Foot et politique : la bombe iranienne

Publié le par Adriana Evangelizt

Foot et politique : la bombe iranienne

par Ryadh Fékih

L’Iran n’est pas un pays comme les autres. Le sport n’y est pas (encore) interdit, mais parfois sport et politique y font mauvais ménage.

La Coupe du Monde de Football va nous donner encore l’occasion de le vérifier.


Déjà, un premier incident. L’ambassade de la République Islamique à Berlin vient de demander des excuses après qu’un journal eut publié une caricature représentant l’équipe iranienne en commandos-suicide avec des explosifs autour de la taille pendant l’exécution des hymnes nationaux. Le caricaturiste Klaus Stuttmann s’est immédiatement excusé et a exprimé ses regrets d’avoir insulté le peuple iranien. Il avait intérêt à le faire !

Après les déclarations du président iranien Mahmoud Ahmadinejad selon lesquelles l’Holocauste ne serait qu’un mythe, l’équipe de la République Islamique d’Iran va jouer son premier match à Nuremberg. Son passage dans cet ancien bastion nazi ne va sans doute pas passer inaperçu, surtout si Ahmadinejad décide de faire le déplacement en Allemagne pour assister aux matchs de la sélection iranienne et, accessoirement, narguer ses adversaires européens et américains. Le spectacle se déplacera alors de la pelouse vers les gradins, où les néo-nazis allemands se feront un devoir de manifester bruyamment leur soutien à leur nouvelle coqueluche. Mais le président iranien, qui parle souvent plus vite qu’il ne réfléchit, réfléchira cette fois longuement avant de se décider à aller en Allemagne, car il risque d’y avoir des ennuis avec la justice pour ses propos négationnistes.

Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, les néo-nazis allemands manifesteront le 21 juin à Leipzig en marge du match Iran-Angola pour affirmer leur soutien aux déclarations antisémites d’Ahmadinejad... Le président du syndicat de la police allemande, Konrad Freiberg, a déclaré que la police ne sera pas en mesure d’assurer la sécurité de telles manifestations. Les fonctionnaires allemands des services de sécurité ont, quant à eux annoncé, que les supporters iraniens seront un souci supplémentaire de sécurité, surtout s’ils sont accompagnés de politiciens importants de leur pays, qui risquent d’avoir des “propos malencontreux”. Les agents de sécurité craignent aussi que les opposants iraniens saisissent l’occasion pour organiser des manifestations.

La chancelière allemande Angela Merkel, qui s’est invitée dans la polémique sur la participation de l’équipe iranienne à la fête du football mondial, a déclaré, de son côté, que les joueurs iraniens et leurs supporters ne devaient pas être pénalisés pour les commentaires de leur président.

Sur un autre plan, cette participation à la Coupe du Monde est loin d’être un cadeau pour le régime des mollahs, qui craint, paradoxalement, une qualification au second tour, qui inciterait les Iraniens à fêter l’évènement en descendant dans les rues, tout spécialement à Téhéran et dans les grandes villes. Les scènes de joie risquent d’être mixtes, c’est-à-dire avec des hommes et femmes mélangés et probablement peu vêtus du fait que les chaleurs sont déjà arrivées dans le pays.

Mohamad Tourang, responsable des forces anti-émeutes de Téhéran, a déjà dit qu’il souhaitait qu’aucune manifestation incontrôlée ne se déroule dans sa ville à l’issue des matchs qui se déroulent en Allemagne.

Les responsables iraniens redoutent par-dessus tout que les fêtards se retrouvent en compagnie d’activistes qui pourraient bien profiter de la situation et de la présence probable de journalistes étrangers pour manifester ensemble contre le gouvernement ou pis encore contre la République Islamique. D’autant qu’au cours des dernières manifestations, des slogans anti-république islamique avaient été entendus (notamment “Marg bar djomhouri é eslami” (Mort à la république islamique), qui rappellent le slogan prérévolutionnaire de 1979, quand sur ordre du clergé les Iraniens criaient “Mort au Chah !”

On sait aussi que certains spectateurs iraniens se servent des stades où les matchs sont télévisés pour organiser des manifestations contre le gouvernement. C’est pourquoi les matchs ne sont plus retransmis en direct.

Le Comité d’organisation du Mondial a mis à la disposition de la Fédération Iranienne de Football quelque 8.413 billets qu’elle a eu du mal à écouler. Et pour cause : le coût du voyage, estimé à environ 4000 rials (transport + billet + passeport), hors frais annexes, représente quarante fois le SMIC. Selon Mohammad Ali Dadkan, président de la Fédération Iranienne de Football, en visite récemment à Nuremberg, 4.000 supporters iraniens devraient faire le voyage. Quels seront ces privilégiés ? Sans doute les nouveaux riches proches du régime et, peut-être aussi des membres de la milice des Pasdarans (gardiens de la révolution). Le risque de contestation ne pourrait donc pas venir d’eux, mais d’Iraniens exilés en Europe, qui feraient spécialement le déplacement pour manifester leur opposition au régime des mollahs.

Sources :
Réalités

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAN

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