Abus de pouvoir
Abus de pouvoir
par Richard Werly
Guantanamo n'est pas un trou noir juridique. Les 450 détenus qui s'y trouvent ne sont pas des «combattants ennemis» dépourvus de statut, et donc de droits. En estimant que George W. Bush a «outrepassé ses pouvoirs» dans sa conduite de la guerre contre le terrorisme, la Cour suprême des Etats-Unis vient de prononcer bien plus qu'un arrêt historique. Ses magistrats, par cinq voix contre quatre, mettent à bas l'édifice moral et politique construit depuis les attentats du 11 septembre 2001 par le locataire de la Maison-Blanche.
Tout l'argument du président américain et des faucons qui l'entourent consiste en effet, depuis la tragédie de New York, à rejeter les suspects d'actes terroristes et les combattants d'Al-Qaida dans la catégorie des non-hommes. A quoi bon se soucier de leur sort, plaidaient les défenseurs de l'actuelle administration américaine, puisque leur seul but est de tuer et de mettre à bas notre modèle d'Etat ? C'est ainsi que la porte à tous les abus a été ouverte. Tribunaux spéciaux. Tortures. Coups militaires tordus. Le credo guerrier de George W. Bush distille depuis le début le même venin : on ne lutte pas contre des non-hommes. On les élimine.
Par cinq voix contre quatre, la plus haute juridiction américaine a mis à bas jeudi cette dérive politico-militaire. Son verdict, qui n'impose pas la fermeture de Guantanamo, rappelle au président de la première puissance mondiale que les règles de l'exercice du pouvoir ne varient pas en fonction de la menace. Qu'il ne suffit pas de bannir le terme «prisonniers de guerre» pour soustraire des individus arrêtés dans le cadre d'hostilités armées à l'application des Conventions de Genève. Et qu'une guerre sans justice ne peut pas être une guerre juste.
Il faut bien sûr se féliciter de cette victoire de l'Etat de droit sur les abus de pouvoir, et la mettre à l'honneur de la démocratie américaine. Mais il faut aussi garder les yeux ouverts: ces cinq années de guerre contre le terrorisme menée par George W. Bush, avec Guantanamo et tant d'autres prisons restées secrètes, ont alimenté la gangrène du non-droit. Qu'une institution comme le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, protecteur nouveau-né des libertés, aura le plus grand mal à terrasser.
Sources : Le Temps
Posté par Adriana Evangelizt