Poutine : "Nous trouverons des solutions à tous les problèmes"

Publié le par Adriana Evangelizt

Poutine : "Nous trouverons des solutions à tous les problèmes"

Entretien du président Poutine avec les journalistes russes au terme du sommet Russie-UE de Sotchi

A. Kolesnikov (Kommersant): Quels sont les problèmes sur lesquels les parties n'ont pas pu s'entendre au cours du sommet?

V. Poutine: Comme je l'ai déjà dit, la discussion se poursuit sur les moyens d'exploiter les possibilités offertes par la Charte de l'énergie et par ses annexes relatives au transit. Nous n'avons jamais mis aucun obstacle au transit. Nous sommes prêts à remplir tous nos engagements envers nos partenaires. En ce qui concerne le travail sur la mise en oeuvre pratique de la Charte et de ses annexes, nous devons résoudre cette question globalement. Cela aussi je l'ai dit au cours de la conférence de presse. Il y a quelques années, nous étions tombés d'accord sur la liberté d'accès aux marchés européens pour nos matériaux nucléaires. Eh bien, ce processus s'est éteint petit à petit et pas sur notre initiative. Pourquoi devrions-nous revenir à des problèmes qui intéressent aujourd'hui nos partenaires et oublier nos propres intérêts? Nous ne sommes pas contre un dialogue sur ce terrain mais, qu'il aboutisse ou non, nous remplirons sans faute tous nos engagements sur nos contrats à long terme - nous en avons conclu pour dix à quinze ans - et là, il y a pas de doute.

A. Kolesnikov (Kommersant): On dit qu'un des partenaires allemands pourrait se retirer du consortium créé pour construire le Gazoduc nord-européen parce qu'il ne trouve pas les conditions convenables. Si l'un peut s'en aller, cela veut dire qu'un autre peut arriver?

V. Poutine: Cela dépend de nos partenaires allemands. Ils peuvent inviter d'autres sociétés à participer à leur part du projet. Ils peuvent choisir entre les sociétés allemandes ou celles d'autres pays européens. Certes, cela ne pourra pas se faire à notre insu, sans notre participation, mais nous n'aurons pas d'objection à une telle augmentation du nombre des partenaires dans ce projet.

O. Ossipov (RIA Novosti): Que pensez-vous de l'atmosphère, du climat des pourparlers? Ce n'est pas un secret que des représentants de la Commission européenne ont fait des remarques acerbes à la veille du sommet. Une telle pression avant ce genre de rencontre, avant un sommet du G8 est, somme toute, monnaie courante. Comment expliquez-vous cela?

V. Poutine: Ces spectacles en solo s'expliquent parfois uniquement par le monopole [occidental] sur les médias mondiaux. En ce qui concerne la discussion au niveau professionnel, je suis au plus haut degré satisfait de la façon dont elle s'est déroulée aujourd'hui. Dans l'ensemble, j'ai l'agréable sentiment que nous avons parlé aujourd'hui le même langage, nous nous sommes écoutés, entendus et compris les uns les autres. C'était un entretien au plus haut degré sur le plan professionnel dans une ambiance très amicale. L'entretien a été ouvert, franc et amical. Je sais que mes collègues sont du même avis.

O. Boïko (Russia Today): Qu'en pensez-vous, le nouvel accord sur la coopération et le partenariat avec l'Europe sera-t-il radicalement différent de celui qui existe actuellement?

V. Poutine: Je pense que le nouveau document de base sur lequel doivent être fondées nos relations avec l'Union européenne après 2007 doit naturellement être différent parce que nos relations ont changé. La nature, le cadre et la qualité de nos relations sont aujourd'hui d'un niveau plus élevé. La composition de l'Union européenne a changé, de nouveaux membres y ont été admis et un nouvel élargissement est envisagé. Nous voudrions nous entendre préalablement à l'élargissement sur certaines conditions liées à l'adhésion de nouveaux membres pour éviter de faire tort à nos relations, économiques en premier lieu, avec ces pays et avec l'ensemble l'Union européenne. Et deuxièmement, j'espère quand même que les négociations sur notre adhésion à l'Organisation mondiale du commerce seront un jour achevées, ce qui peut et doit être pris en considération dans le nouveau document.

Et enfin, aujourd'hui M. Mendelson a proposé de nous mettre au travail sur un document à propos d'une zone de libre échange entre la Russie et l'Union européenne. C'est une idée intéressante, nous allons analyser avec les Européens au niveau des experts l'idée formulée par M.Mendelson. Si cela trouve son expression dans des décisions, cela aussi devra être stipulé dans le nouveau document qui doit être mis à la base de notre coopération avec l'Union européenne.

N. Melikova (Nezavissimaïa gazeta): Vladimir Vladimirovitch, avez-vous débattu des questions liées à la préparation de la rencontre du G8 à Saint-Pétersbourg? Comment vont les préparatifs?

V. Poutine: Je pense qu'Igor Chouvalov peut vous le dire avec plus de détail et de façon plus professionnelle parce qu'il s'en occupe quotidiennement. D'une façon générale, je peux dire que les préparatifs portent déjà des fruits et permettent aux experts de se rencontrer au plus haut niveau, au niveau ministériel, de mener un dialogue professionnel, de trouver des solutions à des problèmes très importants pour nous. Cela se rapporte à tous les thèmes annoncés par la Russie comme prioritaires pour le sommet du G8. Ce sont, naturellement, le dialogue énergétique, la sécurité énergétique, l'enseignement, la lutte contre les maladies.

Bien sûr, en préparant la rencontre du G8 de Saint-Pétersbourg, nous discutons aussi sur l'ordre du jour international. Le problème le plus pressant est aujourd'hui l'Iran. Nous l'avons constamment dans notre champ de vision et les préparatifs rendent possibles des contacts intenses et la recherche de solutions.

A. Nikolaïeva (Vedomosti): Aujourd'hui, vous avez souligné à plusieurs reprises que les partenaires européens prétendaient à une participation au développement de notre filière énergétique. Vous avez dit qu'avant d'avoir de telles ambitions, il fallait aussi qu'ils nous fassent à leur tour des concessions. Comment ont-ils formulé concrètement leur proposition, ne cherchent-ils pas, par exemple, à réaliser une fusion avec l'une de nos sociétés?

V. Poutine: J'en ai parlé aujourd'hui au cours de la conférence de presse. Lorsque nous parlons de notre adhésion totale à la Charte de l'énergie et au protocole additif sur le transit, de quoi s'agit-il? Il s'agit du libre accès à l'infrastructure de production d'hydrocarbures et à l'infrastructure de transport. La question suivante se pose alors tout naturellement. Vous obtenez la liberté d'accès à ces infrastructures, mais qu'avons-nous en retour? Et nous entendons: vous aurez la même chose. Je leur ai déjà dit: où sont vos gisements, où pourrons-nous nous installer? Où sont vos réseaux de canalisations dont dispose Gazprom? Il n'y en a pas. Nous sommes d'accord pour vous donner cet accès. A l'avenir. Mais nous devons savoir ce que nous obtenons en échange.

Avec le groupe BASF nous l'avons fait, nous l'avons admis dans notre industrie d'extraction et il a trouvé la possibilité de nous laisser entrer dans les réseaux gaziers dont il dispose. Mais ce ne sont pas de grands réseaux de transport. En somme, c'est de l'artisanat, vous comprenez? En fait, nous réalisons déjà pratiquement ce que propose la Charte de l'énergie. Mais il nous faut comprendre nettement et clairement dans chaque cas concret ce que nous recevrons en échange. Je le répète, nous ne sommes pas contre mais nous devons nous entendre sur ce que feront en échange nos partenaires. Si pour la Russie d'aujourd'hui l'énergie est le secteur primordial, bien que nous ayons pour objectif de diversifier notre économie et d'en développer la composante technologique, nous voudrions aussi obtenir de nos partenaires ce dont nous avons besoin pour notre développement. Il s'agit en premier lieu des hautes technologies. Peut-être même les technologies énergétiques également. A propos, lorsque nous l'avons dit à nos partenaires, ils nous ont compris et ont déclaré: réfléchissons donc ensemble et cherchons des solutions possibles. Ils ne sont pas contre. Il n'y a pas là de contradictions insurmontables sur lesquelles nous pourrions buter sans jamais atteindre l'objectif fixé. Au cours de la conférence de presse, j'ai été assez optimiste. Maintenant je le suis également: je pense que nous trouverons des solutions à tous les problèmes. La volonté ne nous fait pas défaut et, comme nous l'avons senti, à nos partenaires européens non plus.

D'autre part, il s'agit de libéraliser en premier lieu notre marché énergétique. Mais nous sommes libéralisés bien davantage que beaucoup d'autres pays producteurs de pétrole et de gaz. Nos compagnies pétrolières sont toutes privées, à l'exception de deux qui, de surcroît, sont des sociétés par actions. Il est vrai que l'Etat en détient une part mais pas tout. Toutes les autres sont privées, et avec une importante participation étrangère. Par exemple, TNK-BP où elle est de 50%, et Lukoil, dont une autre société étrangère possède une part. Il en est de même pour la quasi-totalité de nos compagnies pétrolières, même au sein de Gazprom des partenaires allemands sont représentés à un niveau de 10%. Des compagnies mondiales produisent chez nous du pétrole et du gaz. Et les investissements se comptent ici en milliards. Personne ne peut donc dire que nous nous sommes repliés sur nous-mêmes, que nous vivons en égoïstes, sans penser à nos partenaires. Je comprends, on voudrait faire plus. Mais cela doit être une voie à double sens.

Sources : Ria Novosti

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans Poutine Bush

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