L'Occident n'existe plus
L'Occident n'existe plus
par Jean-Claude Courdy
Hormis les Etats-Unis, l'Occident n'existe plus, l'unilatéralisme américain l'a rayé de la carte du progrès humain
Ce n'est pas un jugement moral que de constater les conséquences dévastatrices pour la solidarité occidentale d'un unilatéralisme qui résoud les différends dans le cadre d'un rapport de force. Cela revient à poser en principe que, hormis les Etats-Unis, l'Occident n'existe plus.
Le journal "Le Monde" a soulevé récemment le problème de "la décontextualisation" du terrorisme.
Derrière ce néobarbarisme, se cache une problématique cruciale pour les démocraties. Un Etat, fût-il le plus puissant est-il habilité à prendre seul la décision d'entrer en guerre, soit contre un autre Etat au motif qu'il s'agirait d'un "état voyou" (rogue state en anglais), soit contre une nébuleuse qui telle une tornade dans le désert ferait place nette à l'intérieur d'une nation ?
Dans les années 30, avant le deuxième conflit mondial, la Ligue des Nations tentait de réglementer les relations inter étatiques au titre de la prévention des conflits. L'Allemagne et le Japon l'avait mise en échec par leurs décisions unilatérales; d'où la réflexion de Roosevelt qui imputait ce revers de l'organisation internationale à la pratique d'accords bi latéraux forcés ou non ainsi qu'aux décisions unilatérales des états.
Contre les "impérialismes" européens, l'Organisation des Nations Unies devait être le point de départ d'un nouvel ordre mondial plus juste. Les pères fondateurs de l'ONU substituaient à la diplomatie traditionnelle bilatérale, une diplomatie multilatérale que l'administration "Bush" veut affaiblir aujourd'hui.
Le Nouveau Credo Stratégique
Si les Américains veulent aujourd'hui se débarrasser d'une tutelle internationale qu'ils jugent encombrante, c'est essentiellement pour retrouver une liberté de décision qu'ils pensent avoir perdue en matière de jugement à propos de ce qui ressortit à l'intérêt national des Etats-Unis. L'autonomie de décision stratégique ne fait que recouvrir un droit exorbitant d'un état, d'imposer, si besoin est par la force, son point de vue à d'autres états.
La légitimation de la guerre préventive irait donc de soi puisqu'il s'agirait en somme d'une décision interne qui ne concernerait que le pays qui la prend. Il se trouve que dans le cas du terrorisme, tout le monde est concerné.
L'affaiblissement de l'organisation internationale par ceux là même qui l'ont créée, introduit au sein des Nations Unies un risque de gangrène qui pourrait ouvrir la boite de Pandore: On pense bien entendu à un conflit nucléaire entre l'Inde et le Pakistan, à une réédition de la guerre de Corée, à des massacres généralisés en Indonésie.
Pompiers en alerte sans moyens
Les feux de forêt couvent de toute part et les pompiers sont en alerte. Dans le cas de l'Irak, c'est comme si on leur interdisait de se déplacer et que le Président Bush leur ait signé une décharge. Parlez fort et haut, vous en avez le droit mais, in fine, je prendrai ma décision seul. Le président Bush a peut-être pensé que la décision des Etats-Unis de revenir à l'Unesco serait le gage d'une volonté de demeurer malgré tout au sein d'un contexte international. Mais, ce gage est nul dans la mesure où les faucons persistent dans leur volonté d'en découdre tous azimuts. Ce gage est non avenu tant que les Etats-Unis ne reviennent pas sur leur décision de remettre en cause des traités internationaux qu'ils ont signés. Le refus persistant du protocole de Kyoto ou le reniement des règles adoptées par l'OMC (WTO) en sont l'exemple concret.
L' Avenir du Terrorisme
Si le pays le plus puissant du monde s'ingénie à faire régner l'anarchie dans les relations internationales, il ne faut plus s'étonner que le terrorisme soit en train de s'engouffrer dans un vide juridique. Les coups portés aux états, le mépris pour tout ce qui n'est pas américain, favorisent les forces transnationales de désintégration des structures. Le terrorisme de demain ressemble à des métastases malignes. Il est facile de les affubler du même nom alors qu'elles ne recouvrent pas la même réalité. On s'en rend bien compte en scrutant la situation en Afghanistan, au Pakistan ou en Indonésie. Al Qaeda serait partout et nulle part.
En fait, il serait un peu simpliste de penser que le terrorisme est circonscrit dans un contexte bien précis. La seule certitude, c'est qu'il existe et qu' il véhicule une idéologie, prétexte à interdire et à tuer. Le seul ennemi capable de l'éradiquer, c'est une autre idéologie, la démocratie, à condition de la faire partager à tous les états nations responsables et non à quelques puissances qui n'auraient d'autre objectif que de préserver la pérennité de leurs super bénéfices.
Sources : GEOPOLITIS
Posté par Adriana Evangelizt