Le loup grec et les dieux
Nous sommes contents de trouver un article qui corrobore ce que nous disions ICI... à savoir que quelques sites iraniens désinforment totalement dans le but de pousser à la guerre en Iran... excellent article...
Le loup et les dieux grecs
par Raymond Clarinard
Depuis un mois, nous suivons semaine après semaine l'escalade dans les tensions entre l'Iran et la Communauté internationale, autrement dit, les Etats-Unis et ceux de leurs alliés qui ne soutiennent pas en même temps Téhéran. Pour l'instant, ce sont surtout les insultes qui fusent, plutôt que les missiles à vol rasant. Nous sommes encore à la phase primitive de la guerre, celle qui consiste à envoyer sur le terrain séparant les deux armées ceux des champions qui ont la plus forte voix afin qu'ils tancent vertement ceux d'en face.
Ensuite, quand les héros seront aphones, ou qu'ils auront épuisé leur lexique de noms d'oiseaux, ils se taperont dessus. Et si ça s'éternise, les deux armées finiront par se massacrer, dans la plus pure tradition antique. C'est ça qui est bien, avec la guerre : vous pouvez remplacer les massues et les glaives par des fusils d'assaut et des lance-roquettes, mais au bout du compte, c'est toujours la même chose. Le spectacle attirant les foules depuis des millénaires, on ne voit pas pourquoi on en changerait la formule.
Toujours est-il, donc, que pour l'heure, nos héros en sont encore à s'invectiver d'une capitale à l'autre. Ainsi le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a-t-il fait parvenir une lettre à son homologue américain. Une bouffée d'espoir a soufflé sur la planète. Etait-ce là une tentative de négociation ? Las ! nous explique le Christian Science Monitor, il n'en est rien : "Les experts considèrent qu'au lieu de représenter un pas quel qu'il soit en faveur d'un dialogue direct, cette lettre prouve à quel point Washington et Téhéran sont opposés, ces divergences étant encore aggravées par des équipes conservatrices qui, dans les deux camps, tirent davantage profit des bruits de bottes que de pourparlers éventuels."
Du reste, des deux côtés, on continue d'une part à s'armer, et d'autre part à laisser enfler les pires rumeurs sur l'ennemi. Le Jane's Intelligence Digest rapporte que "les Etats-Unis vont procéder à un essai d'explosif à forte puissance au mois de juin sur le complexe U16B du site d'essais du Nevada pour déterminer l'efficacité d'une grande bombe conventionnelle sur des cibles souterraines fortifiées". L'explosion "représentera l'équivalent de 0,5 kilotonne, soit la plus forte explosion conventionnelle jamais enregistrée". Un essai qui n'a évidemment rien d'innocent, et qui a sans doute entre autres pour but de montrer à Téhéran que ses installations souterraines ne seraient pas à l'abri dans l'éventualité d'un conflit.
Dans le même temps, certains médias font monter la pression auprès de l'opinion publique occidentale, comme pour mieux la préparer à des opérations contre l'Iran, procédé éprouvé et systématiquement utilisé depuis les années 1990 et la guerre en ex-Yougoslavie. Un site en particulier se charge de dresser le catalogue des fautes iraniennes : Iran Focus. Cliquez sur "About Us", et vous apprendrez que "Iran Focus est un prestataire de services à but non lucratif dans le domaine de l'information qui s'intéresse aux événements en Iran, en Irak et au Moyen-Orient. Disposant d'un réseau de spécialistes et d'analystes de la région et de correspondants et de journalistes dans plusieurs pays, Iran Focus est en mesure de fournir des informations et des analyses rapides et fiables sur la situation politique, sociale et économique dans la région."
Rapides, certes, mais fiables… tout dépend pour qui, puisque le site ne présente que des nouvelles négatives et alarmantes sur l'Iran. Comme cette reprise d'un article du Daily Telegraph affirmant que "l'hélicoptère Lynx [britannique] abattu au-dessus de Bassorah le week-end dernier a probablement été touché par un missile sol-air, qui aurait pu être obtenu en Iran". Il s'agirait d'une "arme de fabrication russe" dont "des centaines ont été vendues à l'Iran […] d'où certains, suppose-t-on, auraient été transférés aux rebelles irakiens". Vraie ou fausse, la nouvelle est lâchée, et c'est ce qui compte. Tout comme, toujours sur le même site, ces chiffres tirés "d'un sondage réalisé pour USA Today et Gallup" et d'un "autre sondage de Fox News", qui montrent deux choses allant étrangement dans le sens du Pentagone.
"Le [premier] sondage, mené du 28 au 30 avril, révèle que 33 % seulement des Américains disent avoir confiance dans les Nations unies pour gérer la situation liée au programme nucléaire iranien." Quant au sondage de la Fox, daté du 2 au 3 mai, il nous assène que "87 % des Américains considèrent l'Iran comme une menace potentielle". Il suffit de se référer aux dernières envolées lyriques d'Ahmadinejad à Jakarta à propos d'Israël pour se dire que si Téhéran avait la bombe, il y aurait peut-être effectivement de quoi s'alarmer.
Mais n'y a-t-il pas aussi de quoi s'inquiéter quand on découvre cette information que dévoile The Mirror ? En effet, selon le quotidien britannique, "quelque 200 000 fusils d'assaut AK-47 [le mondialement célèbre kalachnikov] envoyés par les Etats-Unis aux forces de sécurité irakiennes auraient peut-être atterri entre les mains de terroristes. […] Ces 99 tonnes d'armes auraient été embarquées secrètement à bord d'avions à partir d'une base américaine en Bosnie. Mais le chargement a disparu. Le ministère de la Défense américain aurait donné son feu vert à la transaction, mais l'affaire a été sous-traitée par le biais d'un réseau complexe de courtiers en armements privés."
200 000 AK-47 perdus par les Etats-Unis, qui n'auraient pas assez d'avions pour transporter eux-mêmes ces fusils et seraient donc obligés de faire appel à de douteux négociants ? Quand on pense que Donald Rumsfeld a failli avoir un coup de sang parce que le président vénézuélien Hugo Chávez avait acheté 100 000 de ces armes à la Russie pour équiper ses troupes…
D'ailleurs, la Russie semble en avoir désormais assez du double langage désastreux que tient la Maison-Blanche. Le 10 mai, dans le cadre de son discours sur l'état de la Russie, Vladimir Poutine n'a pas mâché ses mots. Ulcéré par les récentes déclarations du vice-président américain Dick Cheney à propos des dangers que courrait la démocratie à Moscou, il a rétorqué, d'après The Guardian : "Que deviennent tous ces emportements à propos de la défense des droits de l'homme et de la démocratie quand il est question de poursuivre ses propres intérêts ? Là, manifestement, tout est permis, sans absolument aucune restriction". Avant d'ajouter : "Nous sommes au fait de ce qui se passe dans le monde. Compère le loup sait qui dévorer, il mange sans écouter, visiblement, il n'a l'intention d'écouter personne."
Pris entre les "loups" de Washington, l'ours russe et les mollahs iraniens, reconnaissez que l'on ne sait plus à quels saints se vouer, voire à quels dieux. Heureusement, signale encore The Guardian, notre choix dans ce domaine devrait bien vite s'élargir puisqu'un tribunal d'Athènes a officiellement levé l'interdit sur le culte de douze dieux de l'antique Grèce, à la demande d'une poignée d'adorateurs qui assurent "défendre les traditions, la religion et l'éthique authentiques" des anciens. Nous voilà rassurés, ou presque. Car parmi les dieux en question se trouve le redoutable Arès, dieu de la guerre, faut-il le rappeler. Lequel, s'il revient sur notre bonne vieille Terre, ne manquera pas d'apprécier à quel point son secteur est florissant. Sans parler de Zeus qui, avec son sens de l'humour caractéristique, avait la déplorable habitude de transformer en loup les leaders qui se montraient trop gourmands…
Courrier international
Sources : Bethel
Posté par Adriana Evangelizt