Irak : La guerre en direct
"On est en Irak pour l'argent et le pétrole", ce sont les soldats américains qui le disent. Mais nous le savions déjà. Ils risquent leur vie pour protéger les camions d'Halliburton qu s'enrichit sur le dos de l'armée. Et Dick Cheney n'est pas loin... voilà pour qui et pour quoi des centaines de milliers de civils irakiens sont passés de vie à trépas. Parce qu'une poignée de malandrins ont trouvé la ficelle pour remplir leurs coffres sans se fatiguer, en envoyant les autres faire leur sale besogne... et après ça vient donner des leçons de morale. Pourvu que ça dure...
La guerre en direct
par Hélène Vissière (à Washington)
Dès les premières minutes, le plus dérangeant, c'est le bruit : les détonations effrayantes des bombes qui explosent de tous côtés, les trépidations métalliques des blindés et surtout les cris et le halètement paniqué des soldats. Des sons crus rarement diffusés dans les médias. C'est la force de « The War Tapes », un documentaire qui montre la guerre en Irak comme on ne l'a jamais vue.
En février 2004, la cinéaste Deborah Scranton persuade trois gardes nationaux, Mike Moriarty, Stephen Pink et Zack Bazzi, envoyés en Irak, de partir avec des caméras. « Je voulais raconter leur histoire à travers leur regard et non pas le mien... »
Pendant un an, par courriels, Deborah Scranton guide leur travail, soit plus de 1 000 heures de vidéo. Les 97 minutes de documentaire qui restent dans la version finale n'ont rien d'une épopée glorieuse, façon Spielberg. C'est une collection d'images brutes, poignantes, parfois brutales, avec pour seule narration les commentaires des soldats. La caméra accrochée au blindé filme avec une candeur redoutable la survie quotidienne dans le « triangle sunnite » : les attaques au lance-roquette, la peur de l'ennemi invisible, les voitures en flammes, le Humvee qui renverse de nuit une Irakienne sur le corps duquel roule ensuite toute la colonne de camions... Ce n'est pas pour autant un pamphlet à la Michael Moore. Le film refuse de prendre parti. Ce qui n'empêche pas les soldats de critiquer l'absurdité de certaines missions. Risquer sa vie par exemple pour protéger les camions de Halliburton, l'ex-groupe de Dick Cheney, qui s'enrichit sur le dos de l'armée. « On est en Irak pour l'argent et le pétrole », dit Pink. Au final, le plus pathétique, ce sont les scènes du retour à la vie civile. Les fêlures psychologiques, les contradictions internes qui rongent les trois hommes... « Je suis content d'y être allé », résume Moriarty, qui se dit toujours partisan de la guerre. Mais il ajoute qu'il a détesté son expérience et qu'il n'y retournera pas.
Sources : Le Point
Posté par Adriana Evangelizt