Scénarios US pour une guerre contre l'Iran

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

SCÉNARIOS US POUR UNE GUERRE CONTRE L’IRAN

 

par Mustafa el Labbad ( Extraits - Al Ahram Weekly, 5/4/06)

 

 

 

“Face aux Iraniens convaincus de leur droit à disposer de la technologie nucléaire dans le cadre des lois internationales, les Américains se positionnent avec l’arsenal militaire le plus puissant de l’histoire, qu’ils utilisent sans aucune restriction ni légale, ni morale, tout en prêchant leur concept d’empire universel fondé sur « une vision divine ».

 

 

 

«  En dépit du fait que l’Iran se conforme aux lois internationales, ainsi qu’à la Charte de l’Agence Internationale  pour l’Energie Nucléaire (AIEA) qui autorise l’enrichissement de l’uranium à des fins pacifiques et qu’il est signataire du Protocole Additionnel incluant des inspections surprise des installations nucléaires, il n’a pu prévenir les pressions américaines sur les membres du Conseil de l’AIEA. Le dossier fut ainsi soumis au Conseil de Sécurité de l’ONU pour action.

 

 

 

…. Pour les Américains, l’Iran n’a nul besoin d’un programme nucléaire dans la mesure où il possède de larges réserves de pétrole et de gaz. Mais l’ironie du sort est que ce sont les Etats-Unis mêmes  qui ont apporté la technologie nucléaire à l’Iran à l’époque du chah. … Les Etats-Unis ont été dans l’incapacité de prouver que l’Iran veut fabriquer des armes nucléaires (sans leur assentiment)…. Il semble donc que la solution militaire reste la solution préférée de Washington malgré les affirmations que « le scénario militaire n’est  pas envisagé pour l’instant ».

 

 

 

L’Iran a longtemps eu pour priorité, en matière de sécurité nationale, de jouer un rôle régional, poursuit l’auteur, indépendamment du régime en place, mais cette participation en tant que puissance régionale internationalement reconnue, ne sera possible que si l’Iran possède des « capacités nucléaires » auxquelles il pourrait renoncer à ce titre. « Et c’est exactement ce que ne veulent pas les Etats-Unis pour qui cette ambition permettrait à l’Iran de conduire avec  plus d’efficacité le camp opposé au plan US de « Grand Moyen Orient ».

 

 

 

L’influence régionale de l’Iran

 

« … Prés de trente ans après la Révolution Iranienne, au cours de laquelle l’Iran a dû faire face à un embargo US économique et diplomatique, suivi d’une guerre dévastatrice avec l’Irak de huit ans, l’influence régionale de l’Iran est au plus haut de toute son histoire moderne. Pour la première fois depuis l’établissement de la république irakienne en 1921, les alliés de l’Iran sont au pouvoir à Bagdad et y composent la majorité parlementaire… L’Iran continue d’avoir des relations avec Damas, plus étroites qu’avant en raison des pressions exercées sur la Syrie.

 

 

 

…Le Hezbollah est l’entité libanaise la plus forte, après avoir réussi à mettre un terme à l’occupation israélienne du sud Liban…… ce qui permet à l’Iran et à ses alliés une portée militaire dans les profondeurs d’Israël inconnue jusqu’alors. Ainsi la région entre la frontière occidentale de l’Iran  et le nord d’Israël est devenue le champ d’influences concurrentes entre les USA et l’Iran, ce dernier étant le plus fort en dépit de l’intense présence militaire américaine. »

 

 

 

Rappelant que l’influence de l’Iran atteint l’Afghanistan à travers l’Alliance du Nord, les milices Hazara et Tadjiks, l’Asie Centrale vers le Tadjikistan, et le Turkménistan, les rives de la mer Caspienne et le Caucase, Mustapha El Labbad prévoit qu’une frappe militaire US contre l’Iran entraînerait des ripostes sur une étendue géographique plus vaste, ayant un effet de dominos.

 

 

 

« Le programme nucléaire iranien est la priorité la plus haute du gouvernement iranien … surtout depuis l’arrivée au pouvoir du Président Ahmedinejad… qui a réussi à lier l’ambition nucléaire de l’Iran à l’honneur national, créant autour de lui un consensus, tant à l’intérieur de l’Iran que parmi l’opposition de l’extérieur. L’Iran produit des armes chimiques estimées à 1000 tonnes par an et possède aussi un petit arsenal d’armes biologiques. Aussi toute frappe militaire contre la centrale d’Ispahan où est enrichi l’uranium  conduirait immanquablement à une catastrophe d’une ampleur et d’une étendue géographique inconnues en raison de la dissémination probable de radiations nucléaires et de virus. D’un autre côté, l’Iran dispose d’un système de missiles de défense relativement avancé composé principalement d’un réseau de missiles air-sol S- 400 déployés le long de ses frontières d’un rayon d’action de 400Kms lui permettant de contre attaquer toute menace de pénétration aérienne. …Les installations nucléaires iraniennes sont de plus protégées par un réseau additionnel de missiles russes S 200…. De plus, l’Iran a conclu un accord avec la Russie, fin 2005, pour acheter 30 missiles sol- air de type Tor M1 d’une portée de 12 km seulement mais qui sont capables de toucher des cibles à 10 km de hauteur. Ce sera la troisième ceinture de défense aérienne autour notamment des installations nucléaires. »

 

 

 

« En termes de capacité d’offensive, l’Iran peut transporter des armes non conventionnelles à l’aide de missiles à fuel solide (Shihab-3) d’une porté de l 800 kms. L’utilisation du fuel solide pour propulser les missiles accroît leur vitesse de lancement et ce développement rend possible le transport d’une charge additionnelle, chimique ou biologique, dans les têtes de missiles, augmentant ainsi leur pouvoir destructeur. »

 

 

 

« C’est dans ce contexte que l’on doit comprendre les différents scénarios envisagés qui prennent en compte le postulat que les cibles politiques déterminent les cibles militaires.

 

 

 

Première option, une attaque militaire contre les bataillons des Gardiens de la Révolution et des objectifs stratégiques. Washington peut exhiber ses prouesses technologiques et faire usage de ses missiles transcontinentaux contre lesquels l’Iran ne dispose pas de défense… Mais qu’y gagneraient les USA ? Très probablement, l’Iran en sortirait grandi, après avoir été « traité injustement » et avoir « résisté » aux yeux de son peuple. Une frappe limitée n’arrêterait pas le programme nucléaire iranien, contredisant ainsi l’objectif politique US…

 

 

 

La deuxième option, est l’option israélienne. Les avions israéliens, pour atteindre l’Iran, doivent emprunter les couloirs aériens turcs, jordaniens ou irakiens, avec une préférence pour la Jordanie. Mais, d’un point de vue militaire, les avions israéliens ne pourraient pas atteindre tous les complexes nucléaires en Iran en un seul raid, situés à 1 600 km d’Israël. Ils auraient à parcourir 3 200 km dans les deux sens. Exploit impossible à moins d’approvisionnement en carburant dans un 3ème pays…  soumettant  ce dernier à des représailles de l’Iran…

 

 

 

Le 3ème scénario prévoit la destruction du programme nucléaire iranien qui, selon les experts US, durerait 2 à 3 semaines. Les sites seraient bombardés par des missiles transcontinentaux à partir de bases terrestres et maritimes… Selon ce scénario, approximativement 125 sites destinés à la production et au développement d’armes conventionnelles et non conventionnelles, des lieux de stockage, des centres de communication et des quartiers généraux des forces armées seraient l’objet de ces bombardements. Et ce, s’ajoutant aux installations nucléaires de Natanz, Arak et Boushir, ainsi qu’aux centres de recherche d’Ispahan et Téhéran. Il est plus que probable que l’Iran répondrait à cette attaque car, l’absence de réponse entamerait son prestige régional et sa légitimité et serait perçu comme une défaite politique du régime…

 

 

 

Le quatrième scénario s’appuie sur un changement de régime. Il demande plus de préparation militaire que le précédent, avec notamment des opérations non conventionnelles effectuées par des unités spéciales, des manœuvres recourant à des forces terrestres et des opérations en profondeur à l’intérieur de l’Iran. Washington manipulerait des groupes d’opposants présents en Irak – les Moudjahidine du Peuple – pour agir en territoire iranien. Les prévisions militaires initiales évaluent à 200 jours le déploiement de cet arsenal…

 

 

 

Iran : des capacités de riposte multiples

 

… L’influence de l’Iran ne se cantonne pas à son seul potentiel énergétique. Il donne sur le détroit d’Ormuz, qui étant donné sa capacité en matière de missile et ses forces navales, peut être facilement bloqué, gelant ainsi l’activité maritime de la région et stoppant le pompage du pétrole destiné aux marchés internationaux. Il est en fait certain que deux sous-marins de taille moyenne peuvent mettre un terme à l’activité dans le Golfe pendant des périodes étendues…

 

 

 

En raison de sa position stratégique, l’Iran peut aussi agir sur les oléoducs transportant le pétrole de la Caspienne à la Méditerranée à travers l’Azerbaïdjan et la Georgie. Ses capacités balistiques lui permettent théoriquement d’atteindre les centres de forage et d’extraction de la Mer Caspienne, pour la plupart propriétés des compagnies américaines et européennes.… C‘est ainsi que l’Iran peut déstabiliser le marché mondial du pétrole et répercuter aussi ses pertes vers les pays industrialisés…. Moyens qu’aucun pays du Tiers Monde n’avait entre les mains auparavant.

 

 

 

L’Iran peut s’en prendre :

 

a)      aux forces US en Irak à partir de l’Iran ou de l’Irak à travers ses alliés,

 

b)      aux bases militaires US dans le Golfe avec ses missiles,

 

c)       aux bases US en Afghanistan à partir du territoire afghan ou iranien par l’intermédiaire de ses alliés.

 

 

 

L’Iran peut aussi prendre pour cible Israël. Les missiles Shihab 3 lui porteraient un coup terrible si l’administration Bush décide d’activer les scénarios 3 ou 4.

 

 

 

… Un des aspects des préparatifs occidentaux sera d’accroître considérablement les réserves en pétrole en provenance de l’OPEC ou d’ailleurs.

 

 

 

… Des accords complémentaires avec les gouvernements irakien, azerbaïdjanais ou géorgien pour la construction de bases militaires aériennes et l’agrandissement des bases existantes afin de renforcer la force de frappe des unités aériennes participant aux opérations donneront le sens des événements…

 

 

 

Mais, les guerres militaires ne sont plus suivies par des guerres de propagande. Les médias sont le théâtre d’opérations sur lequel les guerres sont perdues ou gagnées d’avance… Tout d’abord, il faudra préparer le terrain pour démontrer la nature « diabolique » du régime iranien, ce qui est déjà fait. Ensuite, accentuer la crise et internationaliser la confrontation Etats-Unis/Iran… couplé à des sanctions économiques. Enfin, choisir le moment approprié pour la guerre. A ce moment là, les médias marcheront main dans la main avec les militaires et toute initiative pour régler le problème pacifiquement aura échoué.

 

Sources : IRAQTUAL

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAN

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