Les Russes au régime... sec
Voilà une chose que nous ignorions, il n'y a plus d'alcool en Russie...
Les Russes au régime... sec
par Adèle Smith
Un problème bureaucratique rend illégale la vente d'alcool d'importation
Lorsqu'ils dégusteront les meilleurs millésimes des caves impériales russes à Saint-Pétersbourg la semaine prochaine, les chefs d'État du G8 seront probablement les seuls à boire du vin dans toute la Russie. Une nouvelle loi a involontairement rendu illégal l'alcool d'importation, et il a fallu retirer des millions de bouteilles de la circulation début juillet.
Au supermarché Auchan, dans la banlieue Ouest de Moscou, l'extrême nudité des rayons d'alcool est d'autant plus choquante qu'ici on s'était habitué depuis quelques années à l'abondance. «Mon Dieu, sommes-nous revenus aux pénuries de l'Union soviétique?» s'écrie Valentina Chablonova à la vue du rayon désert, alors qu'elle s'apprêtait à acheter quelques bouteilles de chianti pour une fête familiale.
Avertis à la dernière minute des modalités de la loi promulguée fin 2005, les magasins, bars et restaurants ont été contraints de retirer de la vente toutes leurs bouteilles de vin, de whisky, de cognac, de vodka et d'autres alcools supérieurs à 12%. Les vignettes fiscales actuelles sont en effet invalides depuis le 1er juillet, mais les nouvelles, plus complexes, ne sont pas encore imprimées. Et pour ne rien arranger, l'enregistrement électronique de chaque bouteille, désormais obligatoire auprès de l'administration fiscale, est impossible car le logiciel nécessaire est presque aussi introuvable que les vignettes.
Selon le service fédéral des douanes, 70 des 126 importateurs d'alcool disposent du logiciel en question, et deux millions de bouteilles ont été étiquetées avec les nouvelles vignettes fiscales, soit 1% du marché.
Chez Jean-Jacques, un bar à vin très populaire du boulevard Nikitsky, à Moscou, les clients sont aussi sobres que mécontents. «On n'a que du cidre à leur proposer» explique Maria Chin, la directrice.
Mais Jean-Jacques, qui va essuyer de lourdes pertes en juillet après avoir dû retirer 1500 bouteilles, n'est pas le plus à plaindre. Beaucoup de restaurateurs et de détaillants se retrouvent dans une situation absurde, selon Alexandre Romanov, expert en spiritueux.
«Ils n'ont plus personne à qui rendre leur marchandise, car de nombreux importateurs ont disparu. En clair, ils se sont lancés dans un autre business que l'alcool» explique-t-il.
Ça va durer
La crise pourrait durer des mois, car on ne cesse de modifier la loi. De quoi se poser des questions sur la réelle intention de l'État et donner un sérieux coup de pouce à.... la production illégale d'alcool, suggère Boris Kagarlitsky, analyste politique.
Mais ce ne serait pas la première tentative malheureuse de lutter contre l'alcoolisme en Russie.
Pendant la perestroïka, Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant soviétique, avait lancé une vaste campagne anti-alcool qui avait produit l'effet contraire à celui désiré. La destruction de nombreux vignobles avait en fait aggravé la production d'alcool frelaté.
L'alcool de contrebande n'a jamais été aussi dangereux, reconnaît aujourd'hui le ministère de l'Intérieur. Une véritable «tragédie», qui fait 42000 morts chaque année par empoisonnement alors que la Russie traverse déjà la plus grave crise démographique de son histoire.
Dans un sursaut de lucidité, malgré son état d'ivresse avancé à 10h du matin, Ioulia, alcoolique habituée du métro Taganka, à Moscou, avoue boire tout ce qui lui tombe sous la main, de la vodka au samogon (eau-de-vie maison) en passant par l'eau de Cologne. Pas de problème de pénurie, donc, pour Ioulia.
Ni pour Ekaterina Nazarova, nouveau visage de l'alcoolisme soft en Russie. La comptable en tailleur et talons hauts attend son bus, une bouteille de bière à la main, bravant sans le moindre complexe une loi récente interdisant la consommation d'alcool dans la rue. En fait, c'est le pays entier qui s'est pris de passion pour la bière ces dernières années, sans distinction d'âge ou de sexe. À 65 cents la bouteille, c'est très abordable, explique Ekaterina. «Et puis la bière, ce n'est pas de l'alcool» assure-t-elle, surprise de l'intérêt que suscite sa bouteille de bière.
Sources : Cyberpresse
Posté par Adriana Evangelizt