la Maison-Blanche un pouvoir autocratique que même ses alliés au Congrès commencent à émettre des doutes", tonne le chroniqueur du quotidien de la capitale américaine.
Après sa mésaventure du week-end dernier, "le vice-président a tout l'air d'un adolescent qui croit pouvoir faire oublier la portière droite arrachée de la voiture familiale lors d'un accident, s'il n'en parle pas", selon le New York Times. Lui qui passe d'ordinaire pour un vieux grincheux, Cheney peut se consoler en pensant que cette affaire aura au moins rajeuni son image...
Sources : Courrier International
Posté par Adriana Evangelizt