Rusie-Washington : eau dans le gaz
Voilà un article qui nous fait mieux comprendre pourquoi Washington stigmatise la Russie bien avant le problème iranien d'ailleurs...
Par Vladimir Simonov, RIA Novosti
La rencontre que les diplomates de haut niveau des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne ont eue à Moscou pour tenter de répondre à la question de savoir ce qu'il faut faire avec l'Iran n'a pas abouti parce que l'Occident, en particulier les Etats-Unis, et la Russie ont des visions différentes des méthodes pouvant être utilisées pour empêcher l'Iran d'accéder à l'arme nucléaire. Moscou continue d'estimer inacceptable toute forme de contrainte par la force. Toutefois, la Russie et les Etats-Unis sont pleinement d'accord sur l'essentiel: l'Iran, tout comme la Corée du Nord, ne doit pas posséder la bombe.
Malheureusement, à quelques semaines de la tenue du G8 à Saint-Pétersbourg (juillet), les domaines où prédominerait l'unanimité de la Russie et des Etats-Unis se font de plus en plus rares. On a l'impression qu'un chat noir est passé entre Moscou et Washington. Les experts russes sont préoccupés par le brusque durcissement des critiques de la Maison-Blanche vis-à-vis de la qualité de la démocratie et de la politique étrangère de la Russie. Pour eux, ces critiques sont injustes mais encore elles masquent des intérêts hostiles à l'égard de leur pays.
Examinons la situation avec le regard du Russe de la rue. Ivan Ivanov est perplexe: pourquoi Washington avait-il un faible pour l'état de choses qui prévalait en Russie dans les années 90, à l'époque de Boris Eltsine? En ce temps-là, il régnait un misérable semblant de démocratie servant à masquer les agissements des clans corrompus et oligarchiques qui menaient le Kremlin à la baguette. Pourquoi donc l'élite américaine, à commencer par le président Bill Clinton, s'était mis en tête que Boris Eltsine, en dépit de tous ses défauts, pouvait conduire le pays dans "la bonne direction"?
Pour la plupart des Russes, il ne fait aucun doute que Vladimir Poutine a reçu des mains de Boris Eltsine le pays et aussi le chaos dans lequel il était plongé. Quoi qu'il en soit le nouveau président a réussi à rétablir le système de gestion et à prévenir la désagrégation de la Russie.
Il est devenu une mode d'accuser la Russie de tous les péchés, notamment d'autoritarisme, de nourrir de nouveau des ambitions impériales et d'utiliser les gazoducs en qualité d'instrument pour régler ses problèmes extérieurs. Au mois de mars le Conseil américain pour les relations internationales a publié un rapport selon lequel la Russie de Poutine "est sur une mauvaise pente". La Maison-Blanche avait alors rendu publique une version renouvelée de la "Stratégie de sécurité nationale", recelant cette maussade mise en garde: "Les tentatives de la Russie pour freiner le processus de démocratisation dans ses murs et à l'étranger pourraient gêner le développement de ses rapports avec les Etats-Unis..."
Une règle saute aux yeux ici: le flot d'accusations grandit au fur et à mesure que la Russie se rétablit après l'attaque d'apoplexie suscitée par le changement de régime socio-économique. Plus le pays se fortifie et moins il plaît à certains milieux aux Etats-Unis. Autrement dit, les raisons de la seconde guerre froide rappellent beaucoup celles de la première. A l'époque, l'Occident était préoccupé par l'influence grandissante de l'Union soviétique en Europe orientale. Aujourd'hui, cette appréhension a pour origine la renaissance de la Russie en tant qu'Etat prestigieux, dynamique, avec lequel la communauté internationale doit compter.
La non-coïncidence des interprétations russe et américaine de la démocratie s'est accentuée tout récemment, après l'adoption par le Concile mondial du peuple russe, sous la direction de l'Eglise orthodoxe russe, de la Déclaration sur les droits et la dignité de l'homme. Au fond, ce document accuse d'immoralité le modèle occidental des libertés civiles. Les libertés et les droits extirpés de leur contexte moral peuvent inciter l'homme à verser dans la xénophobie, à humilier les sentiments religieux d'autrui et à commettre d'autres crimes et délits. La conception occidentale confond les droits de l'homme avec la permissivité, affirment les auteurs du document qui a connu un grand retentissement dans la société russe.
Ce point de vue pourra être contesté par beaucoup. Cependant, une chose évidente ressort de tout cela: il y a peu de chances pour que la foi messianique des Etats-Unis dans la supériorité de leur propre modèle de démocratie soit comprise en Russie.
Heureusement pour Moscou et Washington, mis à part le programme démocratique, il existe aussi un autre programme des relations russo-américaines, fondé celui-là sur des intérêts moins idéologisés et plus pragmatiques. Les Etats-Unis ont besoin de coopérer avec la Russie et cette dernière doit collaborer avec les Américains dans des domaines tels que la neutralisation du réseau terroriste Al-Qaïda, le maintien du caractère civil des recherches nucléaires de l'Iran et de la Corée du Nord, la sécurité de la production et de la répartition des produits énergétiques. Sans l'implication de la Russie, de ses ressources humaines et de ses technologies, le monde serait plus vulnérable face aux nouveaux périls transnationaux que sont la grippe aviaire ou encore le réchauffement du climat.
Sources : RIA NOVOSTI
Posté par Adriana Evangelizt