Pas de rêve américain pour les pauvres
A la pointe, certes, dans les domaines technologiques, cinématographique et de l'armement mais à la pointe aussi dans les inégalités sociales... de quoi faire réfléchir.
Inégalité et santé aux Etats-Unis
Tiré du rapport de Human Developpement Report page 10
" Les États-Unis mènent le bal mondial des dépenses en soins de santé. Par habitant, les États-Unis dépensent deux fois la moyenne de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques pour les soins de santé, soit 13 % de leur revenu national. Et pourtant, certains pays qui dépensent beaucoup moins que les États-Unis ont une population en meilleure santé. Les indicateurs de santé publique aux États-Unis sont biaisés par des inégalités profondes liées au revenu, à la couverture par l’assurance santé, à la race, à l’origine ethnique, à la situation géographique et - ce qui est grave - à l’accès aux soins.
Les principaux indicateurs de santé aux États-Unis sont bien en deçà de ce que l’on pourrait attendre sur la base de la richesse nationale. En particulier, les tendances au niveau de la mortalité infantile sont effarantes. Depuis 2000, la baisse de la mortalité infantile, qui datait d’un demi-siècle, s’est d’abord ralentie et ensuite inversée. Le taux de mortalité infantile est aujourd’hui plus élevé aux États-Unis que dans nombre d’autres pays industrialisés. La Malaisie—pays où le revenu moyen est un quart de celui d’un américain moyen—a atteint le même taux de mortalité infantile que les États- Unis. Et l’État indien de Kerala présente un taux de mortalité infantile en milieu urbain inférieur à celui des Afro-Américains de Washington, DC.
De grandes différences au niveau de la santé à travers les groupes socioéconomiques expliquent en partie les résultats médiocres des États-Unis par rapport à d’autres pays industrialisés. De la naissance à la mort, les citoyens américains présentent d’énormes divergences en termes de santé. Par exemple, les disparités raciales et ethniques persistent— conséquences, entre autres, des différences de couverture sociale, de revenus, de langue et d’éducation. Les mères afro-américaines risquent deux fois plus de donner naissance à un bébé de poids insuffisant. Leurs enfants ont deux fois plus de chances de mourir avant leur premier anniversaire.
Les différences de revenu sont étroitement liées aux différences de santé. Un garçon né dans une famille faisant partie des 5 % les plus riches aura une vie plus longue de 25% que celle d’un garçon né dans une famille comptant parmi les 5 % les plus pauvres.
De nombreux facteurs contribuent aux inégalités en termes de santé. La couverture médicale en fait partie. Les États-Unis sont le seul pays riche qui ne possède pas de système de sécurité sociale universelle. Le mélange d’assurance groupe privée et de couverture publique n’a jamais atteint tous les habitants. Si plus de la moitié de population bénéficie d’une couverture par le biais d’une assurance groupe, et si presque toutes les personnes âgées sont couvertes par Medicare, plus d’un Américain non retraité sur six (45 millions) n’était pas suffisamment couvert en 2003. Plus d’un tiers (36 %) des familles vivant sous le seuil de pauvreté ne sont pas assurées. Les Hispano-Américains (34 %) sont plus de deux fois plus souvent non assurés que les blancs (13 %), et 21 % des Afro-Américains n’ont pas d’assurance santé. La couverture sociale varie également à travers les 50 États, selon la part occupé par les familles à faibles revenus, la nature de l’emploi et l’étendue du programme Medicaid pour les citoyens à faible revenu.
Plus que dans n’importe quel autre grand pays industrialisé, le coût des traitements constitue un obstacle majeur aux États-Unis. Plus de 40 % des citoyens non assurés n’ont pas à leur disposition de structure régulière où ils pourraient bénéficier d’un traitement médical quand ils sont malades, et plus d’un tiers d’entre eux déclarent qu’au cours de l’année écoulée, eux-mêmes ou quelqu’un de leur famille a dû se passer des soins médicaux nécessaires, y compris des traitements recommandés ou des médicaments prescrits, en raison du coût.
L’accès inégal aux soins a un lien évident avec les chiffres en matière de santé. Les individus non assurés ont moins de chances de recevoir des soins ambulatoires, et risquent donc plus d’être hospitalisés à cause de problèmes évitables. Une fois à l’hôpital, ils bénéficient de moins de services et sont donc plus susceptibles de mourir que les patients assurés. Ils reçoivent également moins de soins préventifs. L’Institute of Medicine estime qu’au moins 18 000 Américains meurent prématurément chaque année uniquement parce qu’ils n’ont pas d’assurance santé. Naître dans une famille non assurée augmente d’environ 50 % le risque de mourir avant l’âge d’1 an.
L’accès inégal aux soins a également un effet marqué sur les inégalités dans la santé liées à la race, qui ne peuvent être que partiellement expliquées par les inégalités au niveau de la couverture ou du revenu. Une étude montre que combler le fossé dans les soins de santé entre les noirs et les blancs épargnerait quelque 85 000 vies par an. Pour remettre ce chiffre dans un contexte, les améliorations technologiques dans la médecine sauvent environ 20 000 vies chaque année. La comparaison met en exergue un paradoxe interne au système sanitaire américain. Les niveaux élevés de dépense en soins de santé sont le reflet de la technologie et des traitements de pointe, mais les inégalités sociales, couplées aux inégalités dans le financement des soins, limitent la portée du progrès médical. "
Sources : HDR
Posté par Adriana Evangelizt