Les Etats-Unis et l'Europe, le grand malentendu
Et c'est même plus qu'un malentendu... il est clair et net que le gouvernement Bush ne nous porte pas dans son coeur. A tous les imbéciles qui nous taxent d'anti-américanisme, nous précisons que ce sont les dirigeants des USA que nous critiquons et leur politique mais non les Peuples qui sont eux, comme nous, ils subissent. Nous sommes des universalistes avant tout mais contre la connerie humaine. Et dieu sait qu'elle est reine en ce monde...
Réconciliation transatlantique de circonstance
Rockwell A. Schnabel a occupé le poste d'ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'Union européenne de 2001 à 2005. Il a pris ses fonctions au lendemain des attentats du 11-Septembre et les a quittées après la visite de George W. Bush à Bruxelles, en février 2005, censée mettre fin aux désaccords provoqués par la crise irakienne. Il a donc été l'un des témoins privilégiés des vives tensions qui ont opposé les Etats-Unis à la "vieille Europe" brocardée par le secrétaire d'Etat américain à la défense, Donald Rumsfeld. De cette expérience, M. Schnabel a tiré un livre, Europe - Etats-Unis : un avenir commun (Alvik Editions). On se dit, après l'avoir lu, qu'en dépit des hommages rendus au projet d'intégration européenne, l'incompréhension demeure.
Elle s'exprime en particulier dans les réflexions de l'ancien ambassadeur sur "l'Union européenne comme superpuissance géopolitique". M. Schnabel s'inquiète beaucoup des tentatives de l'Europe pour "rééquilibrer" la relation transatlantique. C'est ce qu'il appelle la "rhétorique euro-gaulliste". Certes il sait bien que tous les partenaires de la France ne partagent pas cette ambition, mais il craint que l'idée ne fasse son chemin dès lors que la menace soviétique a disparu. Pour lui, il est inacceptable que l'Europe se donne pour objectif de faire "contrepoids" à la puissance américaine. La perspective d'un monde "multipolaire" lui semble lourde de dangers.
On aurait pu imaginer qu'au nom de l'apaisement des querelles entre l'Europe et les Etats-Unis, symbolisé par la visite de M. Bush à Bruxelles, M. Schnabel fasse un pas vers les thèses "euro-gaullistes" et tente au moins d'en comprendre les motivations. Non, il campe fermement sur ses positions et va jusqu'à condamner la proposition d'un quartier général européen distinct de celui de l'OTAN comme "un geste politique" et "une déclaration d'indépendance contre la domination américaine". Bref, si les relations entre l'Europe et les Etats-Unis sont en apparence meilleures, il est clair que sur le fond les divergences subsistent.
C'est aussi ce qui ressort d'une étude collective de l'Institut d'études de sécurité, centre de recherche de l'Union européenne dans le domaine de la défense, publiée sous le titre Friends again ? EU-US relations after the crisis ("Amis de nouveau ? Les relations euro-américaines après la crise") et consultable sur le site de l'Institut (www.iss-eu.org). Dans sa contribution, l'ancien directeur du Centre d'analyse et de prévision du Quai d'Orsay, Gilles Andréani, reconnaît que le concept de "multipolarité" est "vulnérable à la critique, voire à la caricature", d'abord parce qu'il dégage "un parfum de Realpolitik", ensuite parce qu'il adresse aux Etats-Unis "un message subliminal négatif", en donnant l'impression qu'ils sont mis sur le même plan que la Russie, la Chine ou l'Inde. Cela ne rend pas moins légitime, à ses yeux, l'aspiration à une société internationale qui maintienne une "pluralité de centres de décision autonomes".
Or cette idée, à en croire M. Schnabel, est rejetée par les Américains. On voit mal, dans ces conditions, comment la relation transatlantique pourrait connaître un réchauffement significatif. Nicole Gnesotto, directrice de l'Institut d'études de sécurité, a beau jeu de souligner, dans son introduction à cette même étude, que les rencontres destinées à sceller le rapprochement entre l'Europe et les Etats-Unis ne parviennent pas à masquer "le vide de cette réconciliation supposée". Les réflexes traditionnels, note-t-elle, sont de retour. Du côté américain, on insiste sur la primauté de l'OTAN. Du côté européen, on veut surtout éviter une crise avec l'Amérique. Dès lors, l'accalmie d'aujourd'hui relève plus d'une trêve de circonstance que d'une vision commune.
Sources : LE MONDE
Posté par Adriana Evangelizt